C'est pas fini

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Le secteur infirmier doit-il devenir une priorité nationale ?

Ce mardi 12 mai, c'était la journée internationale des infirmiers et infirmières. C'était l'occasion de reparler du secteur en première ligne depuis le début de l’épidémie du covid-19 dans C'est pas fini sur VivaCité. Le secteur infirmier réclame en effet un réinvestissement financier et humain. Les infirmiers et infirmières sont-ils une priorité dans l’agenda politique ? C'est la question qui vous était posée dans C'est pas fini. Retrouvez les temps forts de l'émission.

Le ministre Alexander de Croo a pointé les limites de la régionalisation en matière de santé. Défi propose de convoquer des Etats généraux de la santé. Faut-il revoir complètement la politique de santé en Belgique ? Faut-il refédéraliser la santé ?

L'infirmier et le médecin, deux rôles différents

Anne Gruwez, célèbre depuis Ni juge ni soumise, et chroniqueuse pour l'émission ouvrait le débat sur la condition des infirmiers et infirmières en Belgique en reprenant une citation du scientifique congolais Mutumba Bil : "Je suis infirmière, la petite étoile qui éclaire le monde en temps de guerre et en tant de paix" ainsi que la suivante : "L'infirmier est un soignant tandis que le médecin est un traitant". Selon elle, il faut donc revaloriser et ne pas négliger leur rôle dans le secteur des soins de santé.

"Neuf ministres de la santé et pas un qui s'excuse"

L'avis est totalement partagé par les autres débatteurs mais aussi par les intervenants.

Yves, infirmier dans un hôpital à Bruxelles, livre un témoignage fort en mettant en lumière tous les problèmes auxquels lui et ses collègues sont confrontés. Il pointe en premier lieu le mauvais travail des politiques : "Dans les grandes villes les gens ont été confinés pendant deux mois. Ils en ont marre et on ne peut pas leur en vouloir de vouloir vivre un petit peu j’aimerais bien que les politiciens arrêtent un peu de culpabiliser la population parce que s’il y a une seule personne responsable de la situation dans laquelle on est maintenant, ce sont nos politiciens". Il poursuit : 

On a neuf ministres de la santé et il n'y en a pas un qui est foutu de s'excuser. Si notre système de santé a tenu ce n'est pas grâce à eux, c'est grâce aux infirmières qui font des double shift, des heures supplémentaires, qui ne dorment pas.

Yves révèle qu'une quarantaine de collègues médecins et infirmiers sont morts dans la lutte contre le coronavirus. "L'État ne va de nouveau rien faire pour eux. En Belgique, tout le monde s'en fout des infirmières. Quand ce sera finit, on nous enverra une cacahuète, on nous demandera de dire merci et puis on nous oubliera et les gens quand ils iront à l’hôpital ils râleront sur l'infirmière qui boit son café parce que cela fait huit heures qu'elle est occupée à courir. Je suis un peu désabusé. Cela fait plus de vingt ans que je fais ce travail et que j'entends la même histoire" ajoute-t-il.

"On se souvient du nom du kiné, du toubib mais l'infirmière on l'a oubliée"

Yves souligne ainsi le constat suivant, les infirmières et infirmiers sont sous-payés pour les tâches qu'ils accomplissent et le dévouement dont ils font preuve au quotidien pour la société : "Ce n'est pas une vocation, c'est un métier où on fait quatre ans d'étude comme un ingénieur, 2400 heures de stage maintenant. Une infirmière, un week-end sur deux elle travaille trois soirs semaine. Si elle travaille aux urgences, parfois elle risque de se prendre un coup et on la paie 1400 euros nets par mois. On la rappelle jour nuit quand il manque quelqu'un, elle n'a pas de vie de famille. Tout le monde trouve cela normal depuis des années et les infirmières dans les services diminuent".

Ce manque de considération se traduit déjà dans les médias explique-t-il : "On se souvient du nom du kiné, du toubib mais l'infirmière on l'a oubliée. J'ai remarqué aussi sur certains médias, quand on présente un kiné, une psychologue c'est le docteur avec le prénom et le nom complet, quand c'est un infirmier ou une infirmière on note juste le prénom. Tous les autres ont droit à un nom et à un titre. Vous voyez à quel point le métier est diabolisé".

Yves attend toujours des excuses de Maggie De Block. "En Allemagne, il y a un médecin qui a tiré la sonnette d'alarme deux mois avant, ils ont fait en sorte d'avoir des tests et des masques, et nous quand on a tiré la sonnette d'alarme on a eu droit à une drama queen. Maggie est toujours là. On est quand même le seul pays au monde où ils peuvent faire toutes les conneries qu'ils veulent, ils ne s'excusent jamais, ne reconnaissent jamais qu'ils ont tort" dénonce encore l'infirmier.

Il conclut en désignant que l'économie a primé sur la santé avec la régionalisation : "On dépense un pognon de fou pour la santé en Belgique et on se rend compte que le système ne tient pas parce qu'on a voulu en faire un système rentable".

Service infirmier et médecins, pas le même métier

Philippe Boxho, docteur en médecine d'expertise et débatteur de C'est pas fini, abonde dans le sens d'Yves : 

Un des problèmes majeurs que je pointe dans le système infirmier c’est que très souvent on les considère comme les larbins des médecins.

Il rejoint l'avis d'Anne et Yves : "Or, ils ne font pas le même métier que les médecins. On s'occupe des gens et les infirmiers aussi. Les infirmiers les soignent comme l'a dit Yves".

Philippe se rappelle d'une opération au genou qu'il avait subie dans un hôpital : "Le médecin qui est un ami est venu me voir et cela s'est très bien passé mais le vrai contact avec l'hôpital, ce n'est pas avec le médecin, mais le service infirmier. Si le service infirmier est top vous aimerez cet hôpital et voudrez y retourner. C'est lui qui est garant du bon fonctionnement de l'hôpital, il ne faut pas compter sur le médecin pour cela (...) Arrêtons de les comparer aux médecins, ce n'est pas le même métier". Il ajoute au niveau du salaire du personnel infirmier : "Objectivement, ils sont franchement mal payés pour ce qu'ils font".

Carmela, infirmière à Bruxelles a également réagi à l'antenne ne comprenant pas la saga des masques : "Je commence à 7 heures du matin jusque 15h30. Je porte le même masque pendant cet horaire. Parfois, on doit se moucher et on a toujours le même masque". Elle rejoint aussi l'avis d'Yves sur les excuses que doivent fournir les politiciens : "Les ministères ou politiciens doivent être punis parce qu'ils ne sont pas capables (de résoudre les problèmes). Comme n'importe qui qui n'est pas capable, il faut des sanctions".

Pour plus de débats, retrouvez C'est pas fini

Pour débattre de l'actualité, tant du coronavirus que d'autres sujets, retrouvez Patrick Weber et ses débatteurs tous les jours de la semaine, du lundi au jeudi de 18h à 19h30 dans C'est pas fini sur VivaCité.

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