L'expert du débat : "Un smartphone à 12 ans car à cet âge-là, ils ont besoin d'une vie sociale"

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Une jeune fille de 11 ans a reçu une photo de sexe envoyé par un pervers qui a pris contact avec elle sur Instagram. Elle utilisait l’application sur le téléphone que ses parents lui avaient offert parce qu’à l’école, tout le monde en a un. Un smartphone, ça se donne à quel âge à un enfant ?

Si les parents de la jeune fille de 11 ans lui ont offert un smartphone récemment, c’est parce qu’à l’école, tout le monde en avait un et que ne pas en posséder un, c’est le risque d’être exclu, c’est ce qu’ils racontent ce matin dans les éditions de Sudpresse. Ils ont pris des précautions en installant un contrôle parental qui empêche l’installation d’application sans autorisation mais malgré tout, leur fille a réussi à installer Instagram. Sur le réseau social, elle est rapidement contactée par un homme, elle trouve la discussion bizarre et veut y mettre fin. C’est à ce moment-là qu’un pervers liégeois lui envoie une photo de son sexe.

Un smartphone, ça se donne à quel âge à un enfant ? C’est la question que l’on vous posait ce matin dans "C’est vous qui le dites".

Voici quelques moments forts de l’émission…

"Il faut dialoguer avec l’enfant"

Jean-Yves Hayez, pédopsychiatre, est intervenu en tant qu’expert à ce sujet sur notre antenne : "Je verrais ça volontiers lors de la rentrée à l’école secondaire ou autour du 12ème anniversaire. Ce sont des moments de la vie où l’adolescent a quand même plus besoin d’une vie sociale, plus intime, plus privée, il a plus de contacts à l’extérieur, il part davantage à l’aventure, je crois que c’est le bon moment. Avant ça, des enfants ont parfois besoin d’un téléphone pour des raisons fonctionnelles, ils vivent en famille monoparentale ou ils doivent pouvoir être joignables ou appeler. Mais nous pouvons leur donner le smartphone sans leur en donner toutes les fonctions".

Selon Jean-Yves Hayez, comme précaution, il n’y a pas mieux que le dialogue : "Il y a certainement un dialogue et un dialogue répété à mener autour de ce qu’il se passe sur internet. Il y a une surveillance claire mais pas trop pesante à faire sur les jeunes en leur demandant ce qu’ils vont y faire mais il ne faut pas mythifier l’efficacité de filtres matériels que les parents mettraient. Cela ne fonctionne jamais complètement. Je crois, qu’en moyenne, un utilisateur normal d’internet de 11-12 ans va avoir trois à quatre agressions désagréables de parents via les réseaux sociaux entre autres parce qu’il n’a pas été assez prudent dans le choix de ses amis ou parce qu’il n’a pas fait assez attention. Ces trois, quatre agressions n’iront souvent pas plus loin. L’enfant se défendra lui-même ou il n’osera pas en parler. Je crois que dans le dialogue il faut le faire réfléchir à beaucoup de choses".

Enfin, pour le pédopsychiatre, cela fait partie de l’éducation de l’enfant : "Il faut notamment entraîner les enfants à être efficaces. Comment peuvent-ils l’être ? Avant, de nous les adultes les asséner avec plein d’informations, il faut peut-être d’abord leur demander quelles sont leurs idées. Comment faire quand un type envoie une photo comme celle-là ? Comment peuvent-ils réagir ? Nous pourrions les entraîner à faire des captures d’écran et puis à venir nous montrer ce qu’ils ont capturé. Il y a moyen, avec des paroles efficaces, de faire peur aux pervers qui trouvent les ados et qui traînent sur internet. Je ne dis pas qu’il faut directement demander l’aide des parents, de la police et du monde entier. Nous pouvons d’abord essayer de se débrouiller mais si ça ne va pas, si l’enfant commence à être harcelé, s’il reste blessé ou traumatisé alors il faut en parler aux parents. Mais les parents doivent aussi dire à l’adolescent qu'ils ne vont jamais le gronder s’il vient raconter quelque chose de négatif qui s’est passé sur internet. Même si ce négatif résulte de son imprudence ou de son désir d’aventure à lui. Il sera toujours accueilli et aidé, ça, il faut le lui dire et s’y tenir".

Retrouvez l’intégralité de son interview sur Auvio.

L’avis des auditeurs…

Anne de Oupeye témoigne : "Je pense que ce n’est pas vraiment une question d’âge. Je félicite la maman qui a bien su expliquer à sa fille ce qui s’est passé […] Dans cette histoire, est-ce que c’est la faute du smartphone, de la gamine ou de la maman ? Non, le coupable, c’est la personne qui se prend en photo et qui se met en contact avec la fille de 11 ans […] Le téléphone peut être quelque chose de très sécurisant pour les parents. Je vais prendre mon cas personnel. J’ai deux filles et je suis grand-mère. Je vous assure que quand j’ai mon petit-fils de 8 ans qui part au football, qui va à un anniversaire... je suis contente qu’il ait un GSM sur lui pour que je puisse être en contact avec lui au cas où il a un problème. La technologie continuera d’avancer, ça ne sert à rien de vouloir la stopper. Il faut que les parents fassent comprendre à l’enfant tous les dangers qu’il peut y avoir avec les smartphones et faire tout ce qui est en leur pouvoir pour mettre l’enfant en sécurité […] Mais ce n’est pas la faute des parents ou de la fille mais la faute de son pervers".

En revanche, pour Diego d’Auderghem, il faut attendre que l’enfant soit majeur : "Pour moi, 11-12 ans, c’est trop tôt. Pour moi, le bon moment ce n’est pas avant 18 ans. Le smartphone est très dangereux, il y a beaucoup de dérives et cela crée des addictions. Il y a beaucoup d’études qui ont montré que les excès d’écran ont des effets néfastes sur la santé des enfants. Les enfants peuvent avoir un téléphone mais ce n’est pas nécessaire que ça soit un smartphone. Un téléphone classique avec des SMS pour appeler les parents ou juste pour téléphoner, c’est plus que suffisant".

Nous vous invitons à poursuivre le débat sur notre page Facebook "C’est vous qui le dites".

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