Johnny s'arrête là...

Johnny s'arrête là...
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Des fans par milliers, par millions pleurent. Hallyday n’est plus. Mais Johnny a été. La plus grande star française est décédée dans la nuit de mardi à mercredi 6 décembre à l'âge de 74 ans. Il restera l'un des plus grands recordmen des ventes de disques. Un ami de la famille. Le chanteur capable de remplir des stades. L’idole des jeunes. Le recordman des couvertures de magazines. L’homme fasciné par l’Amérique. Le chanteur aux mille titres. Le mari de Sylvie Vartan et de Laeticia. L’amant de… L’adulé du public. M’arrêter là puisque c’est mieux (…) Mourir un peu (…) M’arrêter là parce que c’est mieux. Fin de parcours. Mais un parcours exceptionnel.

Laeticia Hallyday annonce la mort de son mari

"Johnny Hallyday est parti. Jean-Philippe Smet est décédé dans la nuit du 5 décembre.

J'écris ces mots sans y croire. Et pourtant c'est bien cela. Mon homme n'est plus. Il nous quitte cette nuit comme il aura vécu tout au long de sa vie, avec courage et dignité. Jusqu'au dernier instant, il a tenu tête à cette maladie qui le rongeait depuis des mois, nous donnant à tous des leçons de vie extraordinaires. Le coeur battant si fort dans un corps de rocker qui aura vécu toute une vie sans concession pour son public, pour ceux qui l'adulent et ceux qui l'aiment.

Mon homme n'est plus. Le papa de nos deux petites filles, Jade et Joy, est parti. Le papa de Laura et David a fermé ses yeux. Ses yeux bleus qui illumineront encore et encore notre maison, et nos âmes.

Aujourd'hui, par respect et par amour pour cet homme extraordinaire qui fut le mien pendant plus de 22 ans, pour perpétuer sa passion de la vie, des sensations fortes, des émotions sans demi-mesure, nous unissons tous nos prières, et nos coeurs. Nous pensons à lui si fort qu'il restera à jamais à nos côtés, aux côtés de ceux qui l'écoutent, le chantent et le chérissent depuis toujours.

Johnny était un homme hors du commun. Il le restera grâce à vous. Surtout, ne l'oubliez pas. Il est et restera avec nous pour toujours. Mon amour, je t'aime tant."

C’était le temps des yéyés

Johnny émerge à l’aube des années 60. Un teenager, comme l’on dit alors, fasciné par le cinéma de James Dean et par le rock’n’roll d’Elvis Presley. Son Amérique à lui. 1er passage télé dans L’école des vedettes, parrainé par Line Renaud. On lui invente des parents américains. Légende pour faire rêver les gamins. Le père est belge et démissionnaire. La mère mannequin absente. Jean-Philippe Smet est confié à sa tante dont les filles sont danseuses. Il part déjà sur les routes. Enfant de la balle alors qu’il n’a même pas 10 ans. Je suis né dans la rue ? Mouais. Légende toujours. Mais l’écorchure de Johnny vient de là. La peur de l’abandon. Il ne guérira jamais de ses blessures d’enfance.

Son rêve est de faire du cinéma. 1ère apparition dans les Diaboliques de Clouzot. Il prend des cours de comédie dans les années 50 et fréquente beaucoup le Golf Drouot, un club parisien où des groupes se produisent pour la première fois sur scène. C’est la période de la bande de la Trinité, il rencontre Eddy et Jacques. Mitchell et Dutronc. Ils se retrouveront sur scène près de 60 ans après, réunis tous les trois comme pour boucler la boucle. Retour à l’enfance.

Premier disque en 1960 : T’aimer follement. La France corsetée de Piaf et de Montand découvre médusée ce jeune homme qui se roule par terre avec sa guitare en poussant des hurlements de bête. Un nouveau marché émerge : le public adolescent. Qui renie ce qu’écoute leurs parents et qui se mettent à consommer des 45 tours. Ceux de Johnny s’enchaînent. Comme ceux de Cloclo, son principal rival. Richard Anthony, Sheila, Françoise Hardy sont les stars des aos. Pour alimenter la machine, des auteurs français adaptent à tour de bras des succès anglo-saxons ou américains. C’est souvent pauvre musicalement. Et ne parlons pas des textes. Quelques auteurs français commencent alors à écrire pour Johnny : Aznavour (Retiens la nuit) ou Jean-Jacques Debout (Pour moi la vie va commencer) seront les premiers d’une longue lignée. Tout le monde a écrit pour Johnny. Des tubes, des chansons méconnues, des pépites et des déchets.

La plus belle pour aller danser

Au milieu des années 60, Hallyday se marie avec Sylvie Vartan. A Loconville. Un cauchemar. La cérémonie intime tourne à l’émeute. Et le marié voit ses ventes de disques chuter. Dépression malgré la naissance de David. Tentative de suicide. Noir c’est noir. Mais au bout, il y a une première renaissance. Déjà.

Les années 60/70 seront un tourbillon : 45 tours, albums, télés, promos, concerts à l’Olympia puis au Palais des Sports et la France profonde. Toujours. La France de Pompidou et de Giscard est la France de Johnny. Il est la bande son des quatre saisons des français. Que peut-on retenir de ses années-là ? La période hippie signée Philippe Labro : San Francisco, Jésus-Christ et des tubes que Johnny chantait toujours sur scène près de 50 ans après : Ma gueule, Toute la musique que j’aime, Gabrielle et le monument Que je t’aime. Des hauts. Mais aussi des bas. La tournée Rock’n’roll circus sous chapiteau est un flop. Son album concept autour d’Hamlet l’une de ses pires ventes. Son mariage avec Sylvie bat de l’aile. Pas grave, le phoenix renaît toujours, comme chante son pote d’alors Sardou : Comme cet oiseau brûlé / Qui renaît de ses cendres / Comme cet oiseau sacré / Ressemble à s’y méprendre / A ta vie, à ton sort / Depuis le temps qu’on crie ta mort.

En pièces détachées ?

Toujours avide de nouvelles propositions sur scène, Johnny se la joue Mad Max ou Ange aux yeux de laser au début des années 80. Le public est toujours là mais les ventes de disques baissent. Johnny ? Un chanteur ringard pour le peuple. Tout change au milieu des années 80. Après le divorce Johnny–Sylvie, la pièce maîtresse de ce changement s’appelle Nathalie Baye. Actrice qui a la carte. Qui le fait tourner avec Godard. Qui lui présente Michel Berger. Berger-Johnny ? Le come-back. Confirmée par le tandem Goldman-Johnny. Bye-bye le clinquant. Retour à une certaine sobriété et aux bonnes chansons. Deux albums indispensables : Rock’n’roll attitude et Gang. Une nouvelle génération découvre la bête de scène. Johnny ? Un chanteur hype tout public.

Des tentatives d’exister en dehors de la chanson. Cinéma. Godard on l’a dit. Puis Costa Gavras. La sauce ne prend pas vraiment. Plus tard, il y aura Patrice Leconte et Lelouch de retour après L’aventure c’est l’aventure. Mais la plupart du temps Johnny écrase le personnage joué par Johnny. Quand il ne joue par son propre rôle…

Démesure

Les années 90 seront celles des gros shows. Shows anniversaires, shows à Las Vegas, au Stade de France, au Parc des Princes, à la Tour Eiffel. Arrivée en hélicoptère ou fendant la foule protégé par ses gardes du corps. Des tubes toujours : Allumer le feu ou Marie. Un album triomphal composé par son fils David Sang pour sang dépasse le million d’exemplaires vendus. On se bat pour être chanté par Johnny. La liste des auteurs donne le tournis: Etienne Roda Gil, Gérald De Palmas, Françoise Sagan, Goldman toujours, Stephan Eicher, Zazie, Mort Shuman, Marc Lavoine, Patrick Bruel, Maxime Le Forestier, Axel Bauer... Parce que Johnny est devenu le meilleur interprète français. Le plus rentable aussi. Johnny ? Un chanteur culte.

Laeticia entre dans sa vie après x mariages. La stabilité enfin. Une vie de famille où Johnny voit pousser ses gosses. Tout ce qu’il n’a pas connu avec David et Laura. Un divorce quand-même avec sa maison de disques historique, Universal, ex-Philips.

Depuis, les tubes ne sont plus là. Mais l’entourage repositionne Johnny comme chanteur de blues et de rock. Plus question de chanter de la variété dégoulinante. Tu es mon plus beau Noël ? Plus jamais. Modèle ? Johnny Cash. Et Hallyday chante la société. Les attentats, le comportement des policiers blancs face aux noirs aux Etats-Unis. Loin de l’Amérique fantasmée. Ses ennuis de santé font la une des journaux pour ne pas changer : opération à la hanche, coma à Los Angeles en 2009. Johnny va-t-il mourir ? Mais non, le revoilà. Sur scène, comme si de rien n’était. Born rockeur tour et Rester vivant tour, aux titres symboliques. Communion à Bercy, au Palais 12, dans les Zénith de France ou à Forest National. Dans la salle, toutes les générations. Lui seul peut les réunir. Lors des shows à Bercy, il écrase ses partenaires des Vieilles canailles. Mitchell et Dutronc ? Inexistants face au charisme et à la puissance vocale de leur complice. Indéboulonnable Johnny. Jusqu'à la tournée des Vieilles canailles, passée par le Palais 12, où on le découvre affaibli. Le souffle vocal n'est plus là et il passe quasi tout le show assis...

Un bilan inégalable. Plus de 60 ans à donner du rêve et à faire partie de nos vies. Un métier d’interprète poussé à son paroxysme, choisissant ses chansons à l’instinct. Survivant de toutes les modes. La dernière idole. Un homme qui n’aura jamais vécu une vie normale. Un timide qui aura été l’homme le plus exposé et traqué de France. Une carrière dans la durée comme plus personne n’en connaîtra. Les chansons resteront-elles ? Certaines peut-être. Se souviendra-t-on de Johnny dans 50 ans ? Sans doute. Comme une image du passé. On veut des légendes. Les légendes sont immortelles.

 

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