Éric-Emmanuel Schmitt : "Peut-être que les grands livres sur le coronavirus ont déjà été écrits"

L'écrivain Éric-Emmanuel Schmitt était l'invité confiné du 6-9 ensemble pour livrer son point de vue d'auteur sur la situation de crise sanitaire et vous propose de vous initier à l'écriture en cette période.

Le dernier roman d'Éric-Emmanuel Schmitt, Journal d'un amour perdu, sorti en 2019, est toujours disponible chez Albin Michel. Madame Pylinska et le Secret de Chopin vient de son côté de paraître au livre de Poche.

Un conseil : "Faire le vide"

Les auteurs et écrivains ont besoin de périodes solitaires, de temps de repli pour créer. Éric-Emmanuel Schmitt assure à ce propos : "Le confinement n'est pas vraiment insoutenable parce que quand j'écris un livre, je ne sors pas de chez moi. En ce moment je suis à la campagne et je suis en train de finir un livre que j'écrivais donc ce confinement ne change pas tellement mes habitudes".

Il livre donc de son expérience un conseil au public pour mieux vivre ce confinement :

Si j'ai un conseil à donner, c'est de faire le vide.

Il développe : "En ce moment, on parle du coronavirus, les médias parlent du coronavirus. Or, une fois qu'on dispose du peu d'informations qu'on a, on ne peut pas aller plus loin. Si on en parle encore plus, on développe de l'inquiétude, de l'anxiété. Je crois qu'on vit une véritable épreuve pas seulement sociale et médicale mais aussi métaphysique. On se rend compte qu'on avance dans une menace, contre un ennemi invisible qui est un virus mais derrière cet ennemi invisible c'est évidemment la mort. Dès lors, beaucoup de gens développent des inquiétudes métaphysiques, c'est-à-dire qu'ils se rendent compte de la fragilité de la vie, de notre vulnérabilité".

Dès cette prise de conscience, l'écrivain nous invite à "quitter le territoire du vide et aller vers le territoire du plein". Cela consiste en des activités concrètes comme parler avec ses proches d'autres sujets que le coronavirus, lire, écouter de la musique, sortir et observer la nature, prendre des nouvelles des siens.

En résumé, "il faut se remplir de vie parce que notre inquiétude est de perdre la vie alors n'oublions pas d'en profiter non plus".

"Les grands livres sur le coronavirus ont déjà été écrits"

D'après Éric-Emmanuel Schmitt, de nombreux auteurs comptent écrire sur le coronavirus. Lui n'approuve guère cette démarche. "Malheureusement on va être noyé pendant des années de livres sur le coronavirus. J'ai eu mon éditeur hier au téléphone qui m'a dit : 'ça y est, cela commence, on les reçoit'" commente-t-il.

Il livre son point de vue : "Quand on parle de maladie, il faut que ce soit la métaphore de toutes les autres maladies. Quand Albert Camus écrit La peste bien sûr il parle de la peste mais aussi d'autres maladies derrière elle, peut-être même qu'il parle de l'inquiétude métaphysique".

Le sujet d'une maladie doit donc être la métaphore de toutes les autres. Il précise : 

Le propre de la littérature c'est toujours en parlant d'une chose de parler de toutes les autres donc peut-être que les grands livres sur le coronavirus ont déjà été écrits comme La peste.

Le bon moment pour se mettre à l'écriture

Si l'écrivain préfère que l'on écrive sur un autre sujet que le coronavirus, il affirme qu'écrire, tout comme lire, est aussi moyen de s'évader pendant le confinement. Si vous avez toujours souhaité vous lancer dans l'écriture et que le temps du confinement vous le permet, il faut dans ce cas écrire sur "ce qui remplit la vie pas sur ce qui la vide, en écrivant sur ce qui nous donne des raisons de vivre pas sur ce qui nous effraie".

Éric-Emmanuel Schmitt poursuit : "C'est tout à fait un bon moment pour écrire parce que l'écriture cela demande du temps, du recul. Ce qu'on a écrit un jour on le relit le lendemain et on le retouche, mais écrire, c'est se consacrer du temps à soi, c'est cela aussi qui est important. La plupart des gens et nous vivons de manière générale, en nous oubliant au milieu des différentes activités que nous sommes obligés de vivre parce qu'il y a l'urgence de vivre, de gagner sa vie, de répondre à des sollicitations. Or, écrire c'est se dire ce que j'ai au fond de moi, ce qui me fait vibrer est important, donc je vais me consacrer du temps et aller au centre de la vie".

Les masterclass d'écriture

Si l'idée d'écrire vous tente mais que vous pensez ne pas être qualifié pour y parvenir, Éric-Emmanuel Schmitt vous rassure tout de suite. Il propose des masterclass d'écriture sur le web où il donne ses conseils d'écrivain aux novices de la littérature.

Il commente cette nouvelle activité : "Ayant consacré ma vie à l'écriture, et à lire les autres et à discuter avec mes collègues puisqu'on est tous très différents en tant qu'écrivain, j'ai appris certaines choses sur l'écriture. Il ne faut pas réserver l'écriture aux surdoués, quelqu'un de doué c'est quelqu'un qui fait naturellement ce que les autres doivent apprendre. On peut ne pas être un surdoué de l'écriture et finir par écrire quelque chose de très bien. On peut se servir des bonnes techniques, connaître toutes les palmes qui peuvent exister".

L'écriture et la lecture sont donc des invitations au voyage, l'espace d'un instant, pour prendre du recul face au confinement et se recentrer sur ses priorités de vie. Et pourquoi pas vous évader avec les derniers romans d'Éric-Emmanuel Schmitt ?

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