Eben Emael : Une champignonnière dans les grottes

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Dans la région de la Montagne Saint Pierre, les grottes sont légion et ont servi de tous temps tantôt pour stocker des pommes de terre ou du matériel agricole tantôt elles ont également servi d’abri en temps de guerre. C’est dans une de ces grottes dont on extrayait le silex et situées à 50 mètres de profondeur, sous la Montagne Saint-Pierre, que Théo Jodogne a installé sa champignonnière.

Cultiver dans des grottes ce n’est pas courant ?

Théo Jodogne est un des rares agriculteurs belges à maintenir une culture traditionnelle de champignons en Belgique. Non loin de chez lui, deux autres petits producteurs continuent de cultiver des champignons mais en petite quantité malgré leur âge, il s’agit de Messieurs Hendrix et Vos. 

 À la moitié du siècle dernier, dans la région de Bassenge, presque tout le monde possédait sa propre culture de champignons des grottes. Pour Théo, tout a commencé en 87 alors qu’il sort fraîchement diplômé de l’école d’agronomie où la culture des champignons l’a séduit.

 

Cela veut-il dire que les autres cultures sont plus artificielles ?

Les autres cultures ne sont pas traditionnelles et pour augmenter la production, les producteurs se sont tournés vers la culture dans de grands entrepôts réfrigérés en été, chauffés en hiver. Le nombre de producteurs classiques a ainsi rapidement baissé, notamment à cause de la pénibilité du métier. L’avantage des grottes est la température et le degré d’humidité constants.

Ces grottes sont anciennes et Théo qui les connaît comme sa poche et ne risque pas de s’y perdre.

 

Ce travail demande beaucoup de travail…

Comme l’explique Théo, lorsqu’il entre dans la grotte à 7 heures du matin pour la cueillette, il ne sait jamais s’il en aura pour 2 ou 3 heures ou pour 12 heures ! Le champignon double de volume toutes les 20 heures… Et un cueilleur averti peut couper jusqu’à 20k° par heure.

Durant les 10 jours nécessaires à la pousse, Théo arrose quotidiennement les champignons avec un peu d’eau. Comme tout se passe dans l’obscurité de la grotte, on lui donne volontiers le sobriquet de " jardinier de nuit ". La culture est un moment crucial et se déroule entièrement à la main.

 

Quelles sont les variétés de champignons que Théo y cultive ?

Ce sont principalement des bruns rustiques mais suivant le temps dont il dispose, il cultive tantôt des pleurotes, des pieds bleus, des pleurottes ou du shii Také.

Le champignon brun de Paris (Agaricus bisporus), est un champignon rustique peut sensible aux attaques d’autres champignons, ce qui n’est pas le cas des champignons blancs.

Une température constante, aussi bien en hiver qu’en été. Ce climat invariable donne le temps aux champignons de se développer.

 

J’imagine que le champignon a aussi une saison ?

Oui et non. La culture peut se dérouler toute l’année mais en revanche il existe naturellement un ralentissement de la production durant la période estivale au moment où on pense plus à une salade de tomates plutôt qu’à une poêlée de champignons. Mais une fois l’automne de retour, la demande s’accélère et les jours chargés s’annoncent pour Théo et sa famille.

Petit détail pur ces champignons rustiques, entre le moment de l’ensemencement et la récolte, il faut compter environ 45 jours !

 

Ce champignon brun rustique est-il goûteux ?

Il est incomparable et comme Théo et son équipe coupent les champignons avec le pied, il conserve tout son goût et peut se conserver plus longtemps (au moins 10 jours).  Ayant eu le temps de venir à maturation grâce à la culture traditionnelle le champignon brun est ferme et savoureux et possède une chair plus ferme que le blanc. 

 

Une fois la récolte du jour terminée, que se passe-t-il ?

Après la récolte, Théo dépose les champignons dans des cagettes pour les magasins qui proposent du vrac à leurs clients, sinon il les propose également dans de petits raviers entièrement compostables et biodégradables composés de sciures de bois.

 

Où peut-on retrouver les champignons de Théo Jodogne ?

Dans plein d’endroits dont les magasins des Petits Producteurs, à la Coopérative Ardente, sur le marché de Visé, dans les Paniers de Martine (une maraîchère de la région) qui les propose aussi dans un distributeur automatique et enfin chez Colruyt.

 

Pour la petite histoire…

La petite histoire raconte qu’un chapelier parti vendre ses chapeaux de paille du côté de Marne la Vallée, découvre que dans le sous-sol identique à celui de sa Vallée, les gens de la région cultivent des champignons dit de Paris… Il ramène un peu de mycélium dans sa poche et une fois rentré, il ensemence un mélange de paille, de fumier de cheval, du mycélium, de la tourbe et un peu de craie et voilà l’affaire lancée et la naissance de la culture de champignons dans les grottes !

 

Théo JODOGNE Rue Haute 25  à 4690 EBEN-EMAEL Téléphone: 04/286.28.10.

Irène Brône

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