Comment aborder la sexualité avec son enfant ou son adolescent?

Sylvie Honoré s'attarde sur la sexualité expliquée aux enfants et aux ados, un concept qui reste encore aujourd'hui difficile à aborder avec eux. Alexandre Bacros, sexologue, nous donne les pistes à suivre pour en parler librement.

Il est de fait toujours plus facile de parler de sexualité avec des enfants qui ne sont pas les nôtres qu'avec les siens remarque Sylvie Honoré, le sujet étant toujours tabou dans certaines familles et les enfants ne souhaitant pas se confier à ce sujet à leurs parents.

Alexandre Bacros, sexologue clinicien hypnothérapeute à Tournai fait part de sa vision professionnelle.

Saisir l'occasion idéale pour parler de sexualité

Le sexologue constate que lorsque les parents lui demandent son aide, cela n'arrive pas très régulièrement mais en plus, les événements qui les poussent à le rencontrer se sont déjà passés. "Cela peut arriver de temps en temps (de recevoir de telles demandes) mais c'est plutôt dans un rôle d'éducation à la sexualité et parfois de recadrage : bien souvent, on va poser des questions quand il est déjà trop tard, que des événements se sont passés" déplore-t-il.

Il précise quels sont en général les "événements" qui incitent les parents à le contacter : "le fait d'avoir été dans le téléphone de l'ado et d'avoir découvert des messages, des photos et de vouloir interpeller l'adolescent ou quand on entend des bruits à l'école qui font le tour". Il ajoute : "les parents font plus attention à ce moment-là mais bien souvent il est trop tard".

Quelle attitude faut-il alors adopter avec son enfant ou son adolescent ? Doit-on en parler le plus tôt possible ou appliquer une prévention ? Alexandre Bacros répond :

En terme d'éducation à la sexualité, il n'est jamais trop tard car on apprend à tout âge.

Il fournit également des pistes pour parler plus facilement de sexualité avec sa ou ses progéniture(s) : "pour susciter le débat, parfois je pense qu'il faut saisir l'occasion d'un film, d'une discussion et de pouvoir aborder un terme ou l'autre, sans doute pas d'y aller frontalement et de s'immiscer dans la vie sexuelle de l'ado, du jeune".

Il poursuit :

La règle générale ce serait d'accompagner l'enfant, le jeune adolescent, de pouvoir être là pour répondre à ses questions sans devoir tout déballer.

Amour et sexualité

Pour parler de sexualité à son enfant, on peut souvent penser qu'il faut avant tout parler d'amour. Alexandre Bacros confirme mais se veut toutefois plus nuancé : "en tant que sexologue, je dirais que sexualité et amour sont deux choses distinctes" affirme-t-il.

Il détaille toutefois : "mais c'est certain que si je dois donner un conseil à un jeune garçon ou à une jeune fille qui ne sait pas si il ou elle va s'engager dans une relation, par exemple d'avoir une relation sexuelle, je dis toujours qu'il y a trois grandes questions à se poser avant de passer à l'acte".

Ces trois questions existentielles selon le sexologue sont les suivantes :

  • "Est-ce que je suis dans une situation où j'ai le choix de dire oui, de dire non ?"
  • "Suis-je dans une relation où il y a de l'amour, du respect ?" Il ajoute : "car tant qu'à rentrer dans la sexualité autant le faire avec de l'amour".
  • "Est-ce que je suis protégé, est-ce qu'on va mettre un préservatif ?" Il commente particulièrement ce point : "je rappelle toujours que l'avortement ce n'est pas un moyen de contraception. Le préservatif, c'est important". Alexandre Bacros prend ainsi exemple sur sa propre expérience professionnelle : "il m'est arrivé de recevoir une jeune fille qui voulait avoir un premier rapport mais qui me dit qu'elle ne veut pas mettre de préservatif car son copain n'aime pas cela et ne veut pas en mettre. Évidemment, je dois lui expliquer : "il ne veut peut-être pas en mettre mais toi t'as peut-être besoin de te protéger et lui aussi, c'est important" et apprendre aux jeunes comment installer un préservatif".

De manière générale, pour les parents, ceux-ci peuvent évidemment parler de sexualité avec leurs ados assure Alexandre et insiste toujours sur le même point : "encore une fois, il faut répondre aux questions, lors d'un film notamment". Il prend cette fois exemple sur sa propre vie privée : "on regardait La Boum. Ma fille adore ce film et à un moment donné Sophie Marceau doit faire le tapin. Elle m'a demandé : "papa c'est quoi faire le tapin ?" Même en temps que sexologue c'est difficile (d'en parler facilement). On répond juste aux questions et cela passe. On n'est pas obligé d'expliquer toute l'histoire de la prostitution".

La découverte de la sexualité fait partie de notre développement

Le sexologue est tout à fait d'accord avec l'affirmation suivante, "les enfants ne sont pas des anges asexués". Il livre d'ailleurs son ressenti de professionnel pour les parents qui n'arrivent pas à gérer le questionnement de leurs enfants sur la découverte de leur corps :

Cela fait partie du développement. Il faut se rappeler que la sexualité des enfants, le fait de se toucher, de se découvrir pour un enfant, ce n'est pas automatiquement connoté sexuel.

Il assure qu'il est important d'expliquer "qu'à un moment donné tu te touches, tu découvres ton corps, tu joues avec ta zézette ou ton zizi. Oui, tu peux le faire parce que se faire des chatouilles, cela fait du bien. Mais il faut expliquer que cela ne se fait pas le dimanche après-midi dans le salon quand papy et mamy viennent manger du gâteau et boire du café".

Autre point important sur la découverte corporelle, il ne faut pas dire à son enfant que ce qu'il fait est sale : "j'entends cela très souvent quand je fais l'historique sexuel (de mes patients). Je pose des questions par rapport à la découverte de la masturbation et j'entends des histoires qui sont parfois affolantes où une maman qui découvre sa petite fille qui joue avec son sexe vers six-sept ans et l'emmène chez le médecin en lui disant "si tu continues à jouer avec ta zézette, un zizi va pousser". Cette dame qui a maintenant trente ans m'a expliqué : "depuis ce jour-là, je ne me suis plus jamais touchée parce que j'en avais peur". Une situation qu'Alexandre Bacros veut éviter. Il lance d'ailleurs un message à l'attention des parents :

Il faut vraiment faire attention de la façon dont on en parle et je le dis toujours, si vous n'êtes pas à l'aise pour en parler s'il vous plaît, faites appel à des personnes qui sont à l'aise pour en parler, parce qu'on parle de sexualité par rapport à sa propre histoire, ses propres limites.

Alexandre Bacros : "pour certains, le sexe est une souffrance"

Si vous souhaitez en apprendre plus sur ce sujet, sachez qu'Alexandre Bacros, propose régulièrement des conférences et des ateliers sous l'appellation "Sexualité : mode d'emploi", notamment sur la manière d'aborder la sexualité avec son adolescent. Retrouvez toutes ses infos sur son site web.

Certifié de sexologie clinique à l'Université Libre de Bruxelles et formé en psycho-sexologie cognitive et en hypnothérapie, Alexandre est également sexologue clinicien au CHwapi à Tournai et propose aussi des consultations privées. C'est en discutant avec des professionnels de la santé qu'il a changé de métier et a décidé de se lancer dans une telle carrière prenant conscience "que le sexe n'était pas que plaisir. Pour certains, le sexe est une souffrance". 

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