Carnaval d'Alost : "La caricature est autorisée mais il y a une décence à avoir envers les Juifs"

Un ministre israélien a demandé l’interdiction du carnaval d’Alost, qui se tiendra ce dimanche, en raison des caricatures juives qui y seront représentées. Il faut laisser rire de tout ou interdire ?

L’année dernière, le carnaval d’Alost avait une nouvelle fois fait parler de lui alors qu’un char caricaturant les juifs avait défilé dans les rues. On y voyait des personnages au nez crochu assis sur des sacs de billets entourés de rats. Cette année, l’événement n’est plus repris dans la liste de patrimoine immatériel de l’Unesco (à la demande de la ville avant que la décision ne soit prise par l’Unesco) mais un ministre israélien veut aller plus loin et a demandé sur Twitter l’interdiction de ce carnaval.

Faut-il laisser rire de tout ou interdire ? C'est la question que l'on vous posait ce matin dans "C'est vous qui le dites". 

Voici quelques moments forts de l'émission...

"C'est de l'humour !"

Les auditeurs étaient partagés ce matin à l'antenne. 

Pour Étienne de Vresse-sur-Semois, on peut rire de tout : "Je pense que c'est un carnaval et ce qui est intéressant avec le carnaval d'Alost c'est qu'on rit de tout et de tout le monde. On rit des nationalistes flamands, du Vlaams Belang, de la monarchie... Maintenant c'est vrai qu'il faut faire attention dans certaines caricatures. Si on évoquait la question juive en parlant des chambres à gaz, ça serait bien pire que la question financière. Je pense que c'est de l'humour. [...] Il ne faut pas fixer des limites car c'est un carnaval et que le propre du carnaval c'est de pouvoir rire de tout le monde et je pense, qu'ici, le carnaval est objectif [...]". 

Charles de Gerpinnes ne partage pas le même avis qu'Étienne. Pour lui, il faut faire attention à ne pas dépasser les limites : "Il faut faire la distinction entre l'humour juif et l'humour antisémite. Aujourd'hui, pour être bien vu dans la société "bobo", on dit qu'il faut rire de tout mais ce n'est pas le cas. L'antisémitisme n'est pas une opinion mais un délit. Ce char est antisémite. [...] Il faut faire attention aux mots qu'on utilise. [...] C'est de l'antisémitisme, ce n'est pas une allusion". 

"L'intervention du ministre israélien est inopportune !"

Philippe Markiewicz, président du Consistoire Central Israélite de Belgique, est intervenu en tant qu’expert à ce sujet sur notre antenne : "Je ne suis pas du tout d'accord avec l'intervention du ministre israélien. Ce qui s'est passé en 2019 au carnaval d'Alost était naturellement choquant mais il y a eu des réactions du niveau fédéral ainsi que du ministre flamand et c'est un problème belgo belge et le ministre israélien n'a pas à s'en mêler ! [...] Nous avons une communauté juive heureusement structurée en Belgique qui est tout à fait apte à prendre les contacts adéquats avec les autorités. [...] Cette intervention est totalement inopportune et je la considère comme une instrumentalisation". 

Le président a également des appréhensions pour cette édition : "J'ai des craintes évidemment et j'espère qu'elles ne se concrétiseront pas. Je regrette que le dialogue n'a pas pu être poursuivi et que la procédure à l'UNESCO ait été si acharnée parce que le dialogue existait en Belgique notamment avec les carnavalistes et les représentants de la communauté juive. Ceci étant, j'espère que les gens d'Alost sont raisonnables et comme je suis un optimiste, j'espère que mon optimisme sera récompensé". 

Philippe Markiewicz rappelle que la caricature est autorisée mais dans une certaine mesure : "La caricature est autorisée. N'oubliez pas que dans une démocratie comme la nôtre en Belgique, la liberté de parole est fondamentale mais elle est limitée par les traditions d'une démocratie éclairée. [...] 75 ans après la Shoah où la moitié des Juifs de Belgique a été exterminé, il y a une certaine décence à avoir envers la communauté juive. La caricaturer, pourquoi pas ? Mais cela ne doit pas dépasser certaines limites en fonction de son vécu". 

Nous vous invitons à poursuivre le débat sur notre page Facebook "C’est vous qui le dites".

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