BURUNDI - Samedi 6 octobre : Gitega – Ruyigi

Tout n'est évidemment que subjectif mais l'étape de ce jour est probablement la plus belle depuis le début de l'odyssée burundaise du RAVeL du bout du monde. Et à chaque jour sa célébrité : aujourd'hui, c'est le gouverneur de la province, vêtu de la vareuse rose du... Sporting de Charleroi qui a décidé de pédaler en notre compagnie.

A peine mis en jambes, une petite halte s'impose au musée national de Gitega, celui-là même qui est un des rares du pays à proposer une palette des moeurs et coutumes, un survol du patrimoine historico-culturel burundais. Dans les vitrines se coudoient objets usuels et rituels, poteries et lances, photographies et costumes traditionnels. Sans oublier les fameux tambours, dont l'un, pluriséculaire, est sacré...

S'ensuit la traversée de la ville sur la route principale, avec toujours ces mêmes scènes des hommes, femmes et enfants regroupés qui acclament avec ferveur le passage du peloton. Pour sûr, des blancs tout de noir vêtus qui roulent à bicyclette, pareil spectacle ne leur est pas offert tous les jours !

Quand la cité s'efface, très rapidement, la campagne reprend tous ses droits. Ici, dans les champs, les hommes travaillent la terre à la houe. Là, d'autres découpent un tronc d'arbre avec une scie d'une taille démesurée. Là encore, les femmes transportent sur leur tête la récolte matinale. Ailleurs, ce sont de grands sacs qui se dressent de toute leur verticalité. Surtout, ne pas se fier aux apparences : bien qu'ils laissent entrapercevoir des feuilles d'eucalyptus, il n'en est rien puisqu'ils contiennent du charbon de bois... Maïs, haricots, manioc et  sorgho sont les principaux plants à tapisser le sol fertile. A leurs côtés, caféiers et bananiers remplissent les espaces. 

Contrairement aux jours précédents, l'allure est cette fois plus modérée et le peloton reste bien compact. Si certains doivent mordre sur leur chique devant ce rythme trop peu soutenu, d'autres apprécient le confort au coeur du groupe : là, il n'y a pas besoin de fournir d'effort superflu...

Montées, plat et descentes, tout s'enchaîne sur le revêtement de bonne qualité. Une première halte est marquée au kilomètre 27, à la jonction de plusieurs routes, dont celle qui mène à Ruyigi. L'arrêt prolongé provoque un gros attroupement et, une fois encore, la curiosité se lit sur tous les visages.

La suite du parcours sera un peu plus chaotique avec, comme hier, une route nationale qui s'apparente davantage à une piste qu'à un beau macadam bien roulant. Mais après tout, peu importe : les paysages sont plus époustouflants les uns que les autres, toujours avec les collines en arrière-plan. Difficile de croire qu'il n'y en a que mille et une dans ce pays tant elles se succèdent... Partout encore, les Burundais s'amusent et encouragent les RAVeListes, parfois même les remercient de leur passage. Ailleurs, ce sont des femmes qui, juchées sur une butte, dansent en regardant passer le peloton ou une église qui se vide d'un seul coup et en voit sortir des dizaines d'enfants. Plus loin, des enfants dégringolent des collines pour rejoindre la piste et assister à ce spectacle si peu commun.

L'arrivée à Ruyigi se fait non pas en fanfare mais au son des tambourinaires qui nous accueillent à la maison Shalom. Pénible d'imaginer qu'ici, dans ces collines, une guerre inter-ethnique d'une violence sans pareil a vu s'affronter Hutus et Tutsis et causé des dizaine de milliers de victimes dans la région. Marguerite – Maggy – Barankitse aurait pu être l'une d'entre elles quand, le 24 octobre 1993, ses frères tutsis veulent sa mort pour la seule raison qu'éprise de tolérance, elle a adopté six enfants de différentes ethnies. Dont des Hutus. Échappant au massacre, elle n’a plus qu’une idée en tête : lutter contre la violence qui ravage son pays en offrant aux enfants paix, amour et respect de l’être humain et de sa dignité. Pour répondre à son objectif, elle fonde la Maison Shalom. Parce que le nombre d’orphelins ne cesse de croître, l’ONG prend rapidement de l’ampleur. Les activités et les infrastructures se développent tant et plus, aidées par la communauté internationale. L’incroyable énergie que Maggy développe au quotidien voit au fil des ans la Maison Shalom se transformer en véritable communauté : aujourd’hui, terres cultivables, ferme, école, hôpital, guesthouse, piscine, cinéma et maisons sont à disposition des orphelins de la guerre, du sida, des enfants de la rue ou à ceux issus de parents indigents. À ce jour, ils sont plus de 20 000 enfants défavorisés à avoir été assistés par Marguerite Barankiste et son équipe. Honorée de multiples distinctions – dont le Prix Nobel des Enfants –, Maggy poursuit inlassablement son travail pour que la haine interethnique ne détruise plus son pays. Sombrer, ne plus rien attendre de la vie, être à ce point en colère m’a permis de trouver une autre forme d’espoir, plus simple, moins fabriqué, plus sincère.

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