Beethoven était-il alcoolique ?

Beethoven était-il alcoolique ?
Beethoven était-il alcoolique ? - © no_limit_pictures - Getty Images/iStockphoto

2020 est le 250e anniversaire de la naissance de Beethoven, l’occasion pour Fabrizio Bucella, chroniqueur dans Vivre Ici Bruxelles et œnologue de se pencher sur le compositeur.

Voilà une colle que m’ont posée mes étudiants, car on a dit tout et son contraire concernant la mort du maître. En un mot : Beethoven serait-il décédé à cause d’un trop grand amour pour le pinard ?

Si vous abordez la mort de Beethoven en cours de soirée, ça vous pose ipso facto en spécialiste. Point besoin de se farcir les 9 symphonies, 5 concertos, 32 sonates, 16 quatuors à corde et j’en passe et j’en oublie. À l’instar de Napoléon, plusieurs hypothèses ont été émises concernant les causes du décès, et il ne sera jamais possible de poser un diagnostic post-mortem infaillible près de deux cents ans après le trépas.

Il semble qu’il y ait un document qui permet de lever un coin du mystère…

Récemment, le rapport d’autopsie, demandé par Beethoven lui-même, a été traduit du latin vers l’anglais, puis de l’anglais vers le français – si je ne me suis pas gouré pour cette dernière partie.

Techniquement, attention accrochez-vous, Beethoven serait mort d’une défaillance du foie sur cirrhose alcoolique, compliquée d’une péritonite, la pancréatique (inflammation du pancréas) pouvant également s’expliquer par l’abus d’éthanol. De là à tirer comme conclusion que Beethoven était alcoolique, il n’y a qu’un pas… mais faut-il le franchir ? Même s’il n’est plus là pour nous en vouloir, ce serait, avouez-le, quand même gênant de faire passer ce grand monsieur pour un buveur pathologique, alors qu’il n’était peut-être qu’un buveur raisonnable.

Si Beethoven n’était pas alcoolique, ou du moins pas décédé pour cette raison, de quoi est-il mort alors ?

Plus récemment, on a proposé une explication qui contient une astuce : celle de l’intoxication au plomb. Des analyses récentes tant des cheveux que des os montrent que le compositeur était atteint de saturnisme, la divinité Saturne (le dieu qui mangeait ses enfants) étant le symbole du plomb pour les alchimistes du Moyen-Âge. Le plomb trouvé dans le corps de Beethoven pouvait provenir de la vaisselle, de carafes ou de récipients en plomb ou en cristal de plomb. Cela n’explique pas vraiment les concentrations mesurées. Si vous avez des verres en cristal de plomb à la maison, il n’est donc pas utile de les apporter à la déchèterie. Vous ne risquez pas douleurs abdominales, asthénie, retard mental, retard staturo-pondéral et céphalées, tous des symptômes du saturnisme.

L’hypothèse la plus sérieuse, et c’est là qu’intervient l’astuce dont nous avions parlé, est que le compositeur ingérait une quantité importante de plomb diluée subrepticement si l’on peut dire dans le vin dont il raffolait.

Pourquoi le vin de Beethoven contenait-il du plomb ?

Vu qu’il se procurait des vins de moindre qualité, ceux-ci étaient fortifiés avec du litharge (ou monoxyde de plomb) pour les adoucir et retirer leur piquant. Bien que formellement interdite, la pratique était usuelle. Elle est très bien décrite dans le bel ouvrage de Jacques Dupont " Choses bues ".

En deux mots alors. Le saturnisme (intoxication au plomb) peut induire les crises d’agressivité, d’impulsivité, les migraines et l’état dépressif que Beethoven soulageait par la consommation du vin… qui contenait du plomb. Plus il consommait, plus il était malade… et il serait décédé de saturnisme plus que d’abus d’éthanol. Quod erat demonstrandum, si on peut dire.

On raconte encore les choses suivantes…

En mars 1827, juste avant sa mort (il trépasse le 26 mars à 56 ans), Beethoven écrit une de ses ultimes lettres au baron Johan Pasqualati : " Comment pourrai-je assez vous remercier pour ce champagne excellent ; comme il m’a restauré et comme il va me restaurer encore ! ". Sur sa table de chevet étaient placées, en guise de cadeau, des bouteilles de vin de Mayence. Le compositeur les regarde et murmure : " Hélas, hélas… trop tard ". Ce furent ces derniers mots.

Morale de la fable. Plutôt que de boire tant et plus, il faut boire bon. Comme dirait l’autre, point besoin de vider le Brahmapoutre. Sur ce domaine, comme sur tous les autres, il n’y a qu’une solution, c’est la dégustation.

Chaque vendredi, Fabrizio Bucella nous livre ses pépites sur le monde du vin dans Vire Ici Bruxelles. N’hésitez pas à aller faire un tour sur le site de son école d’œnologie Inter Wine and Dine pour en savoir plus. Il propose également des cours gratuits en ligne les vendredi et samedi à 18h sur sa chaîne Youtube.

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