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Marchands d'art espagnols arrêtés. Des antiquités volées par Daesh, vendues en Belgique ?

  • C’est un beau coup de filet de la police espagnole. Des dizaines de pièces volées par l’Etat islamique sur des sites archéologiques libyens saisis. Deux antiquaires arrêtés à Barcelone, soupçonnés d’être à la tête d’un vaste trafic international. Parmi eux, Jaume Bagot, 31 ans, considéré comme l’un des experts les plus doués de sa génération. Régulièrement accueilli à la Brafa, la prestigieuse foire d’art et d’antiquités de Bruxelles, il écoulait aussi ses antiquités dans notre pays, avec l’aide d’un antiquaire du Sablon.

    " L’enfant prodige de l’art antique ", c’est ainsi que l’avait baptisé un grand quotidien économique espagnol qui lui consacrait un portrait en 2015. Le parcours de Jaume Bagot, jeune antiquaire barcelonais forçait l’admiration.  À 13 ans, il vendait des pièces de monnaie.  A 17 ans, il possédait déjà une galerie à Barcelone et avait intégré la guilde des antiquaires espagnols. A 28 ans, il était l’agent de galeries à Berlin ou a Paris, raconte le journal. Aujourd’hui, Jaume Bagot  a 31 ans. Arrêté pour participation au financement du terrorisme, il est désormais suspecté d’être un des plus gros maillons d’un vaste trafic international.

    Jaume Bagot, jeune antiquaire espagnol de 31 ans soupçonné d'être l'un des plus grands trafiquants d'oeuvres d'art européen

    Jaume Bagot, jeune antiquaire espagnol de 31 ans soupçonné d'être l'un des plus grands trafiquants d'oeuvres d'art européen - © Tous droits réservés

    Ce jeune antiquaire,  nous l’avions croisé en janvier 2017, à la prestigieuse foire d’art et d’antiquités bruxelloise, la Brafa.   Votre magazine d’investigation enquêtait justement sur le trafic d’’antiquités et le financement du terrorisme.  Accompagnés de l’archéologue Didier Viviers (ULB), nous avions repéré une mosaïque mise en vente  au prix de 85.000 euros dans son stand et dont l’origine était pour le moins trouble.  " Ceci vient très manifestement d’un pillage.  Sans doute un grand tapis dont on a découpé les panneaux pour en faire des panneaux plus facilement vendables.  L’étiquette ne dit rien, il faut évidemment s’interroger sur l’origine de la pièce " avait fait remarquer le professeur Didier Viviers.

    Notre reportage ci-dessous...

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    Le rôle clé d’un étudiant français

    L’origine des pièces proposées par Jaume Bagot, c’est précisément ce qui intéressait les autorités espagnoles depuis déjà plusieurs mois.  Aujourd’hui, après 3 ans d’une enquête menée par les espagnols avec l’aide des autorités libyennes, c’est un réseau international de trafic d’antiquités volées sur des sites archéologiques  contrôlés, à l’époque, par les terroristes de l’Etat islamique, qui a été mis au jour.  Une série de perquisitions a  mené à la saisie de dizaines de pièces en provenance des régions cyrénaïque et tripolitaine (Libye). Mais le lien présumé entre  les pillages de Daesh et l’antiquaire barcelonais a pu être établi notamment grâce à un étudiant français qui prépare une thèse sur les sculptures funéraires cyrénaïques.  Ce doctorant en archéologie est " la clé de la démonstration de ce lien " explique Fernando Porcel, chef de la brigade patrimoine de la police nationale espagnole à Cadena SER, un média espagnol.

    Ramifications belges ?

    L'antiquaire espagnol avait des liens très étroits avec un galeriste du Sablon !

    L'antiquaire espagnol avait des liens très étroits avec un galeriste du Sablon ! - © Tous droits réservés

    L’enquête a démarré en Espagne, mais il s’agit bien d’un réseau international avec des liens, entre autres, en Belgique.  Le vendeur espagnol était en effet en contact avec la galerie Harmakhis au Sablon.  Il  y déposait des objets pour les mettre en vente.  En octobre 2016, des antiquités volées en Egypte sont saisies par la police de Bruxelles chez ce marchand bruxellois.  Des objets déposés par un certain Jaume Bagot.  " Une information judiciaire a été ouverte au parquet de Bruxelles. Le signalement de ces pièces avait été donné par les carabiniers italiens qui en ont informé leurs confrères espagnols parce que le propriétaire de la galerie Harmakhis a donné pour explications de conserver en dépôt ces pièces pour un marchand d’art espagnol. " explique Frédéric Loore, journaliste à Paris Match.  A l’époque le dossier a été classé sans suite chez nous, mais les espagnols ont poursuivi leurs investigations sur le vendeur barcelonais.   Chez nous , la lutte contre le trafic d’oeuvres d’art est loin d’être une priorité.  Pour rappel, la cellule art de la police fédérale a été dissoute en janvier 2017.   Les trafiquants ont donc le champ libre.

    Devoir d'enquête sur les traces des trafiquants depuis de nombreux mois en collaboration avec Paris Match : https://parismatch.be/actualites/societe/94515/trafic-dantiquites-daesh-belgique#!

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