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L'accord historique de la COP21 : réaliste ou utopique ? - RTBF Alors on change

  • La Deux
Alors on change !

L'accord historique de la COP21 : réaliste ou utopique ?

  • Notre expert carbone Frédéric Chomé a décrypté le texte de l’accord pour « Alors, on change ! ».

    Les dernières heures de la COP21 qui vient de se clôturer à Paris ont été dignes du meilleur thriller de Stephen King, avec en prime le happy end que personne ne croyait possible mais dont tout le monde rêvait : 195 pays ont signé un accord "historique", "sans précédent", "robuste", "équitable", dont l’objectif est de limiter le réchauffement climatique global à un niveau "bien en deçà de 2°C" par rapport aux niveaux préindustriels, ainsi que de sortir de l’ère fossile d’ici 2050.

    Mais au-delà de l’apparente réussite politique des deux semaines de négociations parisiennes, de nombreuses zones d’ombre subsistent. Et en bonnes zones d’ombre, elles sont loin de faire la une des médias... Notre expert carbone Frédéric Chomé a décrypté le texte de l’accord pour " Alors, on change ! ".

    Pour lui, sans surprise, la COP21 a livré "un accord a minima qui ne sauvera pas l'humanité dans son ensemble". En résumé, les principaux points problématiques sont :

    - Les engagements démarreront en 2020. D’ici là on est encore sur ce bon vieux protocole de Kyoto qui n’en finit pas de se déliter ;

    - Avant que le nouveau protocole n’entre en vigueur, il doit être ratifié par 55% des pays qui représentent au moins 55% des émissions mondiales. Pour Kyoto, cela avait mis plus de 5 ans… grand progrès néanmoins : contrairement à Kyoto, on ne pourra plus sortir du protocole une fois qu’on l’aura ratifié !

    - Il n’est nulle part fait mention de l’idée de donner un coût aux émissions de gaz à effet de serre. Le principe d’une taxe carbone n’est même pas abordé ;

    - Les conditions de transferts entre pays historiquement responsables des émissions et les pays les plus vulnérables ne sont pas clairement définies. On parle de 100 milliards de dollars, mais on ne dit pas qui doit donner combien à qui et à partir de quand ;

    - Il est bon de noter que la volonté de séparer les Pays en 3 types (développés, en transition et en voie de développement) n’a finalement pas été retenue ;

    - Les Etats ont signé des incantations assez floues, du type " atteindre un pic d’émissions mondiale dès que possible ", puis " équilibrer les émissions avec les puits ", sans oublier le fameux concept d’atteindre " zéro émissions nettes " qui devra être atteint, mais sans donner de date précise ;

    - Les moyens pour atteindre les objectifs sont totalement oubliés, notamment l’absence des énergies renouvelables comme outil indispensable pour y parvenir (paradoxalement on pourrait développer le nucléaire pour diminuer nos émissions CO2) ;

    - Calculette à la main, la somme des objectifs volontaires donnés par les états conduit vers un réchauffement global d’au moins +3°C, donc +6 °C sur les continents pour la fin du siècle. On est bien au-delà des 2°C…

    - Les Etats devront revoir leurs objectifs tous les 5 ans et ne pourront prendre que des objectifs plus contraignants : c’est un peu comme si tu partais en randonnée sans boussole, en te disant que tu vas suivre le sud en regardant le soleil, pour un chemin que tu sais long, mais tu y vas en rampant pour les 3 premiers jours à la suite de quoi tu réévalueras les options qui s’offrent à toi : pas d’engagements sur la vitesse, ni sur l’heure d’arrivée.

    Les plus optimistes diront que c’est probablement un pas en avant, mais "tous ceux qui ont participé aux négociations préfèrent sans nul doute un mauvais accord que pas d’accord du tout".

    Dans le brouhaha des félicitations (nombreuses) et des (quelques) critiques parfois vitriolées, peu ont ramené le débat à ce qu’il devrait être, à savoir un problème d’accumulation et d’effets retard.

    Frédéric Chomé rappelle que :
     

    • Les émissions de gaz à effet de serre sont 5 fois plus importantes aujourd’hui que les absorptions de ces mêmes gaz par les écosystèmes;
    • Les émissions croissent chaque année, et la capacité d’absorption des puits ont tendance à se réduire (déforestation, stratification des océans,…);
    • La situation actuelle ne mène pas l’humanité vers un chemin d’équilibre entre les émissions et les absorptions, c’est plutôt le contraire qui se passe;
    • Par ailleurs, la fonte du pergélisol (la couche supérieure de certaines régions de la Terre constamment gelée) libère déjà des quantités de méthane additionnelles qui renforcent l’effet de serre anthropique;
    • Toutes les années qui passent accumulent toujours plus de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, qui renforcent le réchauffement de l’atmosphère et accélèrent la fonte du pergélisol (d’où encore plus de rejets de méthane), stratifient les océans, accélèrent la fonte de la glace de terre et des pôles (d’où la montée des eaux) et font se dilater l’eau de mer;
    • Même en arrêtant d’émettre toutes nos émissions aujourd’hui, la durée de vie des gaz à effet de serre déjà présents dans l’atmosphère induira, par inertie, une hausse de la température sur les 100 prochaines années et une hausse du niveau des mers sur plusieurs centaines d’années.


    En 2009, avant le sommet de Copenhague, James Hansen, un immense scientifique de la NASA à la pointe de la recherche "honnête" sur les causes et impacts des changements climatiques, avait publié un papier dans lequel il expliquait très bien que pour avoir 85% de chances de ne pas dépasser 2°C de réchauffement global, il aurait fallu :

    - un pic des émissions de CO2 en 2013 (on en est encore loin) ;

    - un équilibre entre absorptions et émissions au plus tard en 2030 (l’accord de Paris vise 2050) ;

    - une décarbonation de nos modes vies accélérée au rythme de -10% par an au niveau mondial.

    C’eût déjà été un challenge incroyable, qui aurait nécessité de stopper toute exploitation du charbon à partir de 2014 par exemple. "Dans ma vie de conseiller en réductions d’émissions de gaz à effet de serre, nous sommes parvenus à faire en sorte que des entreprises ou des Régions réduisent leur empreinte carbone de -5% par an pendant 5 à 6 ans, mais certainement pas d’atteindre -10% tous les ans. Ce chemin est un chemin qui nous oblige à repenser le moteur de nos sociétés : la croissance basée sur des énergies fossiles bon marché."

    Sans surprise, à l’inverse du chemin prôné par Hansen, depuis 2009 l’humanité a continué d’émettre environ 35 milliards de tonnes de CO2 par an, ce qui fait que 6 ans plus tard on a déjà consommé la moitié du budget d’émissions de CO2 d’ici à 2050 (courbe rouge dans le graphique ci-dessous). La concentration de CO2, qui devrait idéalement se stabiliser autour de 350 ppm (parts par million) a déjà dépassé les 400 ppm. Il sera impossible de la ramener à 350 ppm de manière volontaire, car pour cela il faudrait couper 90% des émissions de gaz à effet de serre et donc de toute l’activité mondiale actuelle.

    "Cet objectif est dès lors inatteignable, tout comme la volonté hypocrite de nos dirigeants de "tout faire" pour limiter le réchauffement global à un niveau bien inférieur à +2°C par rapport à la période préindustrielle. Atteindre l’équilibre entre les puits et les sources de CO2 en 2030 avec l’accord de Paris impliquerait de diviser nos émissions par un facteur 10... en seulement 10 ans!"

    Alors, cet accord issu de la COP21, est-ce vraiment une victoire pour la planète et l’humanité ?

    Ou la morale de l’histoire n'est-elle pas que le changement nait dans la tête de chaque citoyen, sans attendre qu’il ne tombe du ciel ? Notre sort est vraiment entre nos mains, nous avons tous, à titre individuel, la capacité d'agir: donnons-nous les moyens de dépasser les ambitions de nos politiciens! C'est décidément à nous d'aller au charbon (l'expression est bien choisie) afin de leur donner l'exemple :-)

    Comment faire ? Ce n'est pas si difficile... retrouvez trois portraits inspirants de citoyens qui ont décidé d'agir dans notre numéro spécial sur la COP21.

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