Les grenades: Le nouveau projet info 100% diversité et égalité

Les grenades: Le nouveau projet info 100% diversité et égalité
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Les grenades: Le nouveau projet info 100% diversité et égalité - © Tous droits réservés

Dans une société de plus en plus diversifiée, la question de la représentation des femmes et des minorités visibles dans l’espace publique prend une nouvelle ampleur en Belgique francophone. La presse semble encore chercher une réponse adéquate car en cinq ans, il n’y a pas eu de changement. Les médias belges sont dominés par le même profil : un homme blanc hétérosexuel issu de la classe moyenne supérieure et en bonne santé.

Alors que le virage digital se négocie, la RTBF veut parier sur un nouveau projet info dont l’ADN serait à 100 pour cent diversité et égalité.

Un tel projet n’existe pas encore chez nous, du moins de façon professionnelle. Des contenus commencent à voir le jour : " Gaz’elles ", " La diaspora chuchote ", " Elles m’inspirent ". Sur les réseaux sociaux, le public s’intéresse à des contenus qui montrent la société dans ce qu’elle a de plus vrai, de plus authentique. " J’ai piscine avec Simone ", " Les glorieuses ", " Pour que la femme " , " Simone Media ", " Les brutes ", " Pour la victoire ", " La poudre ".

Tous ces contenus attirent un public captif et qui s’engage car ces questions touchent à l’émotion et à la justice. Un thème qui parle beaucoup aux nouvelles générations et aux jeunes adultes.

Plusieurs entreprises de renom s’engagent clairement en faveur de l’égalité et de la diversité. Certaines même, viennent de signer une charte pour lutter contre les violences faites aux femmes (charte CEASE). La vague Meetoo change la donne, les comportements, et les centres d’intérêt tandis que les minorités dites visibles veulent avoir droit au chapitre, se sentir représentées.

Oser la diversité, c’est étonner, susciter l’intérêt, casser les barrières qui enferment les individus dans une assignation et produire un contenu original à ancrage belge.

Interview avec Safia Kessas, créatrice, la journaliste et réalisatrice du projet: Les Grenades.

La RTBF lance aujourd'hui son premier projet féministe: Les Grenades. Pour comprendre ce qui se cache derrière ce nom, nous avons posé quelques questions à sa créatrice, la journaliste et réalisatrice, Safia Kessas. 

Les Grenades sont lancées aujourd’hui, à qui s’adresse cette nouvelle info  ?

Safia Kessas: Ce projet s’adresse à toutes les personnes qui se sentent concernées de près de ou de loin par les questions de genre. Cela s’adresse à tout le monde. On se rend compte que le public est de plus en plus sensible à ce genre de contenu. Depuis #Meetoo, les articles dédiés à ces questions sont en augmentation nette.

Quels sont les axes qui seront développés par Les Grenades ?

S.K.: Tout type d’info qui touche au genre. Il n’y aura pas d’exclusive. Le but est de mettre en évidence des profils d’expertes, des métiers invisibilisés, féminisés, souvent moins bien rémunérés, de la culture aussi. Je trouve que les femmes autrices ne sont pas assez représentées. Chez nous, dans les médias mainstream, le dernier livre de Mona Chollet est passé un peu sous le radar (*Sorcières ),  je trouve que ce qu’elle dit est tellement pertinent sur la place des femmes dans la société. Cela fait réfléchir autrement. Ce qui nous intéresse aussi, ce sont des expériences particulières. Nous aurons le récit  d’une jeune femme partie à vélo de Namur à Tokyo. Dans certains pays, il est très compliqué de rouler vélo pour des femmes. On aura un récit toutes les semaines. Ce sera différent. 

Qui participe à cette aventure ?

S.K.: Il y aura des journalistes qui connaissent ces questions mais aussi des contributrices issues de la société civile (freelance, blogueuses, membres d’organisations), nous voulons faire la différence. Elles ne doivent pas être des expertes formellement reconnues, juste être compétentes sur les sujets couverts (des hard news et des sujets clés du débat public). Cela permet en partie de compenser le biais de genre, tout en permettant à ces nouvelles-venues d’améliorer leurs compétences professionnelles et leur visibilité. Cela permet de mettre en évidence certains enjeux d’importance pour les femmes. De plus, cette visibilité crée un effet boule de neige, avec une augmentation du nombre de femmes voulant exprimer leur point de vue (subsides éducation aux médias). Ce projet est soutenu par Alter égales de la FWB qui vise à une meilleure représentation des femmes.

Y-avait-il un réel besoin ?

S.K.: Oui sans aucun doute. Les recherches sur les médias se suivent et se ressemblent quand il est question des représentations genrées. Les femmes sont sous-représentées (quantitativement). Les femmes représentent 51% de la population belge (chiffres du 1er janvier 2017, avancés par le CSA dans son dernier baromètre). Les femmes représentent 37,28% des intervenants dans les émissions d’information (télévision) par exemple. Ceci est le chiffre général. Si on explore les catégories d’intervenants, on remarque que 71% des portes- paroles et 79% des experts sont des hommes. Par ailleurs, quelle que soit la catégorie, les hommes représentent toujours plus de 50% (ce qui n’est pas le cas des femmes). Le meilleur score des femmes est dans la catégorie journaliste/animatrice (mais surtout comme journaliste secondaire et non principale). Les hommes sont dans les catégories d’analyse et les femmes représentent la " vox populi ". La RTBF veut changer la donne et avancer sur ces questions.

Est-ce que Les Grenades sont là parce que nous sommes à un moment précis, une sorte de Momentum ?

S.K.: Meetoo a clairement été un catalyseur. Cela a permis de mettre la lumière et l’intérêt sur des questions qui sont portées depuis longtemps par les mouvements féministes. On n’aurait pas parlé de la même manière de la Ligue du Lol avant. Partout, on voit l’émergence d’informations digitales riches et variées sur l’égalité. Simone Media est un des derniers exemples en date. Mais il y en a plein d’autres. Cette question s’invite partout dans la réalisation, au travail (égalité salariale), et aujourd’hui dans les médias comme le démontre le dernier rapport de l’AJP sur les femmes dans la carrière de journalistes.

Le type d’infos qui seront développées sur Les Grenades ? La ligne éditoriale ?

S.K.: Ce projet est une manière d’aller là où l’info mainstream n’a pas toujours le temps d’aller. On essayera d’être différentes, d’apporter un regard différent, de dénicher des profils nouveaux, de mettre en lumière par exemple plus de femmes racisées, très très invisibilisées dans les médias. Quand ce sera nécessaire, on n’hésitera pas à réaliser des dossiers plus conséquents.

Des choses que vous vous interdirez ?

S.K.: Non. On interviewera même des hommes s’il le faut (rires).

Un média qui s’adresse aux femmes, est-ce que ca veut dire que les hommes sont persona non grata sur ce projet, sur cette page ?

S.K. : Pas du tout. On ira interroger des hommes qui s’occupent des enfants et des femmes expertes. On essayera de casser les stéréotypes.

Les Grenades voient le jour sur le site de la RTBF, est-ce que cela veut dire que les médias publics sont conscients du rôle qu’ils doivent jouer ?

S.K.: La RTBF est consciente de son rôle en tant que médias de service public qui s’attache à représenter tous ses publics. La RTBF est aussi consciente de l’exemplarité qui est la sienne. Nous voulons être une locomotive pour les autres. Montrer que c’est possible, simple et accessible. Les médias peuvent changer la donne car ils construisent aussi les stéréotypes. Ils ne sont pas les seuls. Mais ils y participent aussi. On a envie que les petites filles aient envie de devenir qui elles désirent. Elles auront de beaux rôles modèles.

N’est-ce pas dommage qu’il faille passer par une page spéciale pour traiter des informations genrées ? N’est ce pas le reflet que les médias ne font pas assez en ce sens ?

S.K.: C’est nécessaire. On se rend compte avec toutes sortes d’études que l’égalité, si on veut y arriver doit faire partie d’un processus réfléchi. Pour avancer, il faut à la fois un coup de pouce comme les grenades et y penser régulièrement dans le mainstream. Et puis ce n’est pas dommage, c’est une information spécialisée. Le public est de plus en plus éduqué. Il a accès à 1000 et une source d’infos. Il recherche ce genre de contenus. Parfois, le public connaît même mieux le type d’info que les journalistes. On répond à une demande, d’en savoir plus sur le genre. C’est aujourd’hui enseigné. Les matières sont vastes. Elles touchent à l’économie, à la sociologie, à la psychologie sociale, …  C’est une discipline en soi. Donc c’est justement une forme d’ouverture et de modernité.

Quel est l’objectif à terme ?

S.K.: J’ai ma petite idée mais pas tout à la fois (rires).

Si vous deviez résumer le projet en une phrases ?

S.K.: Un projet d’info différent qui, je l’espère,  intéressera le plus grand nombre et qui représentera toutes les femmes.

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