Les croque-morts sont-ils tous des hommes ?

Notre imaginaire collectif a fait du croque-mort un vieil homme sinistre habillé tout en noir, porteur de mauvais présage. Si ce métier souffre d’une mauvaise image, le tabou auquel il est lié et son nom relativement glauque n’y sont probablement pas pour rien. Mais que se cache-t-il réellement derrière le métier de croque-mort ?

Le croqueur d’orteil

Le terme de croque-mort est un surnom familier qui englobe en réalité différents métiers du funéraire, de la préparation des corps à la mise en bière en passant par le transport jusqu’au cimetière et la cérémonie funéraire.

Les personnes qui interviennent sur les corps des défunts pour leur rendre un aspect présentable avant les derniers adieux à la famille sont des thanatopracteurs et thanatopractrices (du grec  "thanatos" : la mort), on les appelle également embaumeurs ou embaumeuses. Les employés des pompes funèbres quant à eux se chargent de la cérémonie et les personnes qui creusent les tombes sont appelées fossoyeurs et fossoyeuses. Alors d’où vient l’expression "croque-mort" ?

On estime que ce terme apparu au 18ème siècle viendrait d’une tradition où la personne en charge des cadavres devait croquer le gros orteil du défunt pour s’assurer qu’il était bien mort. Cette légende urbaine n’a bien évidemment jamais été vérifiée et il semblerait que la véritable étymologie de ce terme provienne du vieux français, "croquer" voulant dire autrefois "faire disparaître".

Un métier longtemps interdit aux femmes

Pendant des années, ce sont les femmes qui se sont occupées d’accompagner les morts. Mais, dès que ce secteur s’est professionnalisé et que croque-mort est devenu un métier à part entière, les femmes se sont vues écartées de cette activité. Dans certains pays, elles ont même été interdites par la loi de devenir croque-mort.

Alors comment comprendre cette main mise par les hommes sur le métier de croque-mort ? Il faut savoir que les pompes funèbres sont souvent des entreprises familiales où, comme dans tout système patriarcal, la succession sera assurée par le fils. On parle aussi d’un métier très physique car les cercueils et les corps sont très lourds à déplacer, mais aussi très dur moralement puisque l’on est sans cesse confronté à la tristesse et au malheur des gens. Surprotection ou sous-estimation des femmes ? Fort heureusement, celles-ci n’ont pas attendu que la loi les y autorise pour exercer le métier qui leur plaît.

Aujourd’hui, les choses changent et les femmes investissent les métiers du funéraire. Attention toutefois à ne pas renverser les stéréotypes puisqu’on avance aujourd’hui des qualités dites "féminines", en adéquation avec les exigences du secteur, comme la capacité d’écoute et d’empathie qu’apprécient les familles des défunts. Finalement, on pourrait rapprocher les métiers du funéraire aux métiers du "care", c’est-à-dire aux métiers de soin et de sollicitude, au même titre qu’infirmière ou sage-femme qui sont encore très majoritairement exercés par des femmes.

Croque-mort au féminin

Claire travaillait dans un service-clientèle, Monica était coiffeuse, Nathalie buraliste de poste, Sarah prenait les appels d’une hotline et Valentine a quant à elle suivi les traces de son père. Toutes ont fait parties des 30% de candidates qui postulent chaque année au concours d’entrepreneur en pompes funèbres en Suisse. Signe des temps, pour la première fois, en 2019, il y avait même autant de candidates que de candidats.

Bien loin du cliché du croque-mort, Claire, Monica, Nathalie, Sarah et Valentine travaillent aujourd’hui dans le funéraire et entendent bien dépoussiérer ce secteur si particulier. Entre peines et petites victoires, elles nous racontent le quotidien d’une professionnelle de la mort dans le documentaire Croque-mort au féminin diffusé le 1er novembre dans "Regard sur" sur La Trois.

 

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