"Féminicides": un documentaire glaçant et indispensable sur La Trois

En 2019, en France, 150 hommes ont tué leur femme. Partant de ce chiffre alarmant et du constat que "derrière un homme qui tue sa femme, il y a l'échec de toute une société", le journal Le Monde a crée une cellule d'investigation pour mener l'enquête à travers une centaine de dossiers durant un an. L'objectif de ce film: prendre conscience de l'importance de ce sujet gravissime et nous apprendre à détecter ces féminicides. 

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Ce documentaire a été réalisé par la journaliste Lorraine de Foucher. Il raconte cinq histoires de meurtres méticuleusement, et sa réalisatrice donne un nom et un visage à ces victimes: Laetitia, Sylvia, Hélène, Marie-Alice et Ana, cinq femmes de tous milieux sociaux, toutes victimes de l'ultime domination masculine de leur conjoint. Leur histoire à chacune est décryptée depuis leur rencontre amoureuse jusqu'à leur mort, et entre les deux, l'évolution de leur relation. Et à travers l'histoire de ces couples, un même schéma criminel, précédé des mêmes signaux, des mêmes engrenages, un même chemin vers la destruction psychologique puis physique. Beaucoup d'intervenants et donc de points de vue dans ce film qui provoque un véritable électrochoc: parents, enfants, amis, collègues, forces de l’ordre et de la justice.

La réalisatrice le rappelle d'emblée: le féminicide n'a rien à voir avec la folie ou l'amour, c'est un crime de propriété.
Et le schéma est toujours le même: le conjoint commence par exercer un contrôle sur sa compagne jusqu'à prendre totalement possession d'elle. Une emprise permanente à chaque fois suivie de coups, puis de plainte(s) déposées, mais de domination trop puissante pour pouvoir s'en sortir seule, surtout quand la famille et la justice ne font pas contrepoids. Une emprise qui reste totale malgré, parfois, des mesures d'éloignement ordonnées par la justice. Puis arrive le jour J, jour du passage à l'acte, jour du meurtre, car mieux vaut tuer "sa chose" plutôt que d'en perdre le contrôle. 
 
Une enquête en France et qui nous mènera jusqu'aux Etats-Unis, dans le Nevada, pour nous apprendre qu'une femme, même en l'absence de violences physiques, peut aussi être en danger de mort à partir du moment où elle est cloîtrée dans une relation toxique. Marie-Alice, femme affirmée, féministe convaincue et brillante scientifique en a fait les frais. Et l'auteure du film d'encore nous éclairer: le chantage au suicide est un facteur de risque important de féminicide. Convaincue que son compagnon risquait de mourir si elle le quittait, Marie-Alice est donc restée. Et encore une terrible statistique: 3 féminicides sur 4 sont commis pendant ou après la séparation. D'où l'importance d'arriver à partir et de couper tout lien.
Le documentaire donne aussi beaucoup la parole aux autres victimes, celles qui restent, et qui doivent continuer à vivre, à grandir. Des enfants orphelins témoignent, leur père a exécuté Ana, leur mère, avant lui aussi de se suicider, comme d'ailleurs presque un auteur sur deux le fait ou le tente après avoir commis un meurtre. 
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Les failles des autorités

Les autorités peuvent mal évaluer une situation critique, la justice peut faillir, - l'entourage aussi - ne pas réaliser le danger qu'encourt une femme en décidant de quitter son conjoint. 41% des victimes avaient signalé des violences aux forces de l'ordre. A ce propos, le témoignage d'un procureur est édifiant dans le doc: "les querelles et même les menaces de mort au sein d'un couple sont fréquentes, et la plupart du temps n'aboutissent à rien." Des propos basés sur une réalité statistique, mais révélatrice en même temps d'un nombre colossal de dossiers à traiter: policiers et magistrats évaluent en amont un cas, jugé de peu à très grave, avec parfois le manque d'attention porté à une menace ou un fait de violence qui peut pourtant être révélateur d'un futur passage à l'acte. Non, les forces de l'ordre n'entendent pas toujours les alertes des victimes, et oui, elles manquent de moyens, mais aussi disfonctionnent: de l'enquête du Monde, il ressort que 30% des auteurs de féminicide ont déjà été condamnés pour violence mais elles ne sont, dans 29% des cas, jamais communiquées au procureur de la République et 80% des plaintes reçues en justice sont classées sans suite!

 

Féminicides, un documentaire à voir absolument le lundi 20 septembre à 20h35 sur La Trois
 

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