Docu - "PETITE FILLE" : la transidentité chez les enfants

Née assignée garçon, Sasha, 7 ans, a toujours su qu’elle était une petite fille. Dans ce documentaire bouleversant, le cinéaste Sébastien Lifshitz suit sa vie au quotidien. Et le combat incessant de sa famille pour faire comprendre et accepter sa différence.  Mais la transidentité, que ce soit chez les adultes ou les enfants, n’est pas toujours un long combat.

 

Une association belge pour les enfants trans et leur famille

Daphné Coquelle, présidente et co-fondatrice de l'association Transkids, a pris le temps de nous parler du travail de Transkids et de la transidentité chez les enfants (qui n’est pas bien différente de la transidentité chez les adultes, d’ailleurs). Petit bilan après 3 années d’existence, pour cette association qui est la première, en Belgique francophone, spécifiquement dédiée aux enfants et jeunes trans de moins de 20 ans, et à leurs parents.

Il y a entre 1 et 3% de personnes adultes trans ou non binaires dans le monde. Ces adultes ayant un jour été des enfants, on peut donc se dire qu’il y a aussi 1 à 3% de trans chez les enfants.

En 3 ans, Transkids a vu passer entre ses murs près d’une centaine de jeunes. Mais pas que. Les membres de l’association sont aussi en contact quotidiennement avec des écoles, des mouvements de jeunesse, des services d’aide à la jeunesse, des médecins, des psychologues et même des politiques. Car tout reste à faire pour lutter contre la transphobie !

La transphobie, douloureuse réalité

La transphobie, c’est le rejet, le mépris ou la haine ressentis et exprimés envers les personnes trans. La première transphobie, dans la vie d’une personne trans, est celle qui a lieu au sein de la famille, quand celle-ci n’est pas bienveillante. L’enfant trans ne sera pas soutenu, ou pire complètement brimé. Ensuite, il y a le harcèlement et les violences scolaires, la discrimination à l’emploi et au logement, des violences verbales et physiques. Et tout une série de micro-agressions quotidiennes qui, mises bout à bout, sont épuisantes.

Par exemple, si une personne trans n’a pas fait les démarches (ou n’a pas encore l’âge requis) pour changer sa carte d’identité, il/elle/iel sera en permanence rappelé.e à son "deadname" (prénom de naissance). Chaque fois qu’il ou elle devra montrer sa carte d’identité, il faudra expliquer et dévoiler sa vie privée à des inconnu.e.s (contrôle dans les transports en commun, achat de médicaments à la pharmacie, etc.). La personne trans sera constamment victime de "outing" (fait de voir dévoilée ou de devoir dévoiler sa transidentité). C’est facile à comprendre : comme la transidentité n’existe pas dans la tête des gens, même chez les personnes armées des meilleures intentions, on n’y pense pas. Et donc, la personne trans va devoir se justifier tout le temps.

Je vois pas en quoi ça dérange les gens… Si c’était pas écrit sur un papier "sexe garçon", qui le saurait ? (la maman de Sasha, dans le documentaire Petite Fille)

La responsabilité des parents?

En famille, et c’est le cas dans le documentaire Petite Fille, qui arrive sur La Trois et sur Auvio, c’est souvent la maman qui prend en charge la gestion de la transidentité d’un membre de la famille. Maman qui aime, qui gère, qui soutient, qui accompagne son enfant… et qui se sent coupable.

Daphné Coquelle le confirme : beaucoup de parents d’enfants trans, et surtout les mamans, pensent que c’est de leur faute si leur enfant questionne son identité de genre. Elles pensent clairement avoir fait une erreur quelque part. Oui, les mamans sont en première ligne. Et ce sont aussi souvent elles qui s’en prennent plein la figure. De toutes parts. " C’est sûrement parce que tu voulais un garçon/une fille"… ou "tu l’as trop couvé.e ", etc.

Or, elles n’y sont pour RIEN ! Ni les mamans, ni les papas, ni les autres personnes dans l'entourage proche de l'enfant. Et tout le monde le confirme, y compris le corps médical : les questionnements de genre des enfants n’ont RIEN à voir avec les parents ! Et il existe des enfants trans dans tous types de familles (chez les riches, les bourgeois, les pauvres, la classe moyenne, dans les familles classiques, non classiques, violentes, douces, mono- ou homoparentales, chez les enfants adoptés, etc.)

7 images
Petite fille, Sasha et sa famille. © AGAT FILMS & CIE – ARTE France? Tous droits réservés
Petite Fille, Sasha et sa famille à la plage. © AGAT FILMS & CIE – ARTE France. Tous droits réservés

La transition prend de la place… et puis moins

Un enfant qui se découvre trans, et on le voit tout au long du documentaire Petite Fille, ça prend du temps et de la place. Les préoccupations des autres membres de la famille sont parfois mises sur pause, quand survient le séisme. Et la spirale, ensuite, de culpabilité, d’acceptation, d’information (à soi et à l’entourage), d’accompagnement.

Mais en Belgique, et grâce à Transkids, ce sont parfois des années d’errance qui sont évitées aux enfants trans et à leurs parents. Chez Transkids, il y a des réponses aux questions qu’on se pose ou qu’on aimerait poser à son enfant. Il y a du soutien, de l’écoute, des activités de groupe. Des ateliers, des activités, des conseils, des rencontres, du fun et de la bienveillance. Ce qui permet aussi aux jeunes et à leurs parents de se sentir moins seuls.

Il arrive souvent que les parents, qui ont eu le sentiment de voir leur monde s’écrouler, reviennent apaisés quelques semaines plus tard. Le chemin parcouru est parfois incroyablement rapide. On se rend compte que son enfant n’a pas changé, qu’il n’est pas malade ( !), qu’il va même mieux qu’avant ! Et une fois le processus de transition mis en place, et accepté par tous les membres de la famille, la vie reprend son cours normal. Et chacun.e retourne à son quotidien et aux préoccupations de son âge.

Les enfants accompagnés et soutenus arrivent alors à s’épanouir comme les autres enfants. Tout simplement. Et n’est-ce pas cela que chaque parent souhaite pour son enfant ?

 

Soutenir la cause en agissant

Que l’on soit parent, ami, proche d’une personne trans, ou pas, il est possible à tout un chacun, toute une chacune, de soutenir les personnes trans et issues des minorités de genre (LGBTQI+) de plusieurs manières très simples dans son quotidien.

Daphné Coquelle nous donne ainsi quelques exemples. Il est très important, dit-elle, de ne pas laisser passer les blagues et les comportements transphobes lorsqu’on en est témoin, même par les proches. Il est utile à ce moment-là, et même souhaitable, de reprendre les gens et de leur expliquer que leurs propos sont transphobes.

On peut bien sûr à tout moment faire attention à son propre langage, et essayer de se montrer inclusif dans ses propos. Si on est commerçant.e, il existe des autocollants, qu’on peut apposer sur sa vitrine : autocollants du drapeau LGBTQI+ (drapeau arc-en-ciel) ou du drapeau trans (cinq bandes horizontales : deux en bleu clair, deux en rose, et une en blanc au centre).

On peut également montrer son soutien en arborant un pin’s ou un badge : ce sont des petits détails, mais qui vont contribuer à visibiliser l’existence des personnes trans. Et donc, à lutter contre la transphobie.

Sasha n’a pas la vie qu’elle mérite, on lui prend tout, elle passe à côté de son enfance. (Sa maman, dans le documentaire Petite Fille)

7 images
Documentaire Petite Fille. Sasha. © AGAT FILMS & CIE – ARTE France. Tous droits réservés.

Des enfants heureux, garçons, filles ou autres

Il apparaît clairement, et Daphné Coquelle le confirme : la souffrance liée au personnes trans est en partie un cliché (qui a la peau dure !). La souffrance n’est en fait pas liée directement au fait d’être une personne trans. La souffrance émane du regard de la société, de la transphobie subie ou du rejet de la famille.

La souffrance est donc induite par le comportement des personnes qui entourent la personne trans : rejet, violences, non-acceptation de qui l’on est.

Une personne trans n’est d’ailleurs pas toujours en souffrance, ni en rejet de son corps. Et beaucoup de jeunes trans suivis par Transkids ne ressentent pas le besoin de suivre une thérapie.

La clé, selon Daphné Coquelle de Transkids, c’est tout simplement pour les parents de montrer à leurs enfants qu’ils les aiment inconditionnellement, et qu’ils sont là avec lui/elle/iel. Toujours.

On le voit clairement dans le documentaire Petite Fille : si Sasha pouvait être fille tout le temps, acceptée et vécue comme telle, à la maison, à l’école, à la danse et dans la société, elle ne serait pas en souffrance à cause de sa transidentité. Elle pourrait vivre pleinement son enfance... et surtout, ne pas avoir à grandir trop vite.


     PETITE FILLE de Sébastien Lifshitz - 

    A VOIR absolument sur La Trois lundi 27 septembre à 20h35.

     Et disponible sur AUVIO pendant 90 jours.

 


Le documentaire sera suivi du débat Regard sur les enfants transgenres à 22h.

Avec en plateau :

- Daphné Coquelle, co-fondatrice Transkids Belgique et maman d’une petite fille transgenre.

- Pr. Alain Malchair, pédopsychiatre CHU de Liège, Centre d’accompagnement des transidentités.

- Bo Van Spilbeeck, journaliste VTM, autrice du livre : "Comment je suis devenue Bo" qui raconte sa transition tardive à 58 ans.

- Sasha, comédien et formateur pour l’ASBL Crible, il a aussi créé la chaîne youtube "Ton pote trans" où informe sur les questions de genre et parle de sa transition.

 

CONTACT - ASBL TRANSKIDS : hello@transkids.be / https://www.facebook.com/TranskidsBelgique

 

Newsletter TV

Recevez chaque jeudi toute l'actualité de vos personnalités et émissions préférées.

OK