" Papicha "... une bande de filles à l'épreuve de l'obscurantisme dans l'Algérie des années 90

" Papicha "... une bande de filles à l'épreuve de l'obscurantisme dans l'Algérie des années 90
10 images
" Papicha "... une bande de filles à l'épreuve de l'obscurantisme dans l'Algérie des années 90 - © Tous droits réservés

Nedjam et ses amies sont de jeunes universitaires. Elles aiment chanter, danser, fumer, regarder les garçons et sortir le soir en boîte... à leur âge, quoi de plus banal et de plus naturel.

Mais dans cette Algérie en crise, des années 90, qui voit la montée en puissance des courants islamistes, c’est chaque jour un risque à courir.

Pour Nedjam le défi devient de taille, elle qui rêve de devenir styliste dans un pays qu’elle aime et qu’elle ne compte absolument pas quitter...

La « frivolité » de la mode pour seule arme

Inspiré de faits réels, " Papicha " (" jeune et jolie fille " en Algérois) est la chronique d’une résistance, une ode à la liberté... qui passe par des perles, du fil, des épingles et des mètres de tissus, tout ce que Nedjam utilise pour confectionner des robes qu’elle vend à ses copines.

Pour Nedjam qui les dessine et qui les réalise, pour ses amies qui les lui achètent et qui les portent, ces robes sont l’expression d’une créativité, d’une liberté (du corps comme de l’esprit !), d’un désir d’indépendance quand il faut tromper (ou acheter) la vigilance du gardien de l’internat, profiter de la complicité d’un vieux chauffeur de taxi pour passer les contrôles de police, résister aux injonctions de porter l’hidjab de la musulmane...

On voudrait voir ces jeunes femmes renoncer à leurs études, être cantonnées à la maison et les voir revêtir ce drap noir informe qu’une bonne musulmane se doit de porter... elles vont répondre à cela en organisant un défilé de mode qui réinventera le haïk, ce voile blanc de 6 mètres de long enveloppant presque entièrement le corps des femmes. 

Si ces aspirations sont bien partagées par Nedjam et ses amies, la réalisatrice Mounia Meddour a l’intelligence de ne pas faire de cette bande de filles un bloc uni et compact, pas plus qu’elle ne cherche à en faire autant d’exemples avec un grand E.

Elles ont chacune leur personnalité, leurs ambitions propres, leurs peurs qui les font réagir et agir différemment face à l’adversité... tout ancrée qu’elles sont dans un quotidien " banal ".

Porté par une distribution pleine de fraîcheur, un film d’une vitalité enthousiasmante à voir sans tarder.

 

La résistance au féminin

2010 marque le début de cette vague contestataire qui s’est propagé dans de nombreux pays du monde arabe et que l’on a appelé le Printemps arabe.

Le cinéma s’est lui aussi emparé de cette aspiration à plus de liberté, à plus de démocratie... en particulier pour les femmes !

En témoignent ces films remarqués et remarquables à voir ou à revoir :

"La source des femmes" de Radu Mihaileanu 2011 (Maroc)

L’histoire d’une grève du sexe organisée par les femmes d’un village d’Afrique du Nord, pour obliger les hommes à participer à l’effort domestique.

"En secret" de Maryam Keshavarz 2012 (Iran)

À Téhéran, deux amies qui veulent vivre leur jeunesse comme bon leur semble sont confrontées aux contraintes et à la rigidité de la société iranienne.

"Les femmes du Bus 678" de Mohamed Diab et Adel Imam 2012 (Égypte)

Inspiré de faits réels, le film fait se croiser au Caire, 3 femmes aux vies très différentes qui ensemble vont combattre le machisme opprimant de la société égyptienne.  

"Wadjda" de Haifaa Al-Mansour 2013 (Arabie Saoudite)

Ce premier film à être réalisée par une Saoudienne met en scène une gamine de 12 ans prête à tout pour s’offrir le vélo de ses rêves quand son pays, l’Arabie Saoudite, réserve les bicyclettes aux hommes.

"Much Loved" de Nabil Ayouch 2015 (Maroc)

En suivant le quotidien de 3 prostituées officiant à Marrakech, le réalisateur marocain envisage l’hypocrisie qui voudrait que la prostitution n’existe pas Maroc.

 

"Mustang" de Deniz Gamze Ergüven 2015 (Turquie)

Pour avoir grimpé sur les épaules de garçons à l’occasion d’une bataille navale improvisée, les 5 sœurs d’un petit village reculé de Turquie se voient consignées dans la maison familiale en attendant que soit organisé pour chacune d’elles un mariage arrangé…

 

"La belle et la meute" de Kaouther Ben Hania 2017 (Tunisie)

Ce film aux allures de thriller, inspiré d’une histoire vraie, met en scène une jeune Tunisienne qui victime d’un viol va devoir faire face le temps d’une nuit au laxisme et à l’impunité des institutions hospitalières et policières.

Newsletter Tv - L'agenda Ciné

Recevez chaque semaine un condensé des sorties cinéma de la semaine, les actus de vos acteurs préférés, des concours.

OK