"On ne peut qu’être ému en la découvrant" : Patrick Weber nous parle de la série "Laëtitia"

Particulièrement touché par cette série, Patrick Weber n’a pas hésité à nous en parler sur les différents canaux de la RTBF comme il l’a vue en primeur. Depuis, le présentateur de l'émission Le temps d’une histoire incarne cette série sur le média public par le caractère historique qu’elle a pu prendre et lémotion qu’il a ressentie. Rencontre avec ce journaliste et historien.

Pour rappel cette série qui s’inspire de faits réels tragiques raconte l’affaire Laëtitia Perrais qui, en 2011, a été enlevée à 50 mètres de chez elle, avant d’être poignardée et étranglée. A l’époque elle vivait en famille d’accueil avec sa sœur jumelle.

Rencontre avec Patrick Weber

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Patrick Weber © 2019/JEAN-MICHEL BYL

Pour commencer pourrions-nous savoir pourquoi cette série vous a particulièrement bouleversé ?

Patrick Weber : Dans l’émission C’est pas fini sur Vivacité, on a une bonne habitude : prendre des sujets de société qui suscitent le débat. La direction de la chaîne m’a proposé de découvrir cette série. C’est une série qui est vraiment très intéressante et très émouvante. J’ai eu l’occasion de la visionner le week-end passé et j’ai vraiment été marqué parce que je me rappelais le fait divers. Pour être franc, je ne connaissais pas parfaitement les tenants et les aboutissants de cette histoire mais ça m’avait marqué à l’époque. Et souvent, quand on adapte ce genre de fait divers à la télévision sous forme de séries ou de films c’est très risqué.

Mais finalement j’ai visionné cette série et j’ai été touché. La série raconte une histoire, c’est-à-dire qu’il y a un ressort dramatique, on suit les personnages, on s’attache à eux comme dans une série traditionnelle sauf qu’ici on sait que c’est inspiré d’une histoire vraie. Parfois nous sommes entre la série et le reportage car on sait que l’histoire est réelle. Du coup comme l’histoire est forte, on ne peut qu’être ému en la découvrant.

 

Et donc forcément, vous conseillez aux auditeurs et aux téléspectateurs de la RTBF de suivre cette série ?

Patrick Weber : Oui, moi je conseille vraiment aux auditeurs et téléspectateurs de suivre la série. D’ailleurs j’ai eu des échos positifs de personnes autour de moi. Je la conseille car c’est une série qui ose regarder la réalité en face.

Je trouve que certaines choses sont parfois abstraites quand on lit des articles ou on regarde des reportages, mais ici ça ne l’est pas du tout je trouve au contraire que c’est très concret.

C’est impossible de ne pas être touché en découvrant ça, quand on voit cet enchaînement d’évènements dans la série, on se dit que ce n’est pas possible… mais malheureusement c’est arrivé.

 

Vous le disiez dans une vidéo, cette série touche “des domaines sensibles, sur les violences faites aux femmes, les violences intrafamiliales, les familles d’accueils, les responsabilités avérées ou non de la justice”. Est-ce que ces questions peuvent trouver des réponses aujourd’hui ?

Patrick Weber : Les violences faites aux femmes et les violences intrafamiliales ce sont des thèmes que l’on traite assez régulièrement dans l’émission C’est pas fini sur Vivacité. Ce sont des thèmes qui font de plus en plus réagir.

Pas plus tard que mercredi soir (29 janvier), j’ai eu une dame au téléphone sur antenne. Elle s’appelle Célia et a été maltraitée dans son enfance. Elle expliquait qu’il s’agissait d’un viol intrafamilial et elle n’avait jamais eu le courage d’en parler. Maintenant, elle doit avoir une cinquantaine d’années et elle a tenu ça pour elle toute sa vie.

Je pense que parfois les médias peuvent aider à libérer la parole et je trouve ça très important. En l’occurrence, la dame d’hier m’a beaucoup touché d’avoir témoigné sur antenne et elle incarne vraiment cette idée. Heureusement par rapport à Laëtitia elle s’en est sortie, mais elle a traîné ce poids toute sa vie.

Alors il n’y a pas une solution, il y a mille solutions mais la première chose c’est d’en parler. Briser la loi du silence.

Parler est très compliqué quand ça se passe dans le milieu intrafamilial. Quand c’est un étranger c’est terrible mais ça reste quelqu’un qu’on ne connaît pas. Mais quand ce sont des gens qu’on connaît qui donne à la fois de l’amour et de la violence c’est paradoxal.

 

Vous qui avez l’occasion d’entendre la parole des gens dans votre émission, trouvez-vous qu’à l’heure actuelle on compte beaucoup de faits de ce type et êtes-vous beaucoup confronté à ça ?

Patrick Weber : La parole se libère donc on est de plus en plus confronté à ça et je trouve que c’est totalement positif. Mais je pense que nous sommes confrontés à seulement une petite partie des cas. C’est la partie émergée de l’iceberg, mais pour le reste il y a encore plein de choses qui doivent se dire. Parfois les histoires mettent longtemps avant de sortir. Je pense qu’il y a un cheminement humain qui fait que ça ne se fait pas du jour au lendemain et donc on garde ça pour soi mais il ne faut pas garder ça pour soi malheureusement c’est souvent le cas.

 

Est-ce que cette série peut nous aider à comprendre la société dans laquelle on vit ?

Patrick Weber : Je crois que ça ne sert à rien de voir le mal partout, mais cette série peut vraiment aider à décrypter. Il faut avoir le regard un peu plus ouvert, ce n’est pas le regard inquisiteur ni le regard méfiant, c’est le regard ouvert lorsqu’il y a quelque chose qui cloche pour pouvoir entamer le dialogue. La série elle permet cela.

Par exemple dans un épisode, le père d’accueil de Laëtitia organise une marche blanche et il se pose en défenseur, alors que lui-même est un monstre.

Si on ouvre les yeux on voit peut-être les choses différemment. Il faut essayer de ne pas s’arrêter aux apparences il faut aller un peu plus loin.

 

Avant d’être une série, Ivan Jablonka a reconstitué l’histoire de Laëtitia dans son livre “Laëtitia ou la fin des hommes”. Il s’est intéressé à l’affaire durant deux ans en rencontrant les témoins, la famille, les forces de l’ordre et en assistant au procès. Si on se base sur l’œuvre écrite, à partir de quel moment un fait divers peut être étudié comme un objet d’histoire et une vie étudiée comme un fait social comme c’est le cas dans le livre ?

Patrick Weber : Je pense qu’on ne peut pas séparer l’un de l’autre. La dimension est de raconter, on est dans une histoire humaine. Je n’aime pas tellement le terme “fait divers” pourtant je l’ai utilisé en début d’interview mais je trouve que c’est un terme où on y met un peu tout et n’importe quoi.

C’est une histoire humaine et du coup ça acquière une dimension sociale au fur et à mesure de la progression de l’histoire. Au début ce sont des faits puis après les faits il y a les soupçons et puis petit à petit, comme vous venez de le dire, ça se transforme en histoire sociale. C’est-à-dire qu’on dépasse le cas terrible de Laëtitia pour devenir un sujet de société. Et je pense qu’on est dans une dimension qui dépasse le simple fait divers. C’est ce que le film raconte finalement.

Attention ce n’est pas une série moralisatrice. Ce n’est pas une série qui donne des leçons.

C’est simplement une série qui révèle des choses, qui raconte de façon très simple.

Et je trouve que toute l’émotion qu’on ressent dans la série est due justement à sa simplicité.

Vos rendez-vous

  • Patrick Weber est passé dans le 6-8 de vivacité, pour revoir son intervention à ce sujet c’est par ici. Pour plus d’informations sur la série cliquez ici.
  • Pour découvrir la terrible histoire de Laëtitia rendez-vous mercredi 12 février à 20h15 sur La Une et sur Auvio.
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