Mille-feuilles: les choix des chroniqueurs de ce 30 novembre

Décor de Mille-feuilles
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Décor de Mille-feuilles - © Photo I.Franchimont
 Pour les amoureux de la lecture, voici les choix de nos chrnoniqueurs de ce mardi 30 novembre !

"Minuit" de Dan FRANCK - Ed Grasset

"Une description narrative, romanesque, passionnante du comportement de toutes les grandes plumes de seconde guerre mondiale.  Il y a des révélations à presque chaque page. Extrêmement bien documenté mais pas prétentieux". MDD 

Après Bohèmes, qui ressuscitait les années Montmartre et Montparnasse, et Libertad !, l’Espagne en feu des années 1930, Dan Franck poursuit son histoire des artistes et des intellectuels. Minuit court de la débâcle de 1940 à la Libération.
Dans cette nuit qu’on pense bien connaître, ses personnages sont inoubliables : traîtres et héros, petites mains, grandes plumes. André Malraux et la belle Josette Clotis, qui mourra les jambes tranchées sous un train. Sartre qui écrit au Flore, cigarette à la main, sur l’engagement et sur l’être. Louis Aragon, Picasso, Marguerite Duras rue Saint-Benoît, mais aussi Jean Prévost, mort au maquis, ou Saint-Exupéry, pataud et courageux. Jeanson et Desnos, rebaptisant « Je suis partout » en « Je chie partout ».
Une grande partie de la France qui peint, écrit, dessine, semble « faire avec ». Parfois elle trahit. Souvent elle collabore. L’horrible Jouhandeau crache sa haine. Drieu la Rochelle ne peut plus « baiser sa femme, parce qu’elle est juive. » Editeurs en quête de papier, cinéastes qui se cherchent de la bobine, écrivains apeurés, aventuriers ou coureurs, héros anonymes ou presque, comme Jean Desbordes, romancier mort sous la torture et qui ne parla pas, toutes ces figures font un livre fulgurant de vérité. C’est vrai, la France de Minuit est bien sombre : et sans légende.
Pourtant, impossible d’oublier Marc Bloch, sublime figure que Dan Franck nous fait connaître et aimer. Tout comme les réfugiés, moins connus, allemands notamment, Franz Werfel et Alma Mahler, Arthur Koestler, Manes Sperber et tant d’autres… 

"Le premier mot" de Vassilis ALEXAKIS - Ed Stock. Coll. La bleue

"Un voyage très, très passionnant au coeur de la langue écrit par un écrivain très brillant". LD 

Est-il vrai que le « ou » exprime la lourdeur comme le pense Victor Hugo et que le « r » évoque l’écoulement de l’eau comme l’affirme Platon ? Quelle est la durée moyenne de vie d’un mot ? Pourrait-on écrire un roman français en utilisant exclusivement des mots d’origine étrangère ? Pourquoi les grands singes utilisent-ils trois cris différents pour prévenir d’un danger ?
Une foule d’interrogations secondaires apparaissent autour de la question principale : quand les hommes ont-ils parlé ? Et qu’est-ce qu’ils ont dit quand ils ont parlé ? Quel a été le premier mot ?
Le problème fait d’autant plus rêver qu’il est difficile à résoudre. Il fallait donc un roman pour l’aborder. Le premier mot est avant tout l’histoire d’un homme, Miltiadis, né en Grèce, professeur de littérature comparée à Paris, qui aimerait, avant de mourir, connaître ce mot. Hélas, il meurt avant de l’avoir découvert. C’est sa soeur, une femme d’une soixantaine d’années, qui se chargera d’élucider l’énigme. Elle rencontrera des scientifiques de tous bords,squi lui parleront du cerveau humain, du langage des bébés, des chimpanzés et de l’homo sapiens, de Darwin et des créationnistes, de Rousseau et d’un roi d’Égypte qui avait fait élever ses enfants loin du monde pour voir dans quelle langue ils s’exprimeraient spontanément.
On verra évoluer autour d’elle plusieurs personnages ; Aliki, la femme du disparu, Théano, sa fille, Jean-Christophe, son ami de toujours, Bouvier, son vieux maître, un professeur de linguistique américain qui meurt dans les bras d’une femme dont il ne connaît pas la langue, une mendiante roumaine qui apprend le français sous la couverture qui lui sert d’abri, et Audrey, une jeune fille sourde, qui se prépare à participer à une représentation d’Antigone en langue des signes. Il semble que nos ancêtres gesticulaient beaucoup avant de commencer à parler, comme d’ailleurs nous continuons à le faire.
La passion que met cette femme à mener son enquête jusqu’au bout donne la mesure de sa détresse. Comme elle ne peut pas échouer, elle réussira. 

"Lettres à Lou " de Guillaume APOLLINAIRE - Ed. Gallimard. Coll. L'imaginaire

"Une passion et une relation épistolaire entre le plus grand poète du XXème siècle et une aventurière, Lou. On y trouve des lettres qui décrivent la situation militaire mais aussi des lettres d'amour et des poémes en forme de calligramme". GD 

" Lyon-Vaise, 4 avril 1915. Jour de Pâques. Six heures du soir. Mon petit Lou très chéri. Je t'écris sans savoir si même je dois t'écrire et si mes lettres te font plaisir. Nous sommes en gare de Lyon-Vaise. Je t'écris sur mon sac individuel. Il paraît que nous allons non en Argonne mais à Mourmelon-le-Petit dans le groupe de 90 du 38ème 43e batterie qui a été amochée. Dès que j'ai su que définitivement t'étais plus à moi, en ai eu un peu de peine, peut-être même beaucoup. Je suis fidèle comme un dogue ai-je écrit dans Alcools et tu aurais dû te douter que tout ce que je disais de te tromper était pas vrai. Pour le moment, je préfère mourir et ferai possible pour cela. Si pas possible, on verra. " Cette nouvelle édition est augmentée de plusieurs lettres restées longtemps inédites. 

"L'homme inquiet " de Hanning MANKELL - Ed : Seuil

"Deux romans qui bouclent chacun une série d'une dizaine de livres.Deux  oeuvres majeures, deux grands enquêteurs et deux grandes séries". MD 

Wallander a réalisé ses rêves : vivre à la campagne avec son chien. Et il est devenu grand-père d’une petite Klara. Sa fille Linda vit avec le père de l’enfant, incroyable mais vrai, un financier aristocrate. Le beau-père de Linda, ancien officier de marine haut gradé, disparaît après avoir évoqué avec Wallander la guerre froide et les sous-marins russes dans les eaux territoriales suédoises. Puis la belle-mère est retrouvée morte. Soupçons d’espionnage. Au profit de la Russie ? Des Etats-Unis ? Wallander mène une enquête parallèle à celle de la police de Stockholm et des services secrets. 

"Exit music " de Ian RANKIN - Ed Le masque. Coll. Grands formats

À une semaine de la retraite - « jour de la montre en or » -, Rebus ne se résigne pas à partir sans avoir réglé certains comptes. Surtout avec Big Ger Cafferty, le caïd d’Edimbourg lié avec le pouvoir politique et la haute finance, et qu’il n’est toujours pas parvenu à faire tomber. Le meurtre d’un poète russe dissident offre à Rebus sa dernière occasion d’y parvenir. Pour ses supérieurs, il ne s’agit que d’une agression banale qui a mal tourné. Vu les indices, c’est peu probable… Ayant mis au jour des liens entre une délégation d’hommes d’affaires russes, un député nationaliste du Parlement écossais, une banque puissante qui a le vent en poupe et… Cafferty, Rebus croit tenir sa vengeance. Une dernière fois, il œuvre dans son coin en dépit des instructions, réussit à se faire mettre à pied trois jours avant la retraite, et dénoue avec son flair inimitable les fils tordus du piège qu’on lui tend. Dans la guerre de fond séculaire entre le vice et la vertu, il semble que Rebus ne l’emportera jamais contre le monde des nantis, des arrogants et des renvois d’ascenseur. Mais il partira la tête haute. 

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