Mille-feuilles: le choix des chroniqueurs de ce 29 mars

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L'équipe de Mille-feuilles - © Photo I.Franchimont
Des robots à Voltaire en passant par la guerre amoureuse, voici les choix très diversifiés de ce mardi 29 mars.  Bonne lecture !

"Robots" de Brigitte MUNIER - Ed.: de la différence

« Brigitte Munier s’attaque aux robots en considérant que le Golem est un archétype du robot. Le Golem étant un personnage mythique de la tradition juive qui est fait de glaise et créé par un homme. Elle place ce mythe dans la lignée d’autres mythes par exemple celui de Don Juan qui provient du serpent de la Genèse où l’homme s’oppose à Dieu) ainsi que Prométhée qui se substitue à dieu. Ensuite elle fait un très beau passage sur la modernité avec les machines omniprésentes dans notre quotidien qu’elle traite à la fois d’un point de vue technologique et aussi dans une forme plus contemporaine où ça va jusqu’à « Blade Runner » ». JDD

Surestimées, les nouvelles technologies de l’information fascinent et inquiètent l’Occident : elles contribueraient à un renouveau socioculturel mais font craindre une prise de pouvoir par les machines. Traitant cette question par le biais de l’imaginaire, l’auteur analyse le mythe du Golem mieux connu sous son nom moderne de robot : un humanoïde intelligent se révolte contre sa condition servile contraignant ainsi son créateur à le détruire. Replacer ce mythe dominant notre époque dans l’histoire de l’imaginaire européen depuis le XVIIe siècle permet d’en dénoncer l’interprétation commune : loin de constituer une allégorie de la relation de l’homme aux machines, ce récit témoigne de la désorientation affectant aujourd’hui la culture occidentale. Nous n’avons pas peur d’objets numériques qui pourraient nous être supérieurs, mais la possibilité d’ordinateurs intelligents met en question la définition de l’humain en vigueur depuis plus de vingt-cinq siècles. Avant de craindre les robots, il faut repenser l’humanisme traditionnel et questionner la coexistence de l’humanité avec un environnement technique inédit : c’est la leçon du Golem.

« RUR » de Kerel COPEK – Ed. La Différence

« Deux pièces de théâtre du tchèque dont l’une est  « R.U.R »  (Rossum’s Universal Robots) ,  une pièce sur les robots, écrite en 1920 et l’autre, « La Maladie Blanche » où on sent toute la tragédie du personnage de Capek qui a été traumatisé par la montée du nazisme.

Ces livres rappellent une grande figure de la littérature européenne en partant d’une hypothèse théorique passionnante ». JDD

Rossum, un scientifique génial, invente un robot. Ses successeurs le perfectionnent et la société Rossum’s Universal Robots commence à les produire en masse. Les Robots sont des machines capables de penser qui s’imposent comme force de travail extraordinairement peu coûteuse, productive et sans prétentions, mais manquent de vie spirituelle et de sentiments. Des millions de Robots remplacent progressivement les hommes – et la compagnie RUR gagne des milliards. Les hommes devenus anachroniques et inutiles sont condamnés à l’inactivité et à l’oisiveté. L’humanité tombe vite en décadence, perd sa capacité à se développer, ne procrée plus. Les Robots font les guerres et finissent par se révolter contre leurs maîtres – les hommes. Leur but est de tuer tous les hommes parce que les Robots s’estiment beaucoup plus parfaits et ne veulent plus être commandés par eux.

« La guerre amoureuse » de Jean-Marie ROUARD - Ed. Gallimard

« C’est un roman français avec l’esprit que l’on aime avec une grande érudition, beaucoup de panache et de légèreté un peu piquante puis aussi une condescendance pour tout ce qui vient de l’étranger.

Ce livre est l’occasion de raconter une guerre amoureuse c’est- à-dire la possession de l’autre, l’exclusivité, la jalousie et les armes dont on se sert pour garder l’autre rien qu’à soi. Rouart , qui est académicien, a parfois une petit fond misogyne  mais qui passe bien parce qu’il le fait avec légèreté et qu’il crée un espace de connivence avec le lecteur.

C’est le genre de livre dans lequel on peut sortir des phrases à se remémorer ou a méditer : « L’horreur c’est de s’habituer de souffrir, l’abominable c’est d’accepter ce qui est inacceptable ». C’est joliment dit mais ce n’est pas que ça, c’est surtout vrai et on peut y réfléchir comme ça très longtemps ». LD

En mission en Finlande, le narrateur rencontre une ravissante étudiante d’origine russe, aux yeux bleu marine. Elle lui apparaît comme l’image même de la pureté et de l’innocence. Il croit qu’elle lui apportera un bonheur tranquille dont il est frustré. Il ignore qu’elle va l’entraîner en enfer : frénésie sexuelle, perversion sadomasochiste, trahisons, mensonges, cet ange se révèle un démon. Perverse ou simplement perdue, elle est insouciante des blessures qu’elle inflige avec la plus cruelle des douceurs. Le narrateur désemparé, se méprisant lui-même, affronte la tempête. Prisonnier de cet envoûtement, il sait qu’il sera le grand perdant de cette guerre amoureuse.

«Nietzsche et Voltaire » de Guillaume METAYER – Ed. Flammarion

« Ces quatre-cents  pages passionnantes font un peu le compte rendu des points commun entre les deux philosophes. Ca va de l’amour pour la tragédie (Voltaire était un grand tragédien), à l’utilisation de l’ironie chez les deux, en passant par le style : des phrases très courtes et très drôles, la vision de la littérature comme arme philosophique, le rejet de la religion.

C’est une lecture un peu ardue il faut avoir lu Nietzsche et Voltaire pour bien comprendre car c’est très pointu.

Ce livre replace Voltaire dans sa place philosophique en France parce qu’on le considère surtout comme un auteur bourgeois très superficiel mais Voltaire était bien plus que ça, c’était un philosophe et un des plus important du développement intellectuel humain ». GD

En 1878, à l’occasion du centenaire de la mort de Voltaire, Nietzsche lui dédie son dernier ouvrage, Humain, trop humain. Le philosophe allemand reconnaît là l’importance d’un esprit français qui a combattu en son temps pour que la liberté triomphe. Mais au juste qu’est-ce qu’un esprit libre ? Qu’en est-il de la société de cour ? Comment saisir l’influence du christianisme du XVIIIème jusqu’au début du XXème ? Cette religion dont Nietzsche écrit dans Par-delà le bien et le mal : « Le christianisme a fait boire du poison à Eros : il n’en est pas mort, mais il est devenu vicieux. » Voilà le nerf de la guerre au coeur des siècles et particulièrement dans la vie des deux penseurs. La vertu contre le vice, la santé contre le nihilisme, l’art contre la bassesse : balancement que Guillaume Métayer explore avec profondeur et enthousiasme dans son essai. En somme, pour ne pas sombrer avec l’Histoire, il est préférable de rire (rôle décisif de Dionysos, mais aussi d’Apollon), de danser et voyager. Et croire à l’aurore, autre nom du renouveau et de l’ironie. »

« Serena » de Ron RASH – Ed. Le Masque

« C’est un livre sur le capitalisme à l’américaine qui ne se pose pas de question, c’est vraiment une fresque extraordinaire. On sent la sueur, on sent le sang, on voit les troncs d’arbres sur le fleuve et surtout il y a une femme qui tient la baraque. Serena c’est une claque et Rash est un auteur à suivre. » MD

Situé dans les Smoky Mountains de Caroline du Nord, Serena allie, selon l’auteur, « drame élisabéthain, problèmes environnementaux et richesse de la langue ». L’héroïne, sorte de Lady Macbeth des années 1930, est l’épouse de George Pemberton, riche et puissant exploitant forestier. Ces deux-là sont des prédateurs, prêts à tout pour faire fructifier leur entreprise dont l’objectif est de couper tous les arbres à portée de leur main. Une ambition que vient menacer le projet d’aménagement d’un parc national, pour lequel l’État convoite leurs terres. Pemberton met sa fortune à contribution pour soudoyer tous les banquiers et politiciens qu’il faut, et Serena n’hésite pas à manier fusil et couteau pour éliminer les obstacles humains. Belle, ambitieuse et intrépide, Serena fascine son mari et ses employés, pour lesquels elle n’éprouve aucune compassion. Et pourtant chaque jour apporte son lot de blessés, voire de morts, tant le métier de bûcheron est dangereux en soi et la nature alentour hostile, quoique magnifique. Le roman prend des allures de thriller lorsqu’elle poursuit de sa haine implacable le fils naturel que Pemberton a engendré avant son mariage et qu’il semble vouloir protéger. Sa fureur vengeresse ira très loin…

« Le Koala tueur » et « 5 matins de trop » de Kenneth COOK

« Cook arrive à faire d’un décor désertique et ennuyeux un décor de roman hallucinant. Pour ses nouvelles, il s’est inspiré d’une série d’histoires locales. Avec « Le koala tueur » il compile une série d’histoires qui  l’ont confronté aux animaux du coin. C’est d’avantage un bêtisier animal qui a mal tourné plutôt qu’un documentaire animalier bien léché.

Dans ses autres nouvelles il remet le pied dans le monde humain et comme c’est un endroit peu peuplé il va prendre tout ce qui passe de l’éleveur de serpents alcoolo au naturaliste solitaire un peu louche.   Je vous  conseille ce livre, on a rarement senti autant cette Australie profonde dans un livre ». YP

Je n’aime pas les koalas. Ces sales bêtes, aussi hargneuses que stupides, n’ont pas un poil de gentillesse. Leur comportement social est effroyable – les mâles n’arrêtent pas de se tabasser ou de voler les femelles de leurs semblables. [...] Leur fourrure est infestée de vermine. Ils ronflent. Leur ressemblance avec les nounours est une vile supercherie. Il n’y a rien de bon chez eux. Sans parler du fait qu’un jour, un koala a essayé de me jouer un tour pendable. » Avec ses redoutables crocodiles, ses excentriques mineurs d’opales, ses koalas féroces et ses cochons sauvages assoiffés de sang, l’impitoyable bush australien reste un territoire indompté. Et ce n’est pas Kenneth Cook qui aurait pu le soumettre ! Pour ce qui devait être l’un de ses plus grands succès de librairie, Cook a réuni peu avant sa disparition ces histoires courtes toutes plus hilarantes les unes que les autres, inspirées par ses tribulations à travers l’Australie. D’après lui, chacune de ces quinze rencontres avec la faune sauvage et ses frissons inattendus s’est déroulée comme il le raconte ici ; mais jamais il n’aurait osé les incorporer à ses romans tant elles paraissent incroyables. Et c’est précisément parce qu’elles sont tout à fait véridiques qu’il n’attendait pas qu’on le croie ! Dépaysement garanti, dans un grand éclat de rire.

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