Mille-feuilles: le choix des chroniqueurs de ce 25 janvier

Livres bleus
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Livres bleus - © Photo I.Franchimont
Un peu de lecture pour tous et pour tous les goûts ...

"La voix de ma mère" de Tom LANOYE - Ed. La différence

"Tom Lanoye est probablement le nouveau géant de la littérature flamande. "La voix de la mère" est son premier roman traduit en français. Il y raconte avec beaucoup d'émotion mais aussi beaucou d'humour et d'humanité,  une relation mère-fils bouleversante. Un livre d'une grande qualité littéraire, morale, romanesque et sociologique". JDD

Frappée par une attaque cérébrale sur ses vieux jours, la mère de l’auteur perd sa langue : elle s’exprime désormais en un baragouin furieux et inintelligible, qui traduit son désespoir et sa colère d’être incomprise. Durant toute son existence cette commerçante, bouchère à Saint-Nicolas, bourg de la province d’Anvers, a été actrice dans une compagnie d’amateurs. La langue était son instrument. Elle la maniait en virtuose au théâtre comme dans la vie où sa volubilité et son sens de la répartie, combinés à un caractère bien trempé et autoritaire, faisaient d’elle un personnage haut en couleur et parfois redoutable. 

"Sur les lieux du crime" de Jean-Michel TURPIN - Ed. La Martinière

"Ce livre flatte nos bas instincts de voyeur. Ça parle de vrais morts et de vrais assassins. Turpin revient sur les faits de manière très clinqiue et il y ajoute des documents d'époque. C'est intéressant parce que ça parle de transgression, de ces gens qui font des choses qu'on ne fait en principe pas". LD

Affaires de l'Auberge Rouge, Henri-Désiré Landru, Emile Louis, Francis Heaulme, Robert Boulin... Les grandes affaires criminelles ont fait la une des journaux, déchaîné les passions, parfois divisé le pays en deux et sont entrées dans l'Histoire. Les lieux de ces crimes, en revanche, sont souvent méconnus. Jean-Michel Turpin a recherché et retrouvé ces sites " historiques malgré eux " et les montre ici sans artifice ni dramatisation, tels que nous les voyons aujourd'hui lorsque nous passons devant, sans savoir... Dans un texte précis et documenté, et en s'appuyant sur des images d'archives aussi variées que saisissantes, il nous rappelle tous les détails de 40 affaires criminelles et donne toute la mesure de leurs répercussions. 

"Romans" de Italo SVEVO - Ed. Gallimard / Quarto

"Les personnages de Svevo sont toujours des gens un peu littéraires, intelligents, très orgueilleux qui sont en prise avec la médiocrité des gens qui les entourent mais ne peuvent pas la vaincre. Ils sont écrasés par les défaites amoureuses, par les défaites professionnelles. Tout ça est matiné  par une sorte d'héritage à la Zola. C'est très glauque. C'est "La nausée" de Sartre en pire ou c'est du Shopenhauer en roman". GD

"Tu dois te représenter quelle violence je me suis fait pour sauter à pieds joints dans mes nouvelles occupations. Je dois en être intimement secoué et, lorsque, sans me le demander, mon roman se présente à moi, moi qui ai toujours aimé tout ce que j'ai fait, je reste stupéfait devant l'évidence de mes images, et j'oublie le monde entier. Ce n'est pas l'activité qui me rend si vivant, c'est le rêve... " Italo Svevo, à sa femme, 1900. "Vers la fin de l'après-midi, ne sachant à quoi m'occuper, je pris un bain. Je sentais sur mon corps une souillure et j'éprouvais le besoin de me laver. Mais une fois dans ma baignoire, je pensai : "Pour me nettoyer, être vraiment net, il faudrait que je sois capable de me dissoudre tout entier dans cette eau." En moi toute volonté était si bien abolie que je ne pris même pas le soin de m'essuyer avant de remettre mes vêtements. Le jour tomba. Je restai longtemps à ma fenêtre à regarder, dans le jardin, les feuilles nouvelles des arbres ; et, là, je fus pris de frissons. Avec une certaine satisfaction, je pensai que c'était un accès de fièvre. Je ne souhaitais pas la mort, mais la maladie ; une maladie capable de me servir de prétexte pour faire ce que je voulais, ou de m'en empêcher " La Conscience de Zeno, chap. VI. 

"Ma paresse " de Italo SVEVO - Ed. Allia

"Très drôle". GD

"Il fut assez difficile de trouver la femme que je recherchais. À la maison, il n’y en avait aucune qui convînt à cet office, d’autant que l’idée de souiller ma demeure me rebutait. Je l’aurais fait si cela avait été nécessaire, étant donné le besoin où j’étais de duper Mère Nature afin qu’elle ne pense pas que l’heure était venue de m’envoyer la maladie fatale, et ma difficulté à trouver hors de chez moi ce qui convenait dans mon cas, celui d’un vieillard occupé d’économie politique, était si grande que cela en devenait véritablement impossible."
Le narrateur, un vieil homme de 70 ans, vit aux côtés de sa femme Augusta. Or, sentant approcher le crépuscule de sa vie, il développe une hypocondrie, qui s’avère chronique. Sur les conseils de son neveu et médecin Carlo, il commence alors, et secrètement, à payer les services amoureux de jeunes femmes, qui égrènent les prénoms allégoriques, de Felicita à Amphore. L’homme espère déjouer ainsi les pièges de “Mère Nature” et se convaincre qu’il peut encore embrasser la vie et ses illusions. Mais il prend conscience que son temps est passé : il réalise que “Dame Nature” ne maintient un organisme en vie qu’à la condition que celui-ci sache se reproduire. Le narrateur sombre alors dans une paresse qui est une forme de renoncement. Déni du libre arbitre, puissance de la nature sur le Vouloir, lui-même illusion, tous les thèmes de la philosophie de Schopenhauer sont exprimés là.

"Vampires" de Thierry JONQUET - Ed. Seuil

"Très bon texte. Thierry Jonquet est mort prématurément et n'a pas fini ce livre. Son éditeur a eu un vrai coup de coeur pour ce texte et l'a publié tel quel. C'est de la très bonne littérature noire, un regard très intéressant sur les vampires. Maintenant, on ne connaît pas la fin, il n'y en a pas et il n'y en aura pas". MD

Quand un immigré roumain découvre au fond d'un hangar un quidam empalé sur un pieu de bois, le visage tordu de souffrance ante mortem et les entrailles broyées, dans la meilleure tradition des victimes de Vlad Tepes alias Dracula, resurgissent, du fond de l'Histoire, des terreurs ancestrales. Et si les vampires n'étaient pas morts? La famille Radescu, ces sans-âge au teint blafard, ces noctambules habitants de Belleville, n'ont pas la vie facile. Tuer le temps ne va pas de soi quand celui-ci renaît chaque jour, pour ainsi dire éternellement. Qui s'est jamais intéressé au sort de ces humains sur qui le temps n'a pas de prise? De ces humains interdits de soleil et alourdis de désirs inassouvis? Réintégrer la communauté humaine, en finir avec l'éternité; c'est le but qu'ils se fixent pour tenter d'échapper à cette existence désespérante. 

"Hymnes à la haine " de Dorothy PARKER -Ed. Phébus

"18 courts petits poèmes où Dorothy Parker s'attaque avec un grande mauvaise foi et beaucoup de grinçant à des portraits de personnages qu'elle peut croiser dans sa vie ou des moments de convention sociale qu'elle fuit comme la peste. Un petit recueil extrêmement réjouissant à picorer... Si vous avez un peu de haine en vous, ouvrez le à n'importe quelle page, ça peut être un bon exutoire". YP

Ecrites en vers libres, les ritournelles de la chère Dorothy encensent (à sa manière, polissonne) la vie de bureau, les résidences d'été, le théâtre, les films et les livres : « Je hais les livres, ils me fatiguent les yeux... » Elle fracasse le roman d'amour : « L'intrigue est toujours la même, ils [l'homme et la femme] n'arrivent jamais à s'entendre ! », et met en miettes le « roman réaliste, un étouffe-chrétien de cinq cents pages [qui] offre un tableau du train-train de la vie de famille. La petite Rosemary veut poignarder grand-père, papa souhaite que maman soit bientôt raide dans sa tombe, et Bobby veut épouser son grand frère... ». Grande tendre à la langue de vipère, la Parker, née en 1893 et décédée en 1967, défie le temps. Impossible de ne pas y reconnaître quelques zozos d'aujourd'hui, impossible de ne pas s'y reconnaître...  

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