L’histoire tragique de Sœur Sourire dans un documentaire saisissant sur La Trois

Dominique nique-nique, une chanson toute simple, presque puérile, chantée par une sœur au nom étrange et qui connut un succès planétaire et fut numéro 1 au Billboard américain, détrônant Elvis Presley. Ça ne pouvait être qu’une histoire belge ! Mais c’est une histoire qui finit mal, une histoire à vous briser le cœur.

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Jeanne-Paule Marie Deckers (dite Jeanine) a eu une enfance marquée par une mère autoritaire et distante. Après un échec comme professeure de dessin, elle cherche une autre voie. Elle cherche de l’amour, elle cherche un groupe qui lui rappelle les scouts de son enfance, et elle cherche aussi à se démarquer de sa famille. Elle veut se surélever par rapport à ses parents commerçants.
 
En 1959, Jeanine a 26 ans et se présente à la porte du monastère de Fichermont à Waterloo, sa guitare à la main. Elle entre dans les ordres et devient sœur Luc-Gabriel, écrit et chante en secret mais avec les sœurs, elles chantent souvent Dominique et finissent par l’enregistrer en studio. La maison de disques lui a trouvé ce nom de Sœur Sourire, elle le trouve un peu puéril.
 
Et avec l’Église catholique, ils ont bien l’intention d’en faire un produit, un produit marketing religieux. Le titre sort en 1961 et marche directement en Belgique puis en France et dans toute l’Europe. À la fin de l’année 1963, cette chanson belge, en français dans le texte, cartonne aux Etats-Unis et devient numéro 1 l’année suivante. Du jamais vu. 2 millions de singles sont écoulés rien qu’en Amérique. 
 
Sœur Sourire réussira également à classer deux albums de langue française dans les meilleures ventes d’albums américains. Un succès énorme et soudain pour cette religieuse devenue chanteuse, désormais surnommée "la nonne chantante", la menant directement à la célébrité. Dans son journal intime qu’elle tient quotidiennement, elle ne comprend pas ce succès et trouve "les gens timbrés", tout comme les plateaux télé "ennuyeux". Mais ce succès lui apporte enfin une reconnaissance et surtout de l’amour.
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Comment expliquer cet engouement ?

Le documentaire replace ce succès dans son contexte de l’époque : un contexte musical, politique, sociologique favorable à Sœur Sourire. La guerre du Vietnam, l’assassinat de Kennedy ont eu comme effet sur les Américains d’entrer dans une période propice à l’introspection et cette chanson a été accueillie à bras ouverts vu son caractère positif et joyeux. C’est le retour du folk et avec lui, l’envie de bonheur, de légèreté et de liberté, Dominique s’est ainsi parfaitement inscrite, et davantage avec le label catholique, dans ce mouvement. Hollywood va s’emparer du phénomène et au cinéma, la religieuse va devenir un personnage de fiction qui lui échappe.
 

Sœur Sourire : une rebelle

Jeanine ne sera jamais là où on l’attend. Elle en a marre de la théologie et des règles autoritaires. Elle quitte les ordres en 1966. Elle veut vivre sa foi autrement et s’épanouir comme artiste. Et surtout, elle va vivre une grande histoire d’amour… avec une femme, tout en niant qu’elle est lesbienne, en cachant son identité dans une société qui n'est absolument pas prête à l’accepter à l’époque.
 
Le temps a passé, la musique a changé, la mode est à présent au rock’n’roll, aux voix et plus tellement aux textes. Or, Jeanine écrit des textes plus engagés sans changer de style musical, notamment en faveur des femmes, perdant une grande partie de son public puis son contrat avec sa maison de disques. Elle parviendra à récupérer son nom de scène mais rien n’y fera, il est trop tard. Et ce tube Dominique lui collera à la peau pour toujours, générant colère et frustration, de rêves en désillusions. Viennent se greffer à son mal-être de gros problèmes d’argent.
Le succès mondial de Dominique ne lui a rien rapporté : la majorité des bénéfices est allée à la maison de disques et le reste au couvent. Elle croule sous les dettes, le fisc est à ses trousses. Marc Moulin avec son groupe Telex lui tend une perche pour faire un remix électro de Dominique mais c’est un échec, et avec lui, le sentiment de tout rater. Ruinées, Jeanine Deckers et son amoureuse Annie Pécher se suicident en 1985.
 
Ne manquez pas "Sœur sourire. Qui a tué la voix de Dieu?", ce vendredi 11 juin à 21h05 sur La Trois.
 
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