L'adieu… le poids d'un pieux mensonge

L’adieu… le poids d’un pieux mensonge
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L’adieu… le poids d’un pieux mensonge - © Tous droits réservés

Billi, presque la trentaine, est arrivée aux États-Unis avec ses parents alors qu’elle avait 6 ans. L’essentiel de ses liens avec son pays natal c’est Nai Nai, cette grand-mère adorée restée en Chine qu’elle appelle tous les jours de New York.

Aujourd’hui, Billi vient d’apprendre que Nai Nai n’a plus que quelques mois à vivre. Et comme il est de tradition en Chine, tout sera fait pour qu’elle n’en sache rien, car : " ce n’est pas le cancer qui tue, mais la peur de mourir ".

Très vite, il est décidé que tout le monde se rendrait à Changchun pour une dernière réunion de famille en compagnie de Nai Nai. Le prétexte avancé sera le mariage en accéléré d’un cousin avec une Japonaise, organisé pour l’occasion.

Il a aussi été décidé que Billi ne viendrait pas de peur que ses émotions, qu’elle a du mal à dissimuler, ne la trahissent.

Pour Billi, il est bien sûr hors de question de ne pas venir dire adieu à sa grand-mère

À la vie !

" Inspiré d’un vrai mensonge ". C’est ainsi que s’ouvre le film quand généralement on a pour entrée en matière : " basé sur des faits réels " ou " inspiré d’une histoire vraie ".

Une jolie pirouette pour résumer l’histoire réellement vécue par la réalisatrice Lulu Wang qui, comme son héroïne Billi, a dû composer avec ce pieux mensonge quand en 2003 on lui annonçait que sa grand-mère allait bientôt mourir.

Le mensonge que la famille de Billi impose et s’impose pour cacher à leur aïeule son véritable état est la manière que l’Orient a, d’envisager la fin de vie et la mort : l’individu ne se définissant que par rapport à un groupe, on la joue collectif. En Occident où l’individualisme prévaut, chacun est censé se prendre en charge pour le meilleur comme pour le pire, et cela en toute conscience.

Ici et ailleurs

Cette option choisie de l’Orient pour la mort à venir de Nai Nai est aussi l’occasion pour la réalisatrice d’aborder le thème du déracinement. Il y a ce cousin revenu du Japon avec sa fiancée pour se marier de toute urgence en Chine. Il y a surtout Billi en panne dans sa vie d’étudiante new-yorkaise, bousculée par cette figure imposée du mensonge, chavirée par la mort annoncée de sa très chère grand-mère, partagée entre la Chine et l’Amérique et rebelle aux injonctions de sa mère, pour l’occasion plus chinoise qu’américaine.

Le film est un perpétuel entre-deux : la vie et la mort, la Chine et l’Amérique, le mensonge et la réalité, la langue anglaise et le mandarin, les coutumes et la modernité… l’occasion d’un pas de deux entre sourire et émotion.

Les quiproquos, les réflexions vachardes ou pleines de tendresse de Nai Nai, les échanges autour d’une table (et les repas sont nombreux dans le film !), tout est savoureux dans ce film qui ne verse jamais dans le larmoyant.

On savoure aussi l’interprétation qui ajoute au plaisir de " L’Adieu " avec en tête Shuzhen Zhao dans la peau de Nai Nai (la grand-mère que l’on rêve d’avoir !) et la rappeuse Awkwafina, vu dans " Ocean’s 8 " qui pour ce film vient de recevoir le prix de la Meilleure Actrice dans une comédie aux derniers Golden Globes.

En abordant la maladie et la mort, la réalisatrice Lulu Wang nous offre un film plein de vie et donne à sa propre histoire une portée universelle… ne ratez pas ce petit bijou d’humanité !     

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