Gérard Jugnot (Une Affaire Française) : "La série est digne, elle n’est pas racoleuse"

Il prête ses traits à Maître Garaud dans Une Affaire Française, nouvelle série inédite sur l’affaire Grégory Villemin. On a discuté avec Gérard Jugnot de son envie de participer à ce projet d'envergure et de l'utilité d'une telle fiction. 

En 1984, un petit garçon est retrouvé noyé dans la Vologne (Vosges), ligoté, pieds et poings liés. Il s'appelait Grégory Villemin. L'affaire a bouleversé la France entière et a eu un retentissement médiatique important. Tellement qu'en 2019, Netflix lui consacrait un documentaire en cinq épisodes baptisé sobrement Grégory. C'est désormais au tour de la fiction de s'emparer du drame : les scénaristes Jérémie Guez en Alexandre Smia en ont fait une mini-série à découvrir dès le samedi 18 septembre à 20h50 sur La Une.

Au long de ses six épisodes, Une Affaire Française retrace de manière objective, sans parti pris, cette histoire tragique et l'emballement médiatique qui l'a accompagnée. Au casting, on trouve Blandine Bellavoir, Guillaume Gouix, Guillaume de Tonquédec, Laurent Stocker, Michaël Youn, Laurence Arné, Lauréna Thellier, Thierry Godard, mais aussi Gérard Jugnot dans le rôle de l'avocat des parents Villemin. Un rôle délicat sur lequel il a accepté d'échanger avec nous.

Qu'est-ce qui vous a motivé à jouer dans cette série ? 

Gérard Jugnot : C'est vrai que je ne fais pas beaucoup de télévision, mais le réalisateur d'Une Affaire Française (Christophe Lamotte - La Part du Soupçon, Insoupçonnable, ndlr.) est un très bon metteur en scène. J’avais vu l’excellent reportage sur Netflix, Grégory, qui explore toute une part de cette affaire. Ce qui est très intéressant c’est que la série ne permet pas de dire qui est l’assassin ou ce qui s’est passé ; elle explore plutôt le tapage médiatique, la folie de ce village autour de cette affaire, ce que ce couple a enduré. C’était assez fou, je ne savais pas tout ça avant de m'y intéresser. Notamment cette guerre de radios, les mensonges et manipulations. J’ai trouvé ça passionnant, très bien écrit, et on était en bonne compagnie, donc participer à cette série m’intéressait.

Cette affaire a été emblématique parce que c'est un concours de conneries et d’erreurs.

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Gérard Jugnot, Blandine Bellavoir et Guillaume Gouix dans "Une affaire française". © 2020/CAROLINE DUBOIS / CHEYENNE FEDERATION / TF1

On vous a confié le rôle de Maître Garaud, l'avocat des Villemin. Qui est ce personnage pour vous ? 

C’est quelqu'un d'assez étonnant, très à droite de la droite, pour la peine de mort. J’ai beaucoup parlé avec le réalisateur de comment l'interpréter. Il ne s’agissait pas de lui ressembler physiquement. J’ai juste mis la moustache pour lui ressembler un peu, mais il avait plus de cheveux. On ne voulait pas être dans une sorte de concours de sosie, une pratique assez grotesque dans la plupart des biopics. J’ai lu le scénario et j’ai trouvé que ce personnage ne s'était finalement pas trop mal comporté contrairement à ce qu’on peut penser de lui. Bon, il a convoqué les médias pour payer ses honoraires et surtout pour faire retentir l’affaire, mais, contre toutes attentes, j’ai trouvé son comportement pas trop ignoble. Ensuite, quand c’est bien écrit, il vous suffit de jouer les scènes et les dialogues ; l'histoire, le metteur en scène et le montage font le reste.

Il y a encore des gens qui sont persuadés que c'est la mère de Grégory la coupable.

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Guillaume de Tonquédec, Laurence Arné, Stanley Weber, Michaël Youn, Michaël Abiteboul dans "Une affaire française" © 2020/CAROLINE DUBOIS / CHEYENNE FEDERATION / TF1

Quelle est l’utilité de faire une série sur une telle affaire ? Ce type de fiction (Laetitia, La Traque) est parfois critiqué, notamment par les proches des victimes. 

L’utilité de cette série n’est pas de savoir qui est l’assassin. C’est plutôt de voir à quel point l’environnement, les médias et la police ont merdé et détruit ce couple (qui s’est heureusement reconstruit). C’est vrai que c’est toujours un peu douloureux pour les proches. Il ne s’agissait pas de faire un procès du procès, mais bien un procès de l’enquête qui a été mal foutue, des médias, de tous ces gens qui ont investi le village pendant des mois. Le documentaire Netflix expliquait très bien tout ça. La fiction permet elle plus d’empathie. Elle va aussi toucher un public plus large pour lui expliquer les dégâts causés par les médias et la police et lui dire de ne pas juger trop vite. Là où on tournait, il y a quand même encore des gens qui sont persuadés que c'est la mère de Grégory la coupable, alors que ce n’est évidemment pas le cas, elle a été totalement blanchie. Il y a plusieurs théories complotistes sur le sujet, et finalement cela résonne bien avec notre époque où on est bombardé de fake news. À l'époque, il y en avait moins, mais elles étaient colossales.

Est-ce une affaire que vous avez suivie à l’époque, qui vous a marquée ?

Oui, c’est évident que c’est une histoire qui a marqué. Ce qui est fou, c’est que des affaires comme ça, il y en a cinquante par an, mais celle-là a été emblématique parce que c'est un concours de conneries et d’erreurs. Ce que j’ai aussi trouvé très surprenant, à mon grand âge, c’est de faire une série historique sur une époque que j’ai vécue. Les voitures, les costumes, les décors… c'est étrange de se dire qu’on a vécu cette époque. La série est digne, elle n’est pas racoleuse et elle explique pas mal de choses sur l'envers du décor. À aucun moment elle n’a voulu prendre la place des juges ou des jurés. C'est plutôt une radiographie d’un village français, des mentalités françaises et des médias français. Et peut-être pas que français d’ailleurs

Une Affaire Française, dès le samedi 18 septembre à 20h50 sur La Une et Auvio.

Le 3 octobre, la série sera suivie de La malédiction de la Vologne, un documentaire à voir sur La Trois à 21h00.

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Gérard Jugnot dans "Une affaire française" © 2020/CAROLINE DUBOIS / CHEYENNE FEDERATION / TF1
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