" Filles de joie " … Dames de cœur

« Filles de joie » … Dames de cœur
2 images
« Filles de joie » … Dames de cœur - © Tous droits réservés

Axelle, Dominique et Conso, sont trois femmes bien d’aujourd’hui qui, comme on dit, font le plus vieux métier du monde. Elles ont pour pseudonymes Athéna, Circé et Héra,  des noms qui ne sont pas sans rappeler ceux de Déesses grecques

C’est ensemble que chaque jour elles traversent la frontière entre la France et la Belgique pour aller travailler dans un bordel, et c’est ensemble qu’elles affrontent les galères d’un métier qui n’en est pas un, mais qui est celui qu’elles ont dû envisager à un moment de leur vie pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille.

De retour chez elles chacune de leur côté, une autre vie les attend, celle de tous les jours, celle de madame tout le monde. Une vie plus présentable, mais qui elle aussi charrie son lot de problèmes.

Trois " belles de jour " (pour reprendre le titre d’un célèbre film de Luis Buñuel), trois vies, trois situations différentes, mais trois destins unis par l’adversité, et l’humour (!) que Frédéric Fonteyne et Anne Paulicevich nous invitent à suivre pour dire le courage de ces (des) femmes au quotidien.

Pour l’Agenda Ciné Frédéric Fonteyne et Anne Paulicevich nous en disent plus sur ce film pensé à deux et travaillé à 4 mains.

L’Agenda Ciné : Filles de joie, comme vos films précédents, semble se poser encore et toujours la question du mystère féminin

Frédéric Fonteyne : Effectivement, on peut parler d’un intérêt très fort, voire d’une obsession !  Je tourne autour à chaque film et j’aime poser ma caméra sur ce mystère-là.  " Filles de joie " dépasse la question de la prostitution, pour poser celle de la violence faite aux femmes, des difficultés qui se posent dans le couple (un autre thème récurrent dans mes films).

 

C’est vous Anne Paulicevich qui avez soumis cette histoire à Frédéric, comment est-elle née ?

Anne Paulicevich :  Étant donné l’énergie et le temps qu’exige un film, il est bon de savoir à quel point on tient à une histoire !

Comme souvent beaucoup de choses entrent en ligne de compte.

Depuis longtemps, j’avais envie de parler de l’héroïsme des femmes. Et puis avec Frédéric nous avons eu une petite fille. Dès que j’ai su que ce serait une fille, j’ai été bouleversée et je me suis posé beaucoup de questions. Qu’est-ce que cela a été d’être femme ? Qu’est-ce que c’est que d’être une femme dans notre société ? Comment on aide à grandir une fille dans ce monde-là ?

C’est un article de journal sur ces femmes qui passent la frontière pour aller se prostituer qui a décidé de l’angle que j’allais prendre pour parler de l’héroïsme de la femme.

D’avoir à un moment vécu moi-même une violence masculine très forte a fini de sceller ce projet.

 

Est-ce que cette investigation que vous avez menée dans le monde de la prostitution pour nourrir votre film a changé quelque chose en vous, dans votre vie ?

Anne Paulicevich : Ça change une vie ! Ça change une vie parce que sur beaucoup de choses mon regard a changé. On passe d’un monde assez confortable à des journées entières dans un bordel avec tout un tas d’histoires qui vous arrivent… c’est énorme ! Mais c’est là que j’ai fait des rencontres incroyables, dont une qui restera l’une des plus belles de ma vie. C’est là aussi que j’ai ri comme jamais et que j’ai été émue comme rarement.

Ce monde des prostituées est un monde que l’on ne veut pas voir. Le regard que l’on porte sur ces femmes est très paradoxal : il peut être d’une grande violence comme il peut faire l’objet d’une grande fascination.

 

Frédéric Fonteyne : Nous voulions ramener ces femmes dans le camp des vivants alors que l’on préférerait ne rien savoir.

Tout le travail avec Sara Forestier, Noémie Lvovsky et Annabelle Lengronne a été d’aller au plus près de la vie de ces femmes, d’aller dans une réalité que l’on n’aurait pas pu toucher autrement que par la fiction. Un travail qui a donc nécessité d’aller côtoyer toutes ces limites, ces frontières du corps, des relations…  un travail rendu possible grâce à des actrices qui osent prendre des risques et qui elles aussi sont obsédées par la vérité. 

D’ailleurs, j’ai l’impression que montrer la puissance de vie de ces femmes est la chose peut-être la plus choquante, voire inacceptable, dans le film.

 

 

Un mot sur l’humour, très présent dans le film

Frédéric Fonteyne : L’humour était essentiel. C’est un humour que l’on n’a pas rajouté, mais que l’on a rencontré. Un humour viscéral qui permet d’être vivant, de tenir, de rester digne. Le véritable humour c’est peut-être celui qui permet de supporter l’insupportable.

 

Trois beaux portraits de femme portés par trois grandes actrices. Un film conjugué au féminin, mais qui n’oublie pas les hommes… autant de bonnes raisons d’aller voir " Filles de joie ". 

  • L'Agenda Ciné, tous les lundis à 20h10 sur La Une et sur auvio
  • Ce programme est aussi disponible en version sous-titrées
Newsletter Tv - L'agenda Ciné

Recevez chaque semaine un condensé des sorties cinéma de la semaine, les actus de vos acteurs préférés, des concours.

OK
JT 19h30
en direct

La Une

JT 19h30