En finir avec les frontières du genre : quand les célébrités font bouger les lignes

La société évolue, sans doute pas aussi vite qu’on le voudrait, mais la jeune génération a bien l’intention de faire voler en éclats les frontières du genre. Les moins de 25 ans ont déjà intégré la nouvelle grammaire : cisgenre, non-binaire, gender fluid, agenre, pansexuel, queer. Et la nouvelle génération de jeunes stars est courageuse et ose désormais affirmer son identité. Quitte à entraîner de la crispation voire de la haine. Une avancée certaine pour la cause des personnes transgenres. Voici quelques noms.

Jaden Smith
L’air de rien, le fils du Will Smith a osé l’ouvrir très tôt sur la question du genre, en 2016, alors qu’il n’avait que 18 ans. Il a pu surprendre en apparaissant en jupe dans une campagne Vuitton pour une collection femmes. Et lorsque la presse le lançait sur la question des genres, il se définissait comme non-binaire et genderfluid. Et faisait, par la même occasion, preuve d’une maturité bluffante : C’est pour que dans 5 ans cet enfant qui ira à l’école avec une jupe ne se fasse pas frapper et qu’il ne soit pas jugé par les autres élèves. J’encaisse pour que plus tard, mes enfants et la prochaine génération d’enfants pensent tous que certaines choses sont normales alors qu’elles étaient inattendues en mon temps”.

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Sam Smith

Il faut remonter en 2014 et à la sortie de son 1er album In the Lonely Hour pour retrouver Sam Smith faire un 1er coming out. Cet album, il l’avait écrit suite à une histoire d’amour compliquée avec un garçon. Difficile de ne pas en parler donc, même s’il voulait que ça reste un non-sujet dans les médias. Et puis, il y a 2 ans, dans une interview avec l’actrice Jameela Jamil, le chanteur britannique faisait en quelque sorte un second coming out. "Je ne suis ni masculin ni féminin, je pense que je flotte quelque part entre les deux. C’est un spectre. Être non binaire, c’est être sa propre création". Dans un post Instagram, il a demandé à ce qu’on utilise désormais des pronoms non genrés lorsqu’on parle de lui, soit "they/them" au lieu de "he/she". ("ils" ou "eux" sont des pronoms non genrés en anglais, contrairement au français où ils désignent les hommes). "Après une vie passée en guerre avec mon genre, j’ai décidé de m’accepter pour ce que je suis, à l’intérieur et à l’extérieur".

Christine&The Queens

En 2018, lors de la sortie de son 2ème album, la chanteuse Héloïse Letissier apparaît métamorphosée. Un look plus androgyne, les cheveux très courts et son prénom raccourci en Chris comme signes les plus visibles. Une sorte de coming out transgenre ? A Augustin Trapenard sur France Inter elle disait : “Le ‘Chris’a moins de genre qu’avant, il y a quelque chose de plus ambigu (…) même si pour moi c’est plus l’affirmation d’une femme que le fait de devenir un homme (…) J’aime bien brouiller les genres, écrire au masculin parfois et au féminin”. “Décider qu’on est quelque chose d’indéfini”.
Et qui d’autre que la chanteuse pour donner un nouveau souffle au visionnaire 3e sexe des années 80 d’Indochine ? !

Ruby Rose

En 2014, l’actrice australienne Ruby Rose mettait en scène sa propre histoire dans le court-métrage Break Free. On l’y voyait se transformer en homme, le court-métrage a cartonné, elle est devenue une icône LGBTQI+, et après avoir ramé dans sa carrière d’actrice, elle accédait notamment à la série Orange is the New Black. Elle se définit comme gender fluid : "Je ne m’identifie pas à un genre. Je ne suis pas un mec, je ne me sens pas femme mais c’est comme ça que je suis née. Donc je suis un peu au milieu, ce qui – dans mon imagination – est comme avoir le meilleur des deux sexesCe qu’il faut retenir, c’est que seulement vous savez la personne que vous devez être et vous devez être libre d’être cette personne".

Récemment, elle est devenue égérie pour une marque de sodas healthy dont les entreprises ont été fondées par des personnes queer avec des missions à vocations sociales.

Halsey

La chanteuse américaine, enceinte, expliquait en début d’année comment elle pensait que sa grossesse allait accentuer son sentiment binaire dans le sens où elle allait certainement se sentir plus féminine. Et en fait il n’en est rien. Elle a beaucoup pensé à son corps et ça a totalement mis à niveau sa perception du genre, sa conscience de l’humanité. Ashley Nicolette Frangipane de son vrai nom – on adore - a pris la décision de changer ses pronoms pour "she/they"- "iel" dans ses bios sur ses réseaux. Une décision saluée par ses fans. On peut donc être enceinte, sur le point de devenir maman et ne pas forcément et absolument se sentir femme. Encore une artiste qui ouvre le champ.

Ezra Miller

Révélé au cinéma en 2008 à l’âge de 16 ans dans le film Afterschool, Ezra Miller se définit comme queer et non-binaire, bien qu’il accepte toujours le pronom "il". L’acteur de We need to Talk About Kevin, du Monde de Charlie et des Animaux Fantastiques, reviendra aussi dans le film solo consacré – enfin – à The Flash en 2022. En 2012, il faisait son coming out non-binaire : "Je ne m’identifie pas. Etre queer, ça signifie 'non', je ne fais pas ça. Je ne m’identifie pas comme un homme, je ne m’identifie pas comme une femme. Je m’identifie à peine comme un être humain."

Bien que certaines personnes lui avaient fait comprendre qu’il s’était tiré une balle dans le pied et n’obtiendrait plus de premiers rôles après son coming out, Ezra Miller a persisté et l’année dernière il a déclaré au magazine GQ se battre pour "qu’il y ait une réelle considération de notre suprématie."

Tommy Dorfman

Cet acteur a débuté sa carrière en étant ouvertement gay dès le départ. Dans la série 13 Reasons Why où il incarne le personnage de Ryan Shaver, il est un personnage queer authentique. "En tant que personne, je suis très fluide. Je me sens différent heure par heure, jour après jour. Physiquement, biologiquement, je suis un homme et je n’ai jamais voulu changer ça. Pourtant, à l’intérieur, je suis considérablement plus femme." Et il considère que c’est un avantage pour son métier : "J’adore jouer des personnages féminins et j’adore jouer des personnages hypermasculins. J’aime raconter ces histoires." Il s’interroge sur l’utilisation de la mode pour combattre les préjugés, non seulement au sein de sa propre communauté, mais à Hollywood : "Je pense parfois que si je porte quelque chose à une audition, je n’aurai pas le poste. Mais ensuite, quand je porte quelque chose à une cérémonie de remise de prix, je pense à la façon dont cela aidera les autres. Je suis prêt à accepter de ne pas avoir ce rôle principal, rôle d’homme pour lequel j’ai auditionné tant de fois, pour lequel je suis qualifié – pour lequel je suis trop queer dans ma vraie vie – afin de continuer, espérons-le, à briser ces barrières pour les autres."

 
 


 

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Los Angeles Special Screening of Netflix' ; s " ; Atypical" ; Season 2" ; © 2018 Getty Images

Brigette Lundy-Paine

Elle joue Casey dans la série Atypical, elle est la sœur de Sam, ce garçon atteint d’un trouble du spectre autistique. L’actrice avait affirmé que son personnage dans la série était résolument queer en 2018. Et l’année suivante, elle-même s’est déclaré.e non-binaire sur Instagram et a aussi choisi les pronoms "they/them" - "iel"Je suis non-binaire, je me suis toujours sentie un peu comme un garçon, un peu comme une fille, un peu comme aucun des deux. J’utilise les pronoms they/them depuis peu et je me sens bien. J’ai grave peur de vous l’avouer et de l’annoncer publiquement. Mais je pense que je le dois à moi-même et à tous ceux qui luttent avec leur genre. Si vous êtes non-binaires, commentez et célébrez qui vous êtes. Vous êtes beaux et entiers."

Lachlan Watson

En 2018, on découvrait Lachlan Watson dans Les Nouvelles aventures de Sabrina dans le rôle de Susie Putman, devenu ensuite Theo. Le personnage est d’abord non-binaire avant de faire son coming out transgenre dans la saison 2 de la série. De son côté, Lachlan Watson s’identifie comme non-binaire et utilise le pronom "they" – "iel". Son personnage dans la série fait qu’iel a pu raconter une partie de son histoire : "Beaucoup de choses sont des choses que j’ai vécues c’est pour cela qu’on m’a choisi […] C’est presque un peu comme revenir en arrière et aider la personne que j’étais." Iel se dit honoré.e de "pouvoir être la voix de ceux qui n’en n’ont pas."

 

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Tom Ford AW20 Show – Arrivals © 2020 FilmMagic

Miley Cyrus et Janelle Monàe

Miley Cyrus a toujours affirmé ses choix. On la voit libre dans ses chansons comme dans la vie. Déjà en 2016, elle se déclarait pansexuelle. Et elle l’a confirmé avec les années. En interview avec le magazine Variety, elle expliquait : "Je n’ai jamais vraiment aimé être une fille. Et être un garçon ne m’attirait pas vraiment. L’alphabet LGBTQI+ pourrait continuer pour toujours, mais il devrait inclure un P pour pansexuel […] Même si j’ai l’air assez différente, les gens ne me voient pas aussi neutre que je me perçois. Une fois que j’ai compris mon genre, j’ai pu mieux comprendre ma sexualité."

Autre chanteuse américaine et même son de cloche, c’est Janelle Monàe qui s’est elle aussi revendiquée pansexuelle dans le magazine Rollingstone en 2018. S’en était suivie une explosion de recherches sur Google aux Etats-Unis, preuve de la méconnaissance de ce terme. Sur Twitter, Janelle Monàe affiche désormais son statut comme ça : "pronoms they / she / them / her / freeassmuthafucka Ne laissez personne ou quoi que ce soit arrêter votre évolution même si c’est vous".

 

Comme souvent, c’est par les artistes que les changements s’amorcent dans la société, eux qui sont visibles et ont une voix. Autour de ces questions d’identité de genre et de sexualité, cela fait plusieurs années qu’ils nous crient haut et fort qu’on peut sortir des cases, ils floutent les frontières du genre, banalisent les questions suscitées par la complexité du genre humain. Jusqu’à ce qu’un jour, cela soit pleinement intégré dans la culture populaire et dans la vie. Ce jour qui fait rêver, où chacun sera qui il voudra, aimera qui il voudra, s’habillera comme il voudra, et où tous l’accepteront tel qu’il est, sans jugement ni haine, avec peut-être même de la bienveillance. Love is Love.

 
Arnaud Alessandrin est docteur en sociologie à l’université de Bordeaux. Il y a soutenu sa thèse intitulée "Du transsexualisme aux devenirs trans". Enseignant la sociologie du genre et des discriminations, il est aussi l’auteur de nombreux livres et articles sur le sujet des transidentités, du genre et des homophobies.
Il a conçu ce petit lexique à mettre entre toutes les mains :

Cisgenre : se dit d’une personne dont l’identité de genre (masculin ou féminin) correspond au sexe avec lequel elle est née. C’est le contraire d’une personne transgenre.
Gender fluid : se dit d’une personne dont le genre oscille entre la masculinité et la féminité.
Non-binaire : se dit d’une personne dont l’identité de genre ne correspond ni aux normes du masculin ni à celles du féminin.
Agenre : sous-catégorie de non-binaire. Se dit d’une personne qui ne s’identifie à aucun genre. Ni homme, ni femme, ni mélange des deux.
Pansexuel : souvent synonyme de “bisexualité” et issu du préfixe grec “pan” (tout), la “pansexualité” renvoie à l’attirance (affective et/ou sexuelle) envers une personne quelles que soient ses caractéristiques de genre, de sexe ou de sexualité.
Queer : à la fois mouvement politique et identification personnelle, le terme “queer” renvoie à la déconstruction des normes, notamment de genre et de sexualité.
Trans : terme générique pour désigner des personnes pour lesquelles l’identité de genre ne correspond pas au sexe assigné à la naissance (on préférera le terme transgenre à celui, jugé très stigmatisant, de transsexuel).

Bisexuel : se dit d’une personne attirée affectivement et/ou sexuellement par des personnes des deux sexes et/ou des deux genres.

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