Concerts et festivals : comment les rendre plus safe pour les femmes

Le temps béni des concerts et des festivals semble bien loin : on a hâte de revoir les artistes en live et de se retrouver en groupe pour partager un bon moment festif ! Quand on se retrouvera enfin, autant que ça se passe dans de bonnes conditions pour tous… et toutes. Trop souvent les concerts et festivals ont hélas été le théâtre de harcèlement ou d’agressions sexistes et sexuelles. En 2018 une enquête britannique révélait que 43% des festivalières âgées de moins de 40 ans disaient avoir subi un comportement sexuel non consenti et 30% confiaient avoir été victimes de harcèlement ou d’agression sexuelle. Une enquête similaire avait été menée par l’ONG Plan International Belgique la même année et le constat était à nouveau désespérant : 1 femme sur 6 déclarait avoir été victime de harcèlement sexuel en festival au cours des trois dernières années.

Comment rendre ces lieux de fête plus safe pour les femmes ? C’est la question à laquelle tente de répondre ce 31 mars le magazine britannique NME dans un article de fond en allant à la rencontre d’associations qui œuvrent dans le domaine et en interrogeant des fans, des artistes et des responsables de salles de concert.

Voici les mesures qui peuvent être mises en place ou renforcées :

- Former le staff des salles de concert et les équipes de sécurité de façon spécifique sur les questions de harcèlement et agressions pour prévenir ces comportements et intervenir de la meilleure façon possible en cas d’abus (En Grande-Bretagne l’association "Good Night Out" propose ce genre de formation et, depuis 2014, 186 lieux de fête ont été accrédités).

- Inclure plus de femmes dans les équipes de sécurité. (Beaucoup confient trouver réconfortant de voir une femme assurer la sécurité dans un évènement et souhaiteraient pouvoir s’adresser à une femme en cas de plainte).

- Prévoir des "safe zones" où les victimes et témoins de harcèlement ou agression peuvent aller se réfugier.

- Impliquer le public, le sensibiliser au respect de tous et toutes et l’inviter à réagir s’il est témoin d’un comportement non tolérable.

- Conscientiser les artistes qui peuvent faire passer des messages à leur public, que ce soit sur scène ou à travers les réseaux sociaux. Certains artistes, comme Drake, n’hésitent pas à interrompre leur concert pour faire cesser un comportement de harcèlement dans le public. Le jeune chanteur Alfie Templeman a quant à lui récemment tweeté : "Je ne tolérerai jamais un comportement de harcèlement ou agression sexuelle lors de mes concerts. Vous serez jeté dehors et banni définitivement si ça se produit".

- Et bien sûr ouvrir le dialogue sur ces questions. Il n’est jamais trop tard pour éduquer, pour faire changer les comportements, surtout si ces discussions prennent place dans un cadre respectueux et bienveillant.

Les acteurs qui se mobilisent pour rendre les lieux de fête plus conviviaux pour les femmes, plaident aussi en faveur d’un meilleur environnement pour les minorités sexuelles ou les personnes porteuses de handicap.

Qu’est-ce qui est mis en place chez nous ?

Dour, Les Ardentes, Couleur Café, les Francofolies de Spa, la plupart des festivals ont mis en place ces dernières années des actions pour vaincre le harcèlement et les agressions sexistes et sexuelles mais c’est Esperanzah ! qui s’est le plus impliqué dans cette lutte avec son Plan SACHA (Safe Attitude Contre le Harcèlement et les Agressions) mis sur pied depuis 2018. Ce plan s’articule autour de trois grands axes. D’abord former des bénévoles aux problématiques de violences sexistes ou sexuelles envers les femmes et toute personne discriminée en raison de son genre ou son orientation sexuelle. Ensuite, mener une campagne de prévention et de sensibilisation à destination de l’ensemble des festivaliers. Enfin, mettre en place une prise en charge psychosociale à disposition des personnes victimes ou témoins de harcèlement ou d’une quelconque autre forme de violence sexiste ou sexuelle. En parallèle de ces trois axes il y a le chatbot SACHA, une messagerie qui permet aux personnes n’osant pas faire appel à la cellule de prise en charge psychosociale d’être tout de même soutenues et orientées.

Et les salles de concert ?

Peu de plaintes sont rapportées selon les responsables de salles mais bien sûr ça ne veut pas dire que les agressions sexistes ou sexuelles ne se produisent pas.

En 2019 le témoignage sur les réseaux sociaux d’une trentenaire bruxelloise qui avait participé aux 40 ans de l’Ancienne Belgique et avait passé la soirée à "gérer, repousser, subir des comportements masculins inappropriés" regrettant que l’AB ne s’implique pas plus sur ces questions, avait fait grand bruit. D’ailleurs dans la foulée, la salle de concert bruxelloise avait ajouté sur son site une note sur les comportements irrespectueux.

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