Squid Game : miroir de la société ?

On ne le présente plus, Squid Game est le surprenant succès qui a déchaîné les passions dans le monde entier. La série d’origine coréenne est plus qu’une simple fiction remplie de violence, elle propose notamment une critique sociale que son créateur, Hwang Dong-hyuk, a minutieusement travaillé. Tipik analyse le phénomène pour vous.

Depuis sa sortie en septembre dernier, Squid Game bat tous les records, devenant même la série la plus regardée de tous les temps sur la plateforme de streaming au N rouge majuscule. La série suit Gi-hun, un père divorcé, endetté et addict aux jeux d’argent. Sa condition le mène à accepter de participer à une compétition supervisée par une organisation mystérieuse. Cette dernière va lui offrir l’opportunité de gagner des millions de wons en jouant à une série de jeux d’enfants contre 455 autres participants. La conséquence d’une défaite étant… la mort.

Une série qui se base sur la vie de son auteur

Hwang Dong-hyuk, le créateur de la série s’est inspiré de sa propre vie pour les personnages principaux. Ainsi, comme Gi-hun, il a grandi dans un environnement assez pauvre, élevé par sa mère veuve. Comme le personnage de Sang-woo, il a pu intégrer la réputée Seoul National University, sans que cela n’améliore directement ses conditions de vie, malgré son diplôme de journalisme. Enfin, tout comme Ali, Hwang a été immigrant dans un pays étranger (au Royaume-Uni) et il a fait face à des comportements discriminatoires. Fait notable, le créateur a repris les noms de ses amis pour les donner à certains des héros. Notamment ceux des camarades avec qui il militait plus jeune pour la démocratie en Corée du Sud. C’est seulement en empruntant la caméra de sa mère que l’intérêt pour la filmographie a commencé à naître en lui. Au cours de sa carrière, il a abordé une diversité de sujets dans ses œuvres tels que le harcèlement sexuel, la maltraitance infantile, la peine de mort ou encore l’invasion chinoise. Faisant déjà de lui un réalisateur établi et respecté dans son pays. Depuis plus de 10 ans, Hwang Dong-hyuk proposait Squid Game aux investisseurs, sans succès. La fiction a heureusement été sauvée par la puissance des services de streaming. Par ailleurs, concernant la thématique de la série, le créateur a déclaré : “C’est une histoire de perdants. C’est-à-dire de ceux qui luttent contre les difficultés de la vie quotidienne et qui sont laissés pour compte, tandis que les gagnants continuent à gagner plus". Une violente réalité qu’il met en perspective à travers les jeux qui ont bercé nos enfances.

Une critique de la Corée du Sud

Squid Game expose la précarité dans laquelle vivent les ménages sud-coréens. L’inégalité est, en effet, une thématique récurrente dans les productions venant du pays, on le constate par exemple dans " Parasite ", film oscarisé en 2019. La Corée du Sud avait un produit intérieur brut comparable aux pays du tiers-monde le siècle dernier. Afin de s’industrialiser rapidement, elle a  sacrifier l’environnement, la démocratie et par conséquent le bien-être de ses concitoyens. Pour sortir de la pauvreté, la politique du pays a été de fortement miser sur l’éducation. Une stratégie payante qui a aidé aux développements. Elle est cependant la source de cette culture de la compétition et du travail acharné. À tel point, qu’il existe un terme pour désigner le fait de mourir du surmenage en coréen (kwarosa). La série met en avant des riches spectateurs étrangers qui misent chacun sur un joueur lors des différents jeux mortels. Il faut y voir un parallèle avec les organismes internationaux tels que le G7 ou le Club de Paris qui jugent du niveau de souveraineté ou de l’endettement d’un pays. Ainsi selon Hwang Dong-hyuk, Squid Game "examine la société et le capitalisme à travers les jeux. Si le personnage de Gi-hun continue de survivre, ce n’est pas grâce à ses choix mais par chance, et c’est notre réalité."

Un succès inattendu

Grâce à ses décors impressionnants, son scénario addictif et son univers ludique et cruel à la fois, Squid Game est rapidement devenu un phénomène pop culturel. À l’instar des séries comme la Casa de Papel ou encore Lupin, la série coréenne a réussi à se classer comme l’une des fictions les plus populaires au monde dans sa langue originale. Un exploit encore plus remarquable lorsqu’on sait qu’elle est classée comme étant la série la plus regardée de la plateforme de streaming qui la produit. C’est-à-dire devant les grosses séries américaines à gros budgets et aux castings spectaculaires. Le bouche-à-oreille est l’une des grandes raisons de ce carton, en étant le sujet de conversation dans les cours de récré, sur les réseaux sociaux (avec des memes hilarants), dans les bureaux, jusqu’à être au centre de faits divers un peu partout dans le globe. Pour que vous puissiez mesurer l’impact de la série, l’actrice Jung Ho-yeon a gagné 23M de followers sur Instagram depuis la diffusion de la série. Le créateur de la série estime que le succès de Squid Game est en partie lié au message qu’il fait passer : “Je pense que les téléspectateurs à travers la planète s’identifient profondément au thème de l’inégalité économique surtout en période de pandémie mondiale "

Ce qui est sûr, c’est que la Squid Game mania n’est pas près de s’arrêter de sitôt. En effet, Hwang Dong-hyuk a confirmé qu’il était en phase d’écriture de la seconde saison de la série. Nous aurons donc le plaisir de découvrir la suite des palpitantes aventures de Gi-hun.

Le Doss'

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