Elliot Page s'exprime chez Oprah Winfrey sur sa transidentité : un moment poignant et engagé

En décembre dernier, le confinement aidant à l’introspection, Elliot Page faisait son coming-out dans une lettre très émouvanteL’acteur y révélait sa transidentité en même temps que son nouveau prénom. En mars, l’acteur canadien faisait cette fois la couverture du Time magazine. Et ce 30 avril, il a accordé sa première interview télévisée à Oprah Winfrey lors d’une Oprah Conversation sur la plateforme AppleTV +.

Elliot Page, 34 ans, s’est confié à Oprah Winfrey sur son parcours personnel, l’inconfort et la souffrance d’avoir grandi dans un corps féminin qui ne lui correspondait pas. Il se souvient du bonheur qu’il a ressenti à 9 ans lorsque sa mère l’a autorisé à se couper les cheveux courts : "J’avais le sentiment d’être un garçon. Je voulais en être un. Je demandais à ma mère si je le serais un jour." Mais l’année suivante, il obtient son premier rôle dans la série canadienne Pit Pony, et il reprend une allure féminine qu’il ne quittera plus durant d’interminables années. Elliott Page traversera la puberté comme un "enfer total".

La célébrité, ce faux bonheur

Face à Oprah, il revient ensuite sur ce moment où la célébrité lui est tombée dessus, c’était après son rôle dans Juno, en 2007. Un rôle – et quel rôle, celui d’une ado qui tombe enceinte -, qui lui avait valu une nomination aux Oscars dans la catégorie "Meilleure actrice". Une période en apparence heureuse mais dont la réalité était carrément sombre. Impossible pour lui de regarder une seule photo de tapis rouge sans s’effondrer, il ne se reconnaissait tout simplement pas.

"C’était une période très intense. Je me souviens qu’il m’était vraiment impossible d’expliquer aux gens à quel point j’étais mal parce que, de toute évidence, il y avait tellement d’excitation", a-t-il raconté au sujet de la campagne pour les Oscars. "Le film a eu un grand succès, je suis devenu assez célèbre, avec une situation financière confortable, et tout ce qui va avec. Et j’ai donc senti que je ne pouvais pas exprimer le degré de douleur dans lequel j’étais."

L’acteur a aussi évoqué la tournée promotionnelle d’Inception en 2010. A Paris pour présenter le long-métrage de Christopher Nolan, Elliott ne se voyait proposer que des robes par son manager.

"Porter des vêtements féminins devenait de plus en plus nuisible pour ma santé mentale. Il y avait tellement de journalistes et tant de premières partout dans le monde, et je portais des robes et des talons à quasiment chaque événement", a-t-il raconté. "Et là, d’un coup, j’ai craqué. C’était cinématographique vous savez, comme dans un film. Ce soir-là, à la soirée juste après la projection, je me suis effondré. C’est quelque chose qui m’est arrivé très souvent dans ma vie, et qui en général fait suite à une crise panique".

Ensuite, en 2014, la star avance et fait un premier coming-out lesbien, commence à porter des costumes sur les tapis rouges, produit des films sur des personnages LGBT et impose aux réalisateurs qui l’engagent de lui fournir une garde-robe masculine.

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Premiere Of Warner Bros. " ; Inception" ; – Arrivals © 2010 Getty Images

La transition : "Cela a changé ma vie"

La transition, une étape cruciale pour Elliot Page, qui a expliqué face caméra avoir choisi de subir une opération chirurgicale du buste, peu après son coming out. "Je veux que les gens sachent que non seulement cela a changé ma vie, mais je crois que cela sauve des vies et que c’est le cas pour tellement de gens", a-t-il dit.

Et lorsqu’Oprah lui demande quel moment de sa transition lui a procuré le plus de joie, le comédien est très ému et confirme que c’est sa mastectomie : "C’est une expérience tellement, tellement libératrice". Porter un t-shirt, avoir sa serviette autour de la taille en sortant de la douche ou encore toucher son buste, ces petits gestes qui l’ont fait "se sentir à l’aise dans [son] corps probablement pour la première fois".

 


 

Ouvrir la voie

Elliot Page n’a pas oublié de remercier les célébrités transgenres racisées qui lui ont ouvert la voie : notamment l’actrice Laverne Cox (Orange is the New Black) ainsi que Janet Mock (productrice et scénariste de Pose). Et les pionnières comme les activistes Marsha P. Johnson et Miss Major Griffin-Gracy.

Lui qui se voit comme un privilégié souhaite être une voix pour les franges plus marginalisées de sa communauté. Il a défendu ardemment l’Equality Act, un projet de loi qui modifierait le Civil Rights Act de 1964 en y incluant des protections pour la communauté américaine LGBTQ +.

 

" Dans beaucoup d’États, on peut encore être viré parce qu’on est gay, ou ne pas pouvoir se loger parce qu’on est trans. L’Equality Act permettrait à ces personnes d’être protégées, et les républicains ne veulent pas ça […] Je pense que les gens veulent effacer les personnes trans. Ils ne croient pas à notre existence et ne souhaitent pas qu’on existe. Maintenant, la stratégie est d’attaquer les enfants trans […] Ces enfants sont utilisés comme des pions pour combattre l’Equality Act, que les républicains ne veulent pas voir adopté. Je veux juste faire savoir à ces enfants qu’ils sont aimés. Et je vais continuer à essayer d’aider cette société à changer sa manière de traiter les personnes transgenres. "

La conclusion lui revient et porte naturellement sur les conséquences de son coming-out. Elliot Page pensait recevoir énormément d’amour et de soutien mais aussi énormément de haine et de transphobie, et c’est plus ou moins ce qui s’est passé. Et si un coming-out est encore aujourd’hui une prise de risque pour un acteur, il se réjouit de voir que les opportunités professionnelles continuent d’affluer. La star d’Umbrella Academy, dont la saison 3 est actuellement en tournage, voit désormais l’horizon dégagé : "J’ai vraiment hâte de jouer la comédie, maintenant que je suis totalement qui je suis, dans ce corps. Quels que soient les défis et les difficultés que cela représente, rien ne vaut le sentiment que je ressens aujourd’hui."

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