Le mystère du lac rempli de squelettes dans l'Himalaya

À 4800 mètres d’altitude dans la chaîne de l’Himalaya se trouve le lac Roopkund, connu pour les centaines de squelettes qui y ont été trouvés et dont on ne sait toujours pas expliquer l'origine.

D’une largeur de 40 mètres, il est gelé une bonne partie de l’année. En 1942, lorsque H.K. Madhwal, un gardien du parc national de Nanda Devi, est arrivé au lac dont la glace avait en partie fondu au printemps, c’est un spectacle macabre et effrayant auquel il a assisté. Des centaines de squelettes humains, certains encore avec de la chair en décomposition, émergent de ce qui est connu aujourd’hui comme le Skeleton Lake (le Lac des Squelettes).

Pendant des dizaines d’années, un nombre incalculable de théories diverses et variées ont tenté de percer le mystère des squelettes. Beaucoup pensaient que toutes les personnes étaient mortes en même temps dans un événement catastrophique il y a plus de 1000 ans.

Cependant, une nouvelle analyse génétique effectuée par des scientifiques en Inde, en Amérique et en Allemagne a renversé cette théorie. L’étude, qui a examiné l’ADN de 38 squelettes, indique que les squelettes ne datent pas d’une seule période mais que les dates de décès sont réparties sur un millénaire !

Les squelettes viennent de 3 lieux très différents

On en sait peu sur la provenance de ces squelettes. Des éboulements, les glaciers en migration et même des visiteurs humains ont perturbé et déplacé les restes, ce qui rend difficile de déchiffrer quand et comment les individus ont été enterrés, encore moins qui ils étaient. "Dans un cas comme celui-ci, cela devient impossible", a déclaré au New York Times Cat Jarman, bioarchéologue à l’Université de Bristol en Angleterre qui ne faisait pas partie de l’équipe de recherche.

L’analyse génétique a aidé à donner un sens au fouillis des os. Les chercheurs, dirigés en partie par Niraj Rai, un expert en ADN ancien au Birbal Sahni Institute of Palaeosciences en Inde, et David Reich, un généticien à l’Université de Harvard, ont extrait l’ADN des restes de 38 échantillons de squelettes et ont réussi à identifier 23 hommes et 15 femmes.

Après des comparaisons des matériels génétiques, les scientifiques ont pu séparer trois groupes génétiques distincts. Tout d’abord, 23 squelettes, hommes et femmes confondus, avaient des ancêtres comparables aux Sud-Asiatiques contemporains et se sont retrouvés dans le lac entre le 7e et le 10e siècle mais pas tous en même temps. Certains squelettes étaient plus anciens que d’autres donc ils n’ont pas tous été victimes d’un seul événement mortel.

Ensuite, le reste des squelettes date d’environ 1000 ans plus tard, entre le 17e et le 20e siècle, et se composent de deux groupes génétiques : un individu d’ascendance liée à l’Asie de l’Est et, curieusement, 14 personnes d’ascendance de la Méditerranée orientale.

"Cette découverte montre la puissance de la datation au radiocarbone, car on avait précédemment supposé que les squelettes de Roopkund Lake étaient le résultat d’un seul événement catastrophique", a déclaré Douglas Kennett, l’un des auteurs de la nouvelle étude, dans un communiqué de presse.

Le mystère reste entier

Parmi les théories, certains pensent qu’une guerre ou une maladie a pu décimer ces centaines de personnes mais les études contredisent ces idées puisque les squelettes ne présentent pas de traumas ou de signes de pathologies mortelles. Par contre, la théorie selon laquelle l’environnement difficile de haute altitude s’est peut-être avéré fatal, reste une hypothèse valable.

Une étude précédente, portant sur cinq échantillons de squelettes, en a trouvé trois avec des fractures de compression non cicatrisées, peut-être infligées par d’énormes grêlons, bien que cette conclusion soit sujette à débat. Dans tous les cas, sur plusieurs siècles, "il est difficile de croire que chaque individu est mort exactement de la même manière", a déclaré Éadaoin Harney, doctorante à Harvard et auteure principal de l’étude.

Les chercheurs notent que le lac Roopkund est situé sur une route connue des pèlerins hindous modernes, peut-être que certains sont décédés pendant l’ascension mais cela n’explique pas la présence d’individus venant de Méditerranée. Quoi qu’il en soit, ce groupe venait de quelque part loin du lac Roopkund, pour des raisons inconnues.

 

Même si les scientifiques savent maintenant que le lac contient les os de personnes de différentes régions du monde qui sont mortes à des moments différents, ils ne sont pas plus près de déterminer ce qui les a tués…