La marche, meilleure alliée des transports publics après la crise

La marche, meilleure alliée des transports publics après la crise.
La marche, meilleure alliée des transports publics après la crise. - © Ezra Bailey - Getty Images

Les transports en commun pourraient trouver leur salut après la crise sanitaire en faisant davantage marcher leurs usagers, explique Eric Chareyron, le directeur de la prospective de l'exploitant Keolis.

"Les transports publics peuvent être perçus comme anxiogènes par une partie des gens", déplore M. Chareyron, qui est chargé de l'étude des modes de vie et de l'évolution des mobilités à Keolis (une filiale de la SNCF).

La promiscuité inquiète les usagers des transports en commun

Des sondages et études comportementales, qu'il manipule à longueur de journée, revient toujours un souci concernant l'hygiène. "Il y a une grosse hantise à toucher les boutons et les barres d'appui", a fortiori dans un espace clos. "Il y a une volonté de dire : 'on voudrait la preuve que c'est bien nettoyé'", note-t-il, constatant que "le métro est plus mal vécu que le bus ou le tramway, qui sont en surface".

Autre préoccupation majeure : "la proximité avec des inconnus". "Paradoxalement, le fait d'être assis à côté de quelqu'un fait peur à peu de gens. Mais être debout fait peur : on est debout et on est avec des gens qu'on ne connaît pas !"

Ses dernières études montrent que les Français font beaucoup plus confiance à leurs proches, amis et connaissances. Et ils ont plus peur de prendre un tram où tout le monde est masqué que de participer à une fête d'anniversaire, quand bien même les risques d'infection par le coronavirus sont bien plus élevés dans la seconde situation.

S'il regrette cette "grande injustice", Eric Chareyron estime que les transporteurs doivent en prendre leur parti. "A nous de travailler sur les preuves d'hygiène et sur la façon d'apporter plus de confort à bord des véhicules. Et en même temps proposer des alternatives pour éviter que les gens se retrouvent avec du monde", avance-t-il.

Les opérateurs se sont déjà employés à nettoyer, nébuliser et désinfecter leurs véhicules, allant jusqu'à envoyer des brigades sur le terrain dans la journée pour rassurer les voyageurs.

Redonner le goût de la marche, notamment pour les courtes distances

Apporter plus de confort prendra plus de temps, remarque M. Chareyron. Il évoque un possible retour des bus à impériale, et surtout un travail de fond afin de "sortir de la logique de rationalité des temps de parcours" pour des trajets "plus confortables, quitte à ce qu'ils soient un peu plus longs".

Il s'agit essentiellement, selon lui, de "désaturer un peu" la charge sur les tronçons centraux et aux heures de pointe, sans forcément investir beaucoup. "On ne peut pas continuer à transporter des gens à certains moments avec autant de monde qu'il y en avait avant!"

Une possibilité est de travailler sur un vrai étalement des heures de travail, comme l'a fait l'université de Rennes en décalant les cours de ses étudiants, ce qui a permis d'économiser l'achat de deux rames de métro supplémentaires.

Eric Chareyron prône également "l'alliance de la marche et du transport public".

Marcher au lieu de prendre une correspondance pour une ou deux stations permet souvent d'éviter des tronçons chargés, notamment en centre-ville.

"Progressivement se crée le sentiment chez beaucoup de monde que c'est agréable..." "Finir à pied, tout le monde ne peut pas", admet-il. "Mais il faut au moins susciter cette envie-là."

Il faudra aussi prendre en compte les effets du télétravail, un changement de mode de vie qui pourrait générer d'autres besoins de déplacement en dehors des heures de pointe, indique M. Chareyron.

Vélo, télétravail : les tendances amorcées vont-elles perdurer ?

Le responsable s'appuie sur le travail de Keoscopie, un laboratoire d'observation des mobilités lancé en 2007 par Keolis, utilisant des vagues régulières de sondages en ligne, des entretiens avec des sociologues et l'analyse des traces des GPS.

Plus généralement, Eric Chareyron ne voit "pas beaucoup de choses nouvelles". Surtout "des amplifications de tendances préexistantes : la marche, le vélo, la combinaison des modes, l'envie de déménager et de changer de cadre de vie...".

Sur ce dernier point, il faudra confirmer le frémissement constaté. "On n'a aucune idée de la durée de la crise, de l'intensité et de la solidification des intentions de changement", reconnaît-il.