Globe-trotteurs à l'arrêt : avec le virus, la vie nomade devient "compliquée"

Globetrotteurs à l'arrêt : avec le virus la vie nomade devient "compliquée".
Globetrotteurs à l'arrêt : avec le virus la vie nomade devient "compliquée". - © Thomas Barwick - Getty Images

Sur la route depuis plusieurs années, ils ont dû s'immobiliser sur l'île de Djerba, dans le sud de la Tunisie, pour se confiner. Bastien et Audrey Laurent ne savent pas quand ni où ils pourront repartir, comme de nombreux globe-trotteurs à travers le monde.

Itinéraire chamboulé

"Nous sommes arrivés mi-janvier, après avoir traversé l'Italie, mais c'était encore le tout début de l'épidémie", explique Audrey. Le couple voyage avec ses deux enfants de 7 et 9 ans depuis 2017, après avoir tout vendu pour vivre à l'aventure.

Alors que le nouveau coronavirus commence à faire parler de lui en Europe, ils visitent la Tunisie à leur rythme. Le temps passant, les mesures se sont faites plus strictes : le gouvernement tunisien a fermé les frontières maritimes et instauré une quarantaine pour toutes les personnes arrivées récemment de l'étranger.

Le couple a décidé de retourner à Djerba, île désertée par les touristes, mais pourvue d'infrastructures de base, où ils ont des amis.

"On a décidé d'arrêter avant même que le gouvernement n'impose un confinement car on ne se voyait pas continuer à faire du tourisme avec le risque d'être des porteurs sains du virus : nous aurions pu apporter la maladie dans des zones reculées", poursuit Audrey. "On est les premiers à vanter les bienfaits du voyage mais il faut savoir s'arrêter", ajoute-t-elle

"On n'est pas à plaindre"

Les baroudeurs ont loué une maison juste avant que le gouvernement n'instaure de sévères restrictions de circulation pour ralentir la contagion. Un citerne fournit de l'eau douce, le confort est sommaire mais la Méditerranée turquoise s'étend à perte de vue : "C'est magnifique, franchement on n'est pas à plaindre", concède Audrey.

"C'est la première fois depuis longtemps qu'on va rester autant de temps au même endroit mais on continue à vivre dehors", explique Bastien.

Des milliers de touristes ont pris des vols spéciaux pour quitter la Tunisie et quelques centaines d'autres cherchent toujours à partir, avec difficulté : il n'y a plus de bateau et quasiment plus de vols.

Les Laurent ont décidé de rester, sans s'inquiéter d'être immobilisés. "Nous ne voulions pas laisser le camion derrière, et puis nous n'avons pas de domicile en France", souligne Audrey.

Un mois après le début de l'épidémie, 600 cas, dont 24 sont morts, ont officiellement été enregistrés jusque-là en Tunisie.

La carte solidaire

Parmi les nombreux voyageurs au long cours qui partagent leurs péripéties sur les réseaux sociaux, certains sont confinés en Espagne ou au Maroc, mais aussi en Indonésie, à Cuzco (Pérou), dans le sud de la Thaïlande ou encore en Tasmanie (Australie).

D'autres sont rentrés dans leur région d'origine, comme Kim, designeur graphique, et Marianne, traductrice et saisonnière dans le tourisme, qui vivaient dans un camion aménagé depuis 2017. Ils ont posé leurs bagages dans leur famille, dans le sud de la France.

Alertés sur les difficultés de certains nomades, ils ont lancé une initiative solidaire pour les aider à trouver un lieu où se confiner : ils ont répertorié sur une carte d'Europe demandes et offres de terrains pour s'installer temporairement.

"La police a expulsé des amis installés près d'un point d'eau en France. On s'est dit qu'il fallait aider ceux qui n'avaient pas d'autre domicile que leur van ou leur camping-car", explique Marianne.

Elle a reçu plus de 60 demandes (quelques familles et de nombreux jeunes qui voyagent à temps plein) et 200 offres de terrain, surtout en France mais aussi en Belgique, en Espagne ou en Grèce. Plus d'une dizaine de véhicules habités ont ainsi trouvé un lieu d'accueil où les voyageurs s'engagent à respecter les règles de confinement.

Un modèle à réinventer ?

Mais pour ceux qui, comme Bastien et Audrey, vivent en partie de leurs voyages, vendant photos, articles ou vidéos, "le mode de vie nomade va devenir compliqué, y compris économiquement".

Même une fois les frontières rouvertes, "il va y avoir plus de contrôles", estime Bastien.

"On s'attend à ce que la quatorzaine soit maintenue à l'entrée de chaque pays pendant un moment", reconnaît Audrey. Mais elle reste optimiste : "Je suis sûre que ça va rebondir, il faudra peut-être se réinventer mais je suis confiante".