Eurostar roule vers un nouveau record, malgré le Brexit

Eurostar a transporté 11 millions de passagers en 2018
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Eurostar a transporté 11 millions de passagers en 2018 - © CAMILLE DELANNOIS - BELGA

La compagnie transmanche Eurostar s’achemine cette année vers un nouveau record de fréquentation malgré les turpitudes du Brexit, et compte renforcer son réseau actuel avant sa fusion avec Thalys, explique son directeur général.

"Nous allons bien", résume Mike Cooper, rencontré à l’occasion des 25 ans de cette filiale de la SNCF qui fait circuler des trains à grande vitesse entre Londres et le continent.

L’année a été marquée par des incertitudes sur la date du Brexit, par "10 semaines dures" de grève du zèle des douaniers à la Gare du Nord à Paris, et "un été plutôt mou", déplore-t-il.

Mais, ajoute-t-il aussitôt, "en nombre de passagers, nous devrions être en hausse par rapport à l’année précédente" (pendant laquelle Eurostar avait battu son record de fréquentation), grâce à de bonnes ventes en fin d’année.

Le Brexit, annoncé à la fin janvier 2020, n’inquiète plus

Eurostar était prête pour la date butoir initiale du 31 mars, et le trafic devrait continuer à croître avec ou sans Brexit, dit-il.

"48% des Britanniques ont voté pour rester (dans l’Union européenne), et ce sont des gens qui veulent faire l’expérience de cultures étrangères. Ce sont des gens qui savent qu’ils doivent faire des affaires à Paris ou à Bruxelles ou à Amsterdam […]. Ces marchés vont perdurer, et se développer", estime-t-il.

"Paris et Bruxelles sont des marchés plus matures, mais nous pensons toujours qu’il reste encore des marges de croissance", note d’ailleurs le patron d’Eurostar.

La compagnie mise beaucoup sur la liaison Londres-Rotterdam-Amsterdam, qui n’est actuellement assurée que dans ce sens (il faut changer de train à Bruxelles en revenant des Pays-Bas), faute d’accord sur les contrôles d’identité et de sécurité.

Mike Cooper pense qu’il pourra lancer des Amsterdam-Rotterdam-Londres "dans les six mois". Son but est de gagner une part de marché pour le train "de 30 ou 40%" sur cette relation, contre "8 à 9%" actuellement.

Vers une fusion avec Thalys

Quant à une liaison Londres-Bordeaux (dont la faisabilité est actuellement étudiée par les différents gestionnaires d’infrastructures), il la juge "possible, mais pas nécessaire en ce moment". "Nous voyons suffisamment d’opportunités de croissance avec notre réseau existant", affirme-t-il.

Du moins pour l’instant, car l’idée est maintenant de fusionner Eurostar avec Thalys, une autre filiale de la SNCF qui assure les liaisons à grande vitesse entre Paris, le Benelux et le nord-ouest de l’Allemagne. "Nous sommes plus gros que Thalys, mais ce serait une fusion entre égaux", explique M. Cooper.

Eurostar a transporté 11 millions de passagers en 2018, et Thalys 7,5 millions. Leurs actionnaires (à commencer par la SNCF, majoritaire dans les deux) ont fixé la barre très haut, voulant passer à 30 millions pour leur combinaison. "Je pense qu’il est rare que les actionnaires soient aussi audacieux, ou aussi agressifs, lorsqu’ils envisagent une fusion", selon le responsable.

Pour atteindre cet objectif, il faudra sans doute assurer plus de fréquences sur les relations existantes et ouvrir de nouvelles routes, par exemple vers l’Allemagne depuis Londres.

 

De nouveaux trains sur les rails ?

Quant à savoir si une commande de nouveaux trains est à prévoir, il reste prudent : "Clairement, nous pouvons utiliser davantage les trains (existants). Nous n’avons pas encore déterminé si ça sera suffisant."

La fusion devrait se faire "au début de 2021", en fonction du feu vert de la Commission européenne, selon M. Cooper.

Ni le siège de la future entité (Eurostar est actuellement basée à Londres et Thalys à Bruxelles), ni la marque qui serait choisie au final n’ont encore été décidés. "Nous en sommes encore au début", note-t-il.

La compagnie Eurostar, lancée le 14 novembre 1994, est détenue à 55% par la SNCF, à 40% par le consortium Patina Rail (composé pour 30% de la Caisse de dépôt et placement du Québec et 10% du fonds britannique Hermes Infrastructure) et à 5% par la SNCB belge.