Coronavirus : l'Hôtel Sacher de Vienne veut toujours écrire sa légende en famille

Malgré la pandémie, l'Hôtel Sacher de Vienne veut toujours écrire sa légende
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Malgré la pandémie, l'Hôtel Sacher de Vienne veut toujours écrire sa légende - © ALEX HALADA - AFP

Depuis l'émergence en Autriche de la pandémie de coronavirus, le célèbre Sacher, qui fait face à l'Opéra, tente de traverser la crise en s'inspirant des exemples de résilience hérités de sa longue tradition impériale et royale.

Fleurs fraîches et plumes d'Autruche couleur corail: pour ses cinq clients, le dernier palace de Vienne à gestion familiale prépare l'Avent avec la coutumière exigence qui sied aux vieilles maisons européennes.

"Bien des épreuves ont été traversées depuis la création de la marque et notre famille prévoit toujours à long terme", explique son directeur général, Matthias Winkler.

Le mythique établissement mise sur les bons résultats des années précédentes et les aides publiques pour faire le dos rond alors qu'il doit composer avec l'absence de sa riche clientèle internationale, tout comme les palaces new-yorkais qui pleurent la jet-set près des années de boom.

D'ordinaire, cette dernière lui assure 92% des 23.000 nuitées annuelles, dans les 152 chambres et suites pastel à l'ordonnance raffinée dont les prix varient entre 400 et 2300 euros en basse saison.


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Comme tous les hôtels du pays, le Sacher ne reste ouvert actuellement que pour les rarissimes voyages d'affaires autorisés. Alors que dans d'autres pays comme la Belgique ou la France, certains hôtels ont pu développer une nouvelle offre de jour qui leur permet de maintenir un minimum d'activité.

Une gestion à taille humaine qui pourrait faire la différence

Coup dur pour la vénérable enseigne, transmise de génération en génération et faisant maintenant figure d'exception dans l'impitoyable marché mondial des cinq étoiles, où les géants du luxe continuent leurs emplettes.

"La gestion à taille humaine va tourner à notre avantage", veut croire M. Winkler, gendre de la précédente maîtresse des lieux, elle-même simple "passeuse" dans cette institution patinée par le temps.

"Ici, on tranche les décisions en réunion de famille, sans prise d'ordre depuis l'étranger", s'enorgueillit le capitaine en pleine tempête, avant d'inviter à un voyage dans le temps.


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De la pâtisserie à l'hôtellerie, une histoire familiale

L'épopée débute en 1832, avec beaucoup de cacao et ce qu'il faut de chantilly. Un jeune pâtissier, Franz Sacher, se voit commander un gâteau qui fera fureur à la cour. Quarante-quatre ans plus tard, son fils ouvre l'hôtel actuel, mais c'est à sa visionnaire épouse que la maison doit une renommée sans égale.

Que l'on soit chef d'orchestre, banquier, danseuse, écrivain, parlementaire, comte, industriel ou ambassadeur tiré à quatre épingles en prévision d'un bal, on "descend chez Anna".


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Deux guerres mondiales et la chute des Habsbourg n'ont pas eu raison de ces festivités mondaines. Romy Schneider, Noureev, le Prince Charles, Jessye Norman... Le lobby se couvre encore des photos dédicacées d'une grandeur un peu nostalgique.

Au fil des décennies, l'hôtel pousse les murs. Désormais, il occupe six immeubles néo-classiques dans le cœur de la cité classée à l'Unesco.

La pâtisserie mythique toujours disponible en drive-in

Décidément, les drive-in ont la cote dans la situation mondiale actuelle : des maisons hantées japonaises aux rave party aux USA, on en croise de plus en plus !

C'est un peu de la légende de l'ancienne Vienne que viennent chercher les Viennois en emportant une "Sacher Torte" au drive-in mis en place sur le trottoir, à l'occasion du confinement, dans une roulotte façon barbe à papa de foire. 

"J'ai entendu dire à la télé qu'on pouvait passer en voiture s'acheter un gâteau et repartir", dit une cliente en se frottant les mains. "J'ai trouvé l'idée fantastique : comme on ne peut plus voyager, je vais en envoyer un à ma tante en Allemagne pour ses 65 ans de mariage", énonce avec gourmandise Claudia Bednar au moment de payer.

Même si tout tourne au ralenti, "une partie de l'histoire de l'Autriche repose toujours entre nos mains", souffle la directrice adjointe Doris Schwarz.

"Plus que jamais, il s'agit d'être à la hauteur", affirme-t-elle sous l'imposant portrait de matriarche représentant Anna Sacher, gros cigare à la main, deux bouledogues à ses pieds.