Ces fenêtres de distanciation pour servir du vin et se protéger de la peste

Ces fenêtres de distanciation pour servir du vin mais se protéger de la peste
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Ces fenêtres de distanciation pour servir du vin mais se protéger de la peste - © TIZIANA FABI - AFP

Les Florentins du XVIe siècle tombaient comme des mouches à cause de la peste. Du coup, les survivants ont noyé leurs peurs dans le vin tout en se protégeant de la maladie grâce à de petites fenêtres dont on redécouvre l’utilité en ces temps de distanciation sociale.

Les petites "fenêtres à vin" sont disséminées dans la capitale toscane à côté des grandes entrées de somptueux palais, où les familles riches vendaient de l’alcool aux clients assoiffés, passant les verres par les fenêtres aux passants.

Au fil du temps, les ouvertures, de seulement 30 centimètres de hauteur et 20 centimètres de largeur, sont tombées dans l’oubli mais la pandémie du COVID-19 leur a donné une seconde vie, les bars les utilisant pour servir des cocktails glacés, des cafés ou des verres de vin.

Ils permettent aux établissements durement touchés par le confinement d’attirer les clients tout en respectant les règles de distanciation sociale.

Des fenêtres créées pour contrecarrer les lois

Les fenêtres sont antérieures à la peste et n’ont pas été créées dans le but de garantir la sécurité de tous même si c’est cette fonction que l’histoire retiendra principalement. D’après le savant Massimo Casprini, elles ont été créées par la famille Médicis, après son retour au pouvoir en 1532.

La célèbre dynastie politique "voulait promouvoir l’agriculture, a donc encouragé les grands propriétaires florentins à investir dans les oliveraies et les vignobles… tout en leur accordant des allégements fiscaux pour vendre leur production directement en ville", a-t-il expliqué à l’AFP. Mais les propriétaires terriens n’étaient autorisés à vendre que le vin qu’ils avaient eux-mêmes produit, et seulement 1,4 litre à la fois, ce qui élimina les intermédiaires.

Les propriétaires ont donc pu vendre leurs productions directement au client, depuis leur propriété et à travers ces petites fenêtres pour pouvoir contrecarrer les limitations : "La fenêtre était fermée avec un panneau en bois, le client frappait avec le heurtoir, et le marchand de vin à l’intérieur prenait la bouteille vide et la remplissait", explique Casprini. "Cela signifiait pas de contact direct", et donc pas de preuve d’avoir vendu plus d’1,4 litres.

La distanciation sociale assurée

À ce jour, 267 fenêtres ont été redécouvertes en Toscane, dont 149 dans le centre de Florence. Mais "il y en avait beaucoup plus", explique Casprini. "Presque tous les propriétaires terriens en avaient un, mais beaucoup d’entre eux ont été détruits, en particulier lors des bombardements de la Seconde Guerre mondiale".

D’autres ont été murées, mais peuvent encore être repérées par leurs cadres distinctifs en grès gris ou en pierre creusée dans les carrières de la ville pittoresque voisine de Fiesole.

Une association appelée "Le buchette del vino" ("Le trou du vin") catalogue maintenant les fenêtres, plaçant des plaques sous chacune d’elles. Son site Web fournit aux observateurs curieux une carte interactive.

Bien qu’elles soient protégées par la loi, Casprini a déclaré que trois fenêtres "ont déjà disparu" depuis son premier recensement en 2005. Celles qui restent sont utilisées de nombreuses manières, des écoutilles originales dans les bars ou les cafés, aux présentoirs de magasin et même aux petits sanctuaires catholiques.