Avec le coronavirus, le modèle Airbnb "prend une claque"

Avec le coronavirus, le modèle Airbnb "prend une claque".
Avec le coronavirus, le modèle Airbnb "prend une claque". - © martin-dm - Getty Images

Au pied de l'Acropole, le quartier athénien de Koukaki d'ordinaire prisé des touristes du monde entier fait grise mine depuis la pandémie, avec ses terrasses et allées piétonnes désertées et ses logements Airbnb vidés de leur clientèle.

Dans la capitale grecque comme dans toutes les autres en Europe, l'arrêt des liaisons aériennes et la crise sanitaire planétaire ont mis un coup d'arrêt aux séjours touristiques, au sortir d'une décennie de crise. Les centaines de petits propriétaires qui avaient choisi de louer leurs biens sur Airbnb pour compléter leurs revenus sont directement touchés.

"Il y a eu un arrêt brutal des réservations", se lamente Romina Tsitou, propriétaire de deux logements à Koukaki qu'elle loue sur Airbnb depuis 2014. "J'espère ne pas avoir à mettre mes logements sur le marché locatif classique mais je vais peut-être y être contrainte si la situation s'éternise", redoute la propriétaire, qui a mis ses appartements à disposition du personnel hospitalier.

Des propriétaires contraints de passer à la location longue durée

Le bail de longue durée est une "véritable tendance de fond", estime Patrick Tkatschenko. Cet agent immobilier à Athènes, membre de la Fédération de l'immobilier de Grèce (OMASE), a été contacté, ces dernières semaines, par plusieurs propriétaires désireux de se lancer sur le marché locatif classique.

Une étude réalisée par Spitogatos, première plateforme d'annonces immobilières en Grèce, révèle une nette augmentation des biens locatifs sur le marché classique au cours du mois d'avril. À Athènes, elle dépasse 30% dans plusieurs quartiers du centre.

Le PDG de Spitogatos pense "que la proportion de propriétaires optant pour la location longue durée va continuer d'augmenter : c'est un choix plus sûr".

A Athènes, 88% des annonces sur Airbnb correspondent à des logements entiers, selon Inside Airbnb, site internet d'analyse de la plateforme américaine. Le recours au marché locatif classique devient alors une solution.

Il permettra en outre d'assainir un marché immobilier en déficit de locations à long terme en raison de l'explosion des appartements touristiques proposés sur Airbnb ces dernières années. Pour M. Paradias, "le nettoyage qui va s'opérer avec la crise du Covid-19 est nécessaire".

Pour Airbnb, "la crise la plus douloureuse de notre vie"

La plateforme américaine, "durement touchée" par la pandémie, a annoncé mardi le licenciement du quart de ses 7.500 salariés. "Nous traversons collectivement la crise la plus douloureuse de notre vie", a admis le patron d'Airbnb, Brian Chesky.

Airbnb, qui a son siège à San Francisco, affichera en 2020 un chiffre d'affaires "de moins de la moitié" de celui de 2019 et reconnaît ne pas savoir "quand les voyages reprendront". "Quand ils l'auront fait, ce sera différent", estime Brian Chesky, qui promet de revenir aux "racines et aux bases" de l'entreprise.

Car pour beaucoup, l'appartement touristique, à la différence des hôtels, a encore des belles années devant lui en permettant au client de s'isoler en toute sécurité.

Un rebond grâce au besoin de sécurité des voyageurs ?

A Barcelone, Enrique Alcantara n'est pas inquiet pour l'avenir d'Airbnb et veut croire au "triomphe" de l'appartement touristique. Le président d'Apartur estime que l'appartement touristique "va s'adapter plus facilement aux nouveaux temps qui arrivent, aux nouveaux besoins des touristes, surtout en matière de sécurité".

"Les voyageurs vont privilégier des appartements privés pour se sentir plus en sécurité par rapport à des hôtels, où ils se retrouveront en interaction avec plus de monde", estime le président de la Fédération Hellénique de la Propriété.

"Les appartements qui vont réussir à rester sur le marché courte durée devraient même bien rebondir", pense M. Paradias, car "la Grèce, considérée comme l'un des pays sûrs grâce à sa gestion du Covid, devrait bénéficier d'un retour des touristes plus rapide qu'ailleurs".

En France également, Airbnb s'attend à voir les réservations repartir en flèche cet été grâce à la clientèle domestique car les Français passeront leurs vacances dans leur pays.