Quid de l'été ? Argelès-sur-Mer, "capitale" du camping, retient son souffle

"Normalement, en avril, le taux d'occupation était déjà de plus de 50%", souffle, amère, Joëlle Faille, la gérante du camping Le Front de Mer, qui peut héberger dans cette station des Pyrénées-Orientales jusqu'à 2.000 touristes. Sous une fine pluie, les dauphins décoratifs et toboggans bordant la piscine, et les longues allées de mobile homes vides font planer sur le camping une ambiance fantomatique.

Quel déconfinement pour les campings ?

Dans son allocution dimanche sur la période de déconfinement liée à l'épidémie de coronavirus, le Premier ministre français n'a pas abordé la question de l'hôtellerie de plein air. "On ne sait pas si on va faire la saison, quoi dire aux clients... On est suspendu à une annonce du gouvernement", explique Mme Faille, qui gère ce camping avec son mari depuis près de 50 ans.

Autour d'elle, sa petite équipe de salariés continue à travailler, répondant aux nombreux mails et coups de fils des vacanciers, dont les réservations avaient commencé à se faire depuis novembre.

Pour Antoine Parra aussi, le maire de cette commune frontalière de l'Espagne, l'été approche avec un "manque de lisibilité encore important". "Mais penser que la saison estivale n'aura pas lieu est inenvisageable. Si Argelès mettait un genou à terre, beaucoup trop de monde serait impacté", dit-il.

S'adapter pour ne pas mourir

En effet, la ville méditerranéenne de 10.500 habitants en hiver, voit sa population multipliée par près de 15 en été grâce au tourisme, dont les retombées économiques se chiffrent à quelque 280 millions d'euros par an. "Et si les hébergeurs n'ouvrent pas, la station balnéaire ne peut pas fonctionner", assène Jean-François Bey, président pour les Pyrénées-Orientales et l'Occitanie de la Fédération de l'hôtellerie de plein air.

Avec sa cinquantaine de campings et 13.000 emplacements, la cité catalane est toujours connue comme "capitale européenne du camping" qu'elle fut jadis même si aujourd'hui, elle n'arrive qu'en 4e ou 5e position, selon M. Bey.

Pour lui, le "pari" pour les campings est de "trouver le juste milieu entre contraintes sanitaires et clientèle satisfaite".

"Et pour résoudre cette équation, il faut 'exploser' l'effet de masse, en revoyant totalement notre offre", dit-il, citant en exemple des horaires échelonnés pour la restauration ou la mise en place d'un service de livraison dans les mobile homes.

La capacité d'adaptation dépendra, selon lui, du niveau de contraintes imposées par le gouvernement, mais également de la nature de l'établissement. Les plus petites structures ou les campings qui avaient l'habitude d'accueillir une importante clientèle étrangère "pourraient estimer que ne pas ouvrir cette année est la moins pire des solutions".

Une offre modifiée

Mme Faille va même plus loin : "Si après le départ des touristes, il faut défaire entièrement le mobile home, le désinfecter et attendre 24 heures avant de le relouer.... Et comment faire pour la piscine ? Les blocs sanitaires ?", s'interroge-t-elle. "C'est pas jouable", lance, dépitée, la gérante du camping, qui a investi cette année plus de 100.000 euros dans des travaux de rénovation.

Dans un autre camping d'Argelès-sur-Mer, Les Galets, le gérant Manuel Bey est plus optimiste. "Les réactions de nos vacanciers, via les réseaux sociaux et les mails qu'on reçoit, sont encourageantes. Ils sont davantage inquiets de savoir s'ils auront le droit de venir profiter de leur séjour, plutôt que des conditions sanitaires", dit-il, assurant que les touristes n'avaient pour la plupart pas annulé leurs réservations.

Avec une clientèle à 90% citadine qui aura passé près de deux mois confinée, il réfléchit aux solutions qu'il pourrait leur proposer, tout en respectant "les meilleures conditions d'hygiène":  balades en mer ou en montagne, remise en forme, yoga... Un pari auquel il veut croire, malgré des pertes de "minimum 50% de notre chiffre d'affaire cette année dans le meilleur des scénarios, c'est-à-dire en considérant une ouverture fin mai, début juin".