New York prête à faire revivre son "île des morts", longtemps inaccessible

New York prête à faire revivre son "île des morts", longtemps inaccessible
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New York prête à faire revivre son "île des morts", longtemps inaccessible - © AFP/GETTY

C'est l'une des îles les plus méconnues de New York: Hart Island, surnommée "l'île des morts" pour ses fosses communes où reposent près d'un million de New-Yorkais, devrait bientôt ouvrir au public après avoir été quasiment inaccessible pendant des années.

Le cimetière des pauvres et des exclus

Depuis 1869, cette île de 50 hectares à l'est du Bronx, sert de tombe aux pauvres et aux indigents, y compris des centaines de milliers d'enfants, mais aussi à de nombreux malades du sida morts au début de l'épidémie dans les années 80, à une époque où ils étaient souvent rejetés par leurs proches ou refusés par d'autres cimetières.

Quelque 1.200 personnes sont encore enterrées à Hart Island chaque année, la plupart du temps par des prisonniers amenés depuis la prison de Rikers Island toute proche.

Car l'île était jusqu'ici gérée par la direction des prisons new-yorkaises, qui n'autorisait les visites qu'au compte-gouttes et seulement depuis 2007: c'est à compter de cette date que les proches des personnes inhumées sur l'île ont pu s'y rendre, même si elles ne pouvaient observer les tombes que de loin.

Après une plainte au civil, leurs droits à des visites plus régulières avaient été reconnus en 2015. Mais ils restaient dépendants d'un calendrier fixé arbitrairement par la direction des prisons, limité à 2 jours de visites par mois.

Le public, lui, était banni. Seuls les journalistes pouvaient participer à des visites organisées sous étroite surveillance, deux fois par an.

 

De la dignité pour les défunts et leurs familles

La décision entérinée la semaine passée par le maire de New York Bill de Blasio est une grande victoire. Elle transfère la gestion de Hart Island à la direction des parcs new-yorkais et prévoit l'ouverture de l'île au public et des ferries réguliers pour la desservir, dans des conditions qui restent à préciser d'ici 2021.

"C'est une étape majeure dans le combat pour faire de Hart Island un cimetière digne (...) et alléger le fardeau de ceux qui veulent rendre hommage à leurs proches", s'est félicité le président du conseil municipal, Corey Johnson.

A partir de 2021, tous ceux qui le souhaitent devraient pouvoir se rendre régulièrement, comme dans tout parc public, sur cette île peuplée de biches et d'oies en liberté, où viennent nicher les balbuzards ou se prélasser les phoques.

Le texte devrait permettre de "lever les stigmates liés aux enterrements municipaux", s'est réjouie Melinda Hunt, qui se bat depuis 30 ans pour rendre le cimetière plus accessible.

Les visiteurs y  trouveront de petits marqueurs blancs, indicateurs de fosses communes renfermant chacune les dépouilles soit de 150 adultes, aux cercueils empilés trois par trois, soit de 1.000 enfants, empilés cinq par cinq. Les cercueils sont généralement anonymes, désignés uniquement par des numéros. Il n'y a aucune pierre tombale.

Le patrimoine d'un "terre sacrée" en danger

Parmi les morts de Hart Island, on trouve toutes sortes de nationalités, y compris des Chinois, des Nigérians ou des Népalais, a expliqué le chapelain Justin von Bujdoss.

"Hart Island représente un échantillon de la diversité new-yorkaise et en cela, elle mérite vraiment d'être considérée comme une terre sacrée", dit-il.

Chaque année, 40 à 50 cercueils sont exhumés - parfois 15 ans après avoir été enterrés - lorsque des parents retrouvent les traces d'un proche et font transférer sa dépouille ailleurs.

L'histoire de l'île est riche: elle fut camp de prisonniers pour les confédérés pendant la Guerre de Sécession, asile psychiatrique, sanatorium pour tuberculeux, prison pour adolescents et même base de missiles pendant la Guerre froide.

Mais la plupart des bâtiments de l'île sont aujourd'hui en ruines et il faudra beaucoup d'argent pour les restaurer.

L'érosion, aggravée par l'ouragan Sandy, qui frappa New York en 2012, a aussi abîmé les rives et déterré certains ossements, au nord de l'île, nécessitant l'intervention d'archéologues, en attendant un projet de fortification des côtes en cours.