Malgré le virus, le Japon fête les fleurs de cerisier, "joie du printemps"

Des dizaines de milliers de promeneurs, beaucoup portant des masques, comme c'est le cas de toute façon au printemps au Japon en raison des allergies au pollen, se sont pressés ce week-end dans les parcs et les allées
Des dizaines de milliers de promeneurs, beaucoup portant des masques, comme c'est le cas de toute façon au printemps au Japon en raison des allergies au pollen, se sont pressés ce week-end dans les parcs et les allées - © Behrouz MEHRI/AFP

Les cerisiers sont en fleurs et, malgré les mises en garde contre le coronavirus, les Japonais se rendent massivement pour admirer l'éblouissant spectacle de blanc et de rose, certains s'adonnant au traditionnel pique-nique, vivement déconseillé cette année par les autorités.

Un printemps précoce

La semaine dernière, l'agence de météorologie japonaise (JMA), qui surveille de près les petits bourgeons, avait déclaré l'ouverture de la saison de floraison à Tokyo. Jamais le signal de départ n'avait été donné aussi tôt depuis que ces statistiques florales ont été instaurées en 1953.

Les branches nues des arbres ont soudain fait généreusement don d'une explosion pastel, lançant le début du "hanami", la coutume japonaise de contempler la beauté des fleurs de cerisiers fraîchement écloses.

Des dizaines de milliers de promeneurs, beaucoup portant des masques, comme c'est le cas de toute façon au printemps au Japon en raison des allergies au pollen, se sont pressés ce week-end dans les parcs et les allées, en se prenant en photo devant les arbres ou en s'essayant à de gros plans artistiques des fleurs.

Privés de pique-nique

Quelque 800 cerisiers étaient en pleine floraison dans le parc central d'Ueno, en temps normal grand lieu tokyoïte des pique-niques de printemps souvent copieusement arrosés d'alcool en famille, entre amis ou entre collègues de bureau.

Les deux côtés de l'allée principale étaient gardés par un cordon affichant "zones sans pique-nique".

Dans le quartier d'Ichigaya, sur une longue allée piétonne bordée de cerisiers surplombant un canal, une pancarte invitait poliment les promeneurs à s'"abstenir de se régaler de nourriture et de boissons" sous les cerisiers en fleurs. Le petit panneau priait aussi de "ne pas oublier de porter des masques en parlant et marchant".

A Ueno, des haut-parleurs diffusaient des messages mettant en garde contre les rassemblements et l'on ne voyait pas ces grands pique-niques d'entreprises d'usage pendant la saison. Mais nombre de petits groupes étaient visibles, ou des couples assis tout près l'un de l'autre.

Célébrer la vie, malgré tout

La floraison des cerisiers symbolise dans la culture japonaise la fragilité de la vie, le caractère éphémère de l'existence.

Car les fleurs ne sont pleinement épanouies que pendant une semaine, avant que leurs pétales ne s'éparpillent tandis que des feuilles vert tendre envahissent les branches des arbres.

C'est aussi une rentrée d'argent considérable pour les commerces et restaurants, qui offrent mets et produits sur le thème de la couleur des délicates petites fleurs. Mais le coronavirus a bouleversé la donne. De nombreuses écoles ont été fermées et les entreprises ont demandé à leur personnel de travailler à domicile. Des chercheurs de l'université du Kansai prévoient une chute de près de 40% du chiffre d'affaires des commerces liés aux festivités de hanami à travers l'archipel cette année.