Les touristes, aubaine et malédiction au pays du Père Noël et des Lapons

Ils sont des centaines de milliers à converger dans cette immense toundra dans l'espoir d'y rencontrer le "vrai" Père Noël, d'apercevoir une aurore boréale ou de fendre le froid en traîneau.

Un juteux marché touristique

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Les touristes, aubaine et malédiction au pays du Père Noël et des Lapons. © sara_winter - Getty Images/iStockphoto

L'afflux de visiteurs en Laponie ne cesse de croître année après année: 2,9 millions de nuitées ont été enregistrées l'an dernier, contre 2,2 millions en 2010.

"Les chiens de traîneau et les longues randonnées sont plébiscités par les touristes français, les Britanniques sont particulièrement intéressés par la moto-neige, les Asiatiques préfèrent les aurores boréales", explique Sanna Kärkkäinen qui dirige l'office du tourisme de Rovaniemi.

Le nombre de touristes chinois a quadruplé depuis 2015, pour atteindre 45.000, et devrait encore tripler au cours de la prochaine décennie.

Ils profitent de la multiplication des vols de la compagnie nationale Finnair entre l'Asie et l'Europe, via la capitale Helsinki. Les pays du Moyen-Orient montrent aussi un appétit croissant. "Cette semaine nous avons eu le premier vol direct de Turkish Airlines en provenance d'Istanbul, ce qui, automatiquement, ouvre Rovaniemi à 20 nouveaux pays", se réjouit Sanna Kärkkäinen.

Les Sames en butte aux préjugés

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Les touristes, aubaine et malédiction au pays du père Noël et des Lapons. © JellisV - Getty Images/iStockphoto

Bien que la manne touristique ait ramené le chômage à Rovaniemi à son plus bas niveau depuis 30 ans, le tourisme de masse suscite l'inquiétude parmi la population, qui chérit sa tranquillité et son rapport privilégié à la nature. Présents depuis trois millénaires dans les contrées inhospitalières de l'Arctique en Finlande, Norvège, Suède et Russie, les Sames voient d'un mauvais œil l'essor du tourisme industriel.

Selon eux, il reproduit les pires préjugés à leur encontre et fait du chiffre à leurs dépens sous couvert de traditions et d'artisanat présentés comme "indigènes".

Des représentants de la communauté accusent des opérateurs touristiques de se faire passer pour Sames ou de vendre des articles ou des attractions leur prêtant des pouvoirs magiques ou les peignant en peuple primitif. Les Sames reprochent aussi aux chiens de traîneau, si prisés, d'effrayer leurs troupeaux, au même titre que les éoliennes, les centrales hydroélectriques et l'industrie minière.

Contrer le réchauffement climatique?

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Les touristes, aubaine et malédiction au pays du père Noël et des Lapons. © Janus_Orlov - Getty Images/iStockphoto

L'isolement géographique et les longues distances intérieures favorisent les émissions de gaz à effet de serre dans une région qui accuse un rythme de réchauffement deux fois plus rapide que la moyenne mondiale.

La région envisage de faire payer les touristes d'une manière ou d'une autre pour limiter les émissions et financer les transports publics.

Le raccourcissement des hivers commence déjà à se faire ressentir ici. L'an dernier, des opérateurs ont dû renoncer à certaines activités faute de neige en novembre.