Les Bouchons lyonnais ressuscitent le "mâchon" matinal, un contre-feu au couvre-feu

Les Bouchons lyonnais renouent avec la tradition du "mâchon", un repas de cochonnailles bien arrosé à déguster le matin.
Les Bouchons lyonnais renouent avec la tradition du "mâchon", un repas de cochonnailles bien arrosé à déguster le matin. - © jfbenning/IStock.com

Dix heures du mat', pas de croissants, mais une andouillette ou du jambon persillé !

Privés de clients le soir par le couvre-feu, les Bouchons lyonnais renouent avec la tradition du "mâchon", un repas de cochonnailles bien arrosé à déguster le matin.

Andouillette au petit déjeuner

Au "Poêlon d'Or", au cœur de Lyon, l'ambiance est très joyeuse en cette matinée pluvieuse. Sur la table de ce bouchon plus vrai que nature, de bonnes bouteilles côtoient des plats de saucisson poché au vin rouge, de savoureuses bouchées d'andouillette et purée ou de la cervelle des canuts (un fromage frais aux herbes), dévorés avec appétit par les convives de ce "brunch" version lyonnaise...

"Même si on a le sourire, la situation est compliquée. On s'adapte aux horaires qu'on nous impose. On essaie, notamment avec le mâchon, de trouver des solutions et de garder le moral !", explique son patron, Yann Lalle. "Le restaurant, c'est le dernier espace de liberté et de convivialité par les temps qui courent. On ne peut plus voyager, sortir..."


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"Ce type de rendez-vous peut avoir du succès", renchérit Benoît Josserand, patron d'un autre bouchon, "Le Café du Jura", et président de l'association Les Bouchons lyonnais, à l'origine de ce "revival" du mâchon pour tenter en fin de semaine de contrer (un peu) l'absence de soupers.

Un second coup dur après le confinement du printemps

Ils sont une dizaine de restaurateurs de l'association à remettre au goût du jour cette tradition lyonnaise, à des horaires inhabituels d'accueil des clients, pour réinsuffler de la convivialité malgré la crise sanitaire et la situation économique si difficile pour eux.

"C'est en décalage par rapport à d'habitude, mais ça passe très bien !", s'exclame Benoît Quiblier, producteur de tripes et partenaire de l'association, en levant son verre.

Oubliant quelques instants sa jovialité naturelle, Yann Lalle déplore les restrictions imposées par la crise sanitaire. "On commençait tout juste à redresser la barre et là, patatras, le couvre-feu. La douche froide !"

"On nous sacrifie le soir. Pour les restaurateurs, c'est la prestation la plus intéressante en termes de marge et de profit", relève-t-il.

Pour l'instant, il propose le mâchon les vendredis et samedis matin.


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Pour M. Lalle et ses confrères, "la première vague a été dure à surmonter, la deuxième, ça risque d'être catastrophique". Pourtant, remarque-t-il, aucun cluster n'a jamais été détecté dans un restaurant. "Nous respectons strictement les gestes barrières."

Pour garder le moral, "bouchonnons et mâchonnons ensemble !"

La coutume du mâchon vient des canuts, ces tisserands de soie de la Croix-Rousse, sur les hauteurs de Lyon, qui partageaient ces repas dès l'aube, après des heures de labeur.

Avant l'épidémie, au "Poêlon d'Or", "on servait des mâchons dans la pure tradition, avec des vignerons qui venaient faire découvrir leurs vins". "C'était, avoue le patron, beaucoup plus agité et festif, on passait de table en table, on s'échangeait les plats. Avec les mesures sanitaires, ce n'est plus possible."

Alors, pour garder le sourire, "cultivons nos traditions, bouchonnons et mâchonnons ensemble !", lance Yann Lalle en forme de cri de guerre gourmand...