Ecosse : des villageois veulent reprendre le contrôle du pub le plus isolé du Royaume-Uni

Dans une péninsule sauvage de l’ouest de l’Écosse, les habitants du petit village de pêcheurs d’Inverie espèrent reprendre le contrôle du pub du village, le plus isolé du Royaume-Uni, et retrouver un lieu qui avait fini par faire la part trop belle aux touristes.

Un îlot de convivialité au cœur des Highlands

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Les bords du Loch Nevis © Afp or licensors

"The Old Forge", qui borde le Loch Novis à l’extrémité de la péninsule de Knoydart, n’est accessible qu’après un voyage d’une demi-heure en bateau ou en deux jours de marche du village le plus proche, à travers les paysages accidentés des Highlands, dans une zone considérée comme "la dernière étendue sauvage" du pays.

"C’est plus qu’un simple pub et un endroit où aller pour manger et boire un verre", confie une habitante, Stephanie Harris, 31 ans. "C’est un lieu de rassemblement pour la communauté, un endroit où les habitants et les visiteurs peuvent se rencontrer."

Stephanie, qui habite dans le village de 90 habitants depuis ses deux ans, se souvient de la place importante qu’a occupée le pub dans sa vie : "On y fêtait les anniversaires, on y organisait des fêtes pour Halloween et plein de choses comme ça".

Le pub local a-t-il perdu son âme ?

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Jean-Pierre Robinet se bat pour son pub © Afp or licensors

Doté d’une vue panoramique sur la baie et même d’une hélisurface, le cottage aux murs blancs construit en 1880, d’une capacité de 65 couverts, a été acquis il y a près de dix ans par un Belge, Jean-Pierre Robinet, 51 ans.

Il l’a mis en vente en début d’année pour 425.000 livres (plus de 492.000 euros), une somme que les habitants essaient de rassembler au moyen d’un financement participatif et de fonds publics.

Ces dernières années, les relations entre le tenancier et les villageois s’étaient détériorées. Au point que ces derniers se retrouvent désormais dans une cabane en bois voisine, érigée en troquet concurrent, s’approvisionnant en boissons dans un magasin local.

Ils reprochent au propriétaire de refuser de les servir, préférant, selon, eux attirer les touristes plus aisés dans son restaurant, qui pratique des prix londoniens, que cultiver l’esprit de communauté.

En outre, déplorent-ils, le pub ferme en hiver, quand les habitants ont besoin d’un endroit chaud où se retrouver. Et il n’y a pas d’alternative, aucune route terrestre ne menant à Inverie.

Pour Jo Firminger, 60 ans, directrice d’entreprise à la retraite, membre du comité constitué pour reprendre le pub, il ne fait aucun doute que l’établissement doit redevenir "le centre de la communauté".

Le village se cotise pour racheter l’établissement

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Même le chien y va de son charme © Afp or licensors

Ce ne serait pas une première pour Inverie, dont des hébergements touristiques, le bureau de poste et un jardin communautaire sont déjà gérés par la communauté locale, avec l’aide de la Knoydart Foundation, qui possède une grande partie de la péninsule.

Pour sa défense, Jean-Pierre Robinet explique avoir voulu mettre l’accent sur le restaurant parce qu’il est lui-même un ancien cuisinier et que la région regorge de produits frais de qualité, comme les fruits de mer et le chevreuil.

"C’est une bonne idée que la communauté rachète le pub, à condition qu’ils gardent les pieds sur terre et reconnaissent que ce qui permet d’assurer de bonnes rentrées de nos jours, c’est la nourriture et pas seulement la boisson", insiste-t-il.

Il explique la mise en vente du pub par des raisons familiales ainsi que par la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, sujet très clivant dans le pays.

"Je sais combien il est important en Europe d’être plus forts ensemble et tolérants et ouverts sur le monde. Donc si cela reste comme ça, ce serait fantastique que la communauté (locale) rachète le pub et conserve cet esprit", confie-t-il. Mais il insiste : "Il est important d’accueillir les touristes aussi bien que votre frère et votre sœur, ou que les habitants du coin".