Coronavirus : hiver touristique frileux en perspective sur les terres du Père Noël

Sini Jin, à la tête de l'agence Nordic Unique Travels, propose chaque hiver aux voyageurs d'Europe et d'Asie des expéditions et autres safaris à travers l'immense toundra finlandaise. Elle emploie habituellement 80 saisonniers en pleine saison, recrutés à travers le monde, mais cette année, elle n'emploiera que "deux ou trois" personnes.

Beaucoup d'annulations et très peu de réservations

"Nous enregistrons actuellement une à deux réservations par semaine et la plupart du temps, nous ne faisons que des remboursements", déplore Sini Jin, qui craint la faillite si elle n'accueille pas davantage de clients après décembre. "Tout ce pour quoi nous avons travaillé disparaîtra rapidement", selon elle.

Un sentiment que partagent d'autres prestataires de la région, où le secteur du tourisme génère 10.000 emplois et un milliard d'euros de revenus chaque année.

Sans leurs visiteurs étrangers cet hiver, 60% des entreprises touristiques s'attendent à perdre au moins la moitié de leur chiffre d'affaires et les trois quarts tablent sur des licenciements.

"Nous n'avons aucun espoir d'avoir des réservations significatives", avance de son côté Kaj Erkkila. A la tête d'une affaire familiale de dix personnes, forte d'une centaine de huskies sibériens, Kaj Erkkila emmène ses visiteurs en traîneaux à chiens depuis plusieurs décennies à travers les forêts lapones. "Si les revenus de cet hiver restent faibles, nous pourrions ne pas être en mesure de travailler pendant la saison 2021-2022 non plus car l'entretien des chiens est très coûteux", explique M. Erkkila.

Selon Nina Forsell, responsable de l'association des prestataires du tourisme, la situation est critique pour de nombreuses entreprises de la région. "Si (elles) font faillite cet hiver, il faudra beaucoup de temps pour qu'elles se remettent", avance-t-elle.

Les mesures gouvernementales jugées inefficaces

Dans l'espoir de relancer le tourisme lapon, la Finlande avait annoncé la semaine passée assouplir certaines de ses mesures pour endiguer le coronavirus, autorisant les touristes européens à se rendre dans le pays jusqu'à trois jours. Au-delà, une période d'autoconfinement et un dépistage sont obligatoires.

Le gouvernement avait également fait sauter un verrou, autorisant l'entrée sans restriction aux voyageurs de pays recensant moins de 25 nouveaux cas pour 100.000 habitants (contre 10 jusqu'alors).

Ces mesures ont été qualifiées de "grande déception" par les organismes touristiques de Laponie, qui jugent les règles complexes et inapplicables.

Les prestataires touristiques ont travaillé en collaboration avec des experts sanitaire pour élaborer un protocole qui, selon eux, devrait permettre d'assouplir encore les règles.

Les taux d'infection en Finlande a été parmi les plus bas d'Europe durant l'été et sur les quelque 9.000 cas enregistrés dans le pays, 243 seulement l'ont été en Laponie.