Après des années de boom, les palaces new-yorkais pleurent la jet-set

Malgré un coup de pouce du gouvernement fédéral, notamment via des prêts destinés aux petites entreprises, quelque 200 des 700 hôtels new-yorkais sont actuellement fermés.
Malgré un coup de pouce du gouvernement fédéral, notamment via des prêts destinés aux petites entreprises, quelque 200 des 700 hôtels new-yorkais sont actuellement fermés. - © Angela Weiss/AFP

Ils ont réservé une chambre à 1000 dollars le matin même et sont descendus pour une nuit au prestigieux hôtel Pierre, à deux heures de voiture de chez eux : John Farrell et sa femme font partie d’une nouvelle clientèle de proximité dont les grands hôtels new-yorkais doivent se contenter avec la pandémie, après des années de boom.

Fini la jet-set, le mélange des langues du monde entier ou les ballets de taxis jaunes et limousines devant cet hôtel face à Central Park, réputé pour ses soirées de gala ou ses suites. Après six mois de fermeture et l’arrêt du tourisme et des voyages d’affaires, ce joyau, repris en 2005 par le groupe indien Taj, a rouvert mi-septembre mais n’est que l’ombre de lui-même.

Ni touristes étrangers ni clientèle américaine

D’habitude, en cette saison, les hôtels sont pleins, malgré un prix moyen de 300 dollars la nuit. "Cela commence fin août avec l’US Open, puis l’Assemblée générale de l’ONU, toutes les conventions possibles et imaginables, les galas de levée de fonds, les mariages d’automne, puis Thanksgiving, Noël et le Nouvel An… C’est non-stop", souligne François-Olivier Luiggi, gérant de cet hôtel de 189 chambres et 80 appartements appartenant à de riches particuliers.

Outre les touristes étrangers, qui représentaient près du quart des visiteurs pré-pandémie, les touristes américains sont également quasiment bannis : New York oblige depuis juin tout visiteur arrivant d’États où le taux de positivité au Covid dépasse 10% (une trentaine d’États actuellement) à s’isoler pour 14 jours.

Au lieu de venir en avion, depuis l’Europe ou la Californie, l’heure est aux vacances près de chez soi, les "staycation".

Les clients arrivent désormais en voiture, pour de brefs séjours de 24 ou 48h, souvent pour voir des proches, explique M. Luiggi.

Malgré des mesures de distanciation et désinfection omniprésentes, l’hôtel plafonne à environ 25% de remplissage, avec plus de la moitié des 400 employés au chômage, dit-il, sans pour autant désespérer : "Le Pierre existe depuis 90 ans, il sera encore là dans 90 ans".

200 des 700 hôtels de la ville contraints à la fermeture

Tous les établissements ne peuvent pas en dire autant. Malgré un coup de pouce du gouvernement fédéral, notamment via des prêts destinés aux petites entreprises, quelque 200 des 700 hôtels new-yorkais sont actuellement fermés.

Près de 140 ne tournent qu’en accueillant soignants et personnes exposées au virus qui ne peuvent pas s’isoler chez elles ou des sans-abri dont les centres d’accueil ont fermé avec la pandémie, souligne Vijay Dandapani, président de la Hotel Association de New York, qui représente quelque 300 établissements hôteliers.

Ceux réservés aux "vrais" visiteurs ne sont remplis qu’à 10% en moyenne, selon lui, et quelque 25.000 employés du secteur sont sans emploi.

Alors qu’en Europe, les hôtels "peuvent profiter d’un peu de reprise de tourisme intra-européen, nous, nous n’avons rien", dit-il. Certains ont définitivement jeté l’éponge, comme le célèbre Hilton de Times Square, qui comptait 478 chambres.

Une chute brutale après des années de croissance record

La chute est vertigineuse pour la "Grosse Pomme", qui avait vu, ces dernières années, les hôtels pousser comme des champignons, à Manhattan mais aussi dans les quartiers proches de Brooklyn et Queens.

Avec un nombre annuel de touristes qui volait de record en record pour dépasser les 65 millions en 2018, l’investissement était tentant. Et la ville y trouvait son compte, touchant l’an dernier 3,1 milliards de dollars de taxes payées par le secteur, selon M. Dandapani.

L’offre de chambres avait tellement augmenté depuis 10 ans que "le marché hôtelier new-yorkais commençait à montrer des signes de ralentissement" avant la pandémie, dit Ramya Murali, analyste du secteur hôtelier au cabinet Deloitte.

New York a été "le premier marché à subir des mesures de confinement substantielles" et les autorités locales sont "conservatrices sur la réouverture", faisant de la ville "un marché fermé aux voyageurs sur la période la plus longue", souligne-t-elle.