Amsterdam tombe doucement en ruine, la ville réagit après 5 ans de rapports alarmants d'experts

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Amsterdam - © Orgut Cayli - Getty Images

Les quais d’Amsterdam s’effritent sur les péniches, les vélos s’amassent aux fonds des canaux, des ponts menacent de s'effondrer… Amsterdam est à la dérive, il va falloir faire beaucoup de travaux.

Si les récentes restrictions dues au Covid-19 ont soulagé la capitale néerlandaise du fléau du tourisme de masse, il semble que la ville traverse une crise plus pressante, comme l'explique CNN. La ville risque à terme de s’effondrer dans l’eau sur laquelle elle a été construite et des travaux de grandes envergures sont nécessaires pour sauver ces joyaux d’architecture et l’histoire d'Amsterdam.

Les enfants de la ville grandissent avec une chanson : "Amsterdam, die grote stad / Die is gebouwd op palen / Als die stad eens ommeviel / Wie zou dat dan betalen ? qui peut être traduit de cette manière : "Amsterdam, grande ville / Elle est construite sur pilotis / Si la ville s’effondrait / Qui paierait ?" Une chansonnette de circonstance !

La structure de certains éléments est dangereusement instable

A l’origine, les maisons et bâtiments étaient construits sur des pilotis en bois, ceux en béton arrivant bien plus tard. La stabilité dans les terres marécageuses et instables autour de la rivière Amstel était donc assurée. Ensuite, des canaux ont été creusés dans ce même sol mou et les murs des canaux construits pour maintenir les structures et créer les rues. Tout comme Venise, Amsterdam a besoin d’être examinée de temps en temps pour vérifier que la structure est toujours stable.

Cependant, au fil des ans, il semble que la municipalité ait négligé de garder un œil sur certaines de ses constructions et désormais, un nombre important de ses 1600 ponts et 200 kilomètres de canaux doivent être vérifiés et, si nécessaire, remplacés. En janvier, la chaîne d’information locale AT5 a révélé que les autorités responsables recevaient des avertissements d’experts depuis cinq ans sur l’état alarmant des voies navigables. D’après AT5, un plongeur aurait même refusé d’effectuer des inspections sous l’un des vieux ponts d’Amsterdam par crainte d’un effondrement. C’est seulement cette année que les choses ont changé et que le message est apparemment passé.

22,5 millions d’euros par an

Après plusieurs incidents impliquant des murs de canal effondrés, Sharon Dijksma, fonctionnaire chargé de superviser la circulation et les transports, a demandé un rapport indépendant. La conclusion du rapport est embêtante : au moins 5% des 200 kilomètres de murs de canaux en brique de la ville sont en mauvais état, augmentant le risque d’affaissement. Il recommande également de modifier la manière de fonctionner de la ville pour abîmer le moins possible la structure d’Amsterdam : des arbres peuvent être abattus, des places de stationnement supprimées et des routes fermées aux véhicules de plus de 3,5 tonnes.

Désormais, ce sont 22,5 millions d’euros par an qui seront mis à disposition pour les travaux de maintenance, avec les murs des canaux dans les pires conditions en tête de liste pour un remplacement à court terme. Six ponts ont déjà été partiellement ou entièrement fermés et des mesures d’urgence ont été prises pour certains points vulnérables le long des canaux dont, Rozengracht, une artère très fréquentée traversant le quartier Jordaan, à travers le canal Lijnbaansgracht, qui a été fermé au trafic autoroutier lourd ou encore un pont à la jonction des canaux Lauriergracht et Lijnbaansgracht qui est ouvert uniquement aux cyclistes et aux piétons.

Dans la période allant jusqu’en 2023 inclus, quelque 27 ponts seront rénovés, environ 800 mètres de murs de quai seront renouvelés et le remplacement d’environ 3800 mètres de murs de quai sera préparé pour un coût total estimé à 450 millions d’euros.

Un changement d’utilisation de la ville semble nécessaire

"La gestion des murs de quai et des ponts a pris du retard au cours des dernières décennies car elle n’a pas reçu la priorité politique qu’elle mérite et ce n’est pas un sujet sexy", explique Sharon Dijksma. "Rétablir la maintenance des structures à un nouveau niveau est une tâche complexe, vaste et urgente." Selon Dijksma, déjà 20 sites à travers Amsterdam sont actuellement fermés au trafic intense et d’autres sont susceptibles de suivre. "La sécurité passe toujours en premier, mais c’est un énorme casse-tête pour garder la ville accessible et vivable", ajoute-t-elle.

Les réparations sont une première bonne décision mais il est également nécessaire de repenser la façon dont Amsterdam mène ses activités quotidiennes.

"La ville était autrefois construite pour le cheval et la calèche, mais maintenant, d’énormes camions roulent sur les mêmes quais et ponts", explique Sharon. 

"Nous devons changer cela pour éviter des dommages à l’avenir. Cela signifie que nous devons examiner la logistique de la ville et l’améliorer, par exemple en créant des hubs à la périphérie de la ville, à partir desquels les marchandises sont acheminées vers la ville avec des transports plus légers et plus propres."

Mais même dans ce cas de figure, Albert Jongsma, chef de projet de rénovation des murs de quai et des ponts d'Amsterdam, pense qu’il est peu probable que les travaux s’arrêtent un jour. Les travaux en cours tentent de prolonger la durée de vie des infrastructures d’un siècle mais il sera nécessaire de restaurer plusieurs ponts continuellement et des kilomètres de quai. "Espérons que la destruction diminuera à l’avenir si nous manipulons les ponts et les murs avec soin et qu’ils dureront plus de 100 ans."