A Jérusalem, un projet de téléphérique controversé pour la Vieille ville

Désengorger la ville

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A Jérusalem, un projet de téléphérique controversé pour la Vieille ville © Claudiad - Getty Images/iStockphoto

Le gouvernement israélien prévoit la construction d'ici 2021, pour 200 millions de shekels (52 millions d'euros), d'un téléphérique pour acheminer les touristes jusqu'à la Vieille ville, cœur de sites parmi les plus importants des trois religions monothéistes.

Objectif déclaré: faire face aux problèmes de circulation et de pollution liés au nombre croissant de visiteurs, qui a doublé en près de 5 ans dans la Ville sainte.

Comme de nombreux guides touristiques, Michel Seban se réjouit d'une solution qui permettra, selon lui, de mettre fin à l'engorgement de la Vieille ville. "C'est devenu impossible de se garer, seuls les autobus peuvent s'approcher et décharger leurs touristes", ajoute-t-il.

"Le téléphérique permettra un accès facile et pratique au mur occidental (Mur des Lamentations, site de prière le plus sacré des juifs) (...) et sera une formidable attraction touristique", avait déclaré le ministre Yariv Levin en mai 2018, lors de l'approbation initiale du projet par le gouvernement.

Un tracé qui pose question

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A Jérusalem, un projet de téléphérique controversé pour la Vieille ville © Vladimir1965 - Getty Images/iStockphoto

Le départ de l'ouvrage, qui permettra de transporter 3.000 visiteurs par heure vers la Vieille ville, est prévu aux abords de l'ancienne gare ottomane, située dans la partie occidentale de la ville.

Un premier arrêt est prévu sur le Mont Sion, une des collines de Jérusalem où se trouve notamment le Cénacle, théâtre supposé du dernier repas de Jésus avec ses apôtres.

Les cabines passeront ensuite au-dessus du village de Silwan, un quartier palestinien de Jérusalem-Est.

Les cabines atteindront ensuite un complexe touristique de plusieurs étages, non loin du mur des Lamentations, dont la construction est financée par l'association israélienne nationaliste Elad.

Seule la Vieille ville et ses remparts sont classés au patrimoine mondial de l'Unesco, les abords du site faisant partie d'un parc national, normalement protégé par Israël.

Des arrière-pensées politiques?

Une coalition d'archéologues, d'architectes et d'urbanistes dénoncent un affront esthétique et architectural.

Et comme le tracé envisagé pour le téléphérique traverse la partie orientale de la ville, les Palestiniens s'insurgent contre une tentative supplémentaire, selon eux, d'inscrire dans les faits l'occupation de Jérusalem-Est, dont l'annexion par Israël n'a jamais été reconnue par la communauté internationale.

Pour Hanane Achraoui, haute responsable palestinienne, ce projet est une "violation obscène de la culture, de l'histoire, de la spiritualité, de la géographie et de la démographie de Jérusalem".

Ce point de vue est partagé par des ONG israéliennes comme Emek Shaveh, qui y voit une politisation de l'archéologie dans un contexte où des organisations juives augmentent leur empreinte sur la Vieille ville. "Le pouvoir politique est devenu tellement obsédé par la 'judaïsation' de la ville qu'ils oublient de protéger cette Jérusalem qu'ils aiment tant", estime l'archéologue Jonathan Mizrahi.

Les opposants ont saisi la Cour suprême fin novembre peu après que le projet a obtenu le feu vert final du gouvernement.