Pour Cannes, le Festival est une manne

Pour beaucoup de Cannois, le Festival du film représente une manne financière considérable
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Pour beaucoup de Cannois, le Festival du film représente une manne financière considérable - © omersukrugoksu - Getty Images

« Le festival ? C’est une mine d’or », s’enthousiasme le réceptionniste d’un hôtel.

Pour beaucoup de Cannois, le Festival du film représente une manne financière considérable, même si la clientèle est plus méfiante qu’auparavant face à certains abus. « Pour mon patron, le festival c’est la poule aux œufs d’or », insiste Hervé, employé dans un hôtel deux étoiles situé à quelques mètres de la Croisette. « Pour preuve, une chambre commercialisée 40€ grimpe à 260€ pendant le festival », argumente-t-il.

Cet établissement est loin d’être le seul à profiter de l’aubaine dans une ville où la population triple quasiment pendant le festival. A quelques mètres, un confrère trois étoiles multiplie par cinq le prix des chambres, qui bondissent de 71€ à 350€ sans petit-déjeuner ! « Les six chambres mises de côté pour être commercialisées au dernier moment trouveront toutes rapidement preneurs », assure la réceptionniste de cet hôtel qui affiche chaque année complet.

Si pour les commerçants cannois le Salon international de l’immobilier (Mipim), reste le premier événement en terme de fréquentation durant quatre jours – et de pouvoir d’achat -, le Festival du film, avec son marché et ses quelque 40.000 professionnels de cinéma accrédités, reste exceptionnel par sa durée, 12 jours.

Pour les hôteliers aux abords du Palais des festivals, l’événement peut représenter jusqu’à 15% du chiffre d’affaires annuel, selon l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih) de Cannes. Les retombées économiques du festival ont été évaluées à 197 millions d’euros en 2017, selon des chiffres fournis par la mairie.

Les hôtels en concurrence avec les apparts

« La première semaine se remplit rapidement, mais la deuxième est plus difficile. Depuis plusieurs années les participants restent moins longtemps », observe cependant Christine Welter, vice-présidente de l’Umih. Pour la représentante des 133 hôtels cannois, « les cartes sont en train d’être rebattues », notamment avec la désaffection de certains professionnels travaillant dans les plateformes numériques boudées par le festival.

« Quand d’un seul coup la demande baisse, le marché se régule », souligne Mme Welter qui pointe également ce qu’elle juge être une « concurrence déloyale » des locations entre particuliers. Pendant le festival, le ratio est de 1 pour 1 : « 6.000 chambres d’hôtels pour 6.000 appartements », peste la professionnelle, qui déplore que pour certains particuliers possédant plusieurs appartements, la location devienne un vrai business.

Ainsi, le leader du marché de la location entre particuliers, Airbnb, attend pendant le festival entre 2.500 et 4.000 arrivées voyageurs chaque nuit, avec un pic à 4.600 le vendredi 17 mai, contre seulement 500 le vendredi précédent.

Sur le site, un duplex de 4 chambres et 220 m2 avec terrasse est loué 10.600 euros les 13 nuits.

A ce prix-là, ou même moins, beaucoup sont prêts à faire un petit effort : « Les Cannois n’hésitent pas à aller dormir dans un camping à Grasse pendant 10 jours pour louer leur appartement à prix d’or », s’amuse Hervé.

Une clientèle ultra-méfiante

Côté restauration aussi, le festival est une période faste. « Pour nous mai, c’est le plus gros mois de l’année : on doit pousser les murs, c’est 5.000 couverts pendant 11 jours », se réjouit Pascal Hamard, à la tête d’un restaurant italien. Pourtant ces dernières années, lui aussi a constaté une baisse, liée selon lui aux « abus ».

« On sent que la clientèle est ultra-méfiante et se demande à quelle sauce elle va être mangée », constate le restaurateur, citant comme d’autres des hôtels qui refusent de prendre des réservations en dessous de trois jours, des courses de taxis dont le tarif flambe ou encore des prix sur les cartes des restaurants qui augmentent soudainement.

« Aujourd’hui les festivaliers font plus attention, on sent qu’ils ont des consignes de la part de leur hiérarchie et que les budgets sont plus serrés », conclut M. Hamard.