Que deviennent nos données numériques après notre mort ?

Que deviennent nos données numériques après notre mort ?
Que deviennent nos données numériques après notre mort ? - © Solskin - Getty Images

Que faire de nos données numériques après notre mort ? Des chercheurs en informatique canadiens ont imaginé douze concepts qui permettraient de transmettre ces informations personnelles à notre famille avec l'aide d'outils innovants basés sur la personnalisation et le respect de l'intimité.

Nos données numériques sont de plus en plus conséquentes dans notre société. Pourtant, si elles revêtent une importance toujours plus grande de notre vivant, une fois notre heure passée, ces données deviennent partiellement inutiles, à une exception près : sa famille.

Les histoires autour de comptes Facebook, Google ou encore des téléphones "hackés" par les familles pour retrouver des données utiles ou des souvenirs ne manquent pas.

Comment transmettre un héritage digital à ses enfants ?

Des recherches antérieures ont montré l'importance de préparer ses données numériques en vue de sa mort, même si le travail est encore fastidieux. Il faudrait pour cela un outil simple pour ne pas laisser la responsabilité des données numériques à une autre personne.

L'étude de l'Université de la Colombie-Britannique, au Canada, s'est intéressée à douze concepts purement spéculatifs sur les méthodes et les formes possibles pour permettre aux enfants d'obtenir un héritage digital de leurs parents.

Les chercheurs ont présenté leurs concepts à 20 personnes âgées de 18 à 81 ans et leur ont demandé leur ressenti face à ces propositions d'un nouveau genre.

"The Box of Data", "Memory Swipe", "Blast from the Past" ou encore "Generation Cloud" sont différents outils conceptualisés pour permettre aux défunts de passer leurs données à la prochaine génération.

Avec "The Box of Data", le but est de partager, par exemple, un top 10 des chansons les plus écoutées de votre vie sur un vinyle ou encore des cartes postales de vos 10 endroits les plus visités (grâce aux données de Google Maps).

A la différence des autres idées, la boîte à données est la seule à proposer un contenu physique, chère à la nature humaine. Il a été jugé par 13 des 20 participants comme une idée positive.

"Generation Cloud" rassemble les photos et objets chers au défunt

Un autre concept fait quasiment l'unanimité. "Generation Cloud" vous permettrait de stocker dans une sorte de Google Drive vos moments les plus chers, photos, voyages, chansons, arbre généalogique et de les transmettre facilement de génération en génération.

C'est le concept le plus plébiscité (par 15 personnes sur 20) et les participants ont ressenti une grande connexion personnelle avec l'histoire collective de leur famille.

"C'est un concept génial. Je suis vraiment dans ces histoires d'arbre généalogique, connaître sa famille et les générations précédentes, c'est très intéressant pour moi", explique l'un des participants âgé de 52 ans.  

L'expérience du deuil incite à anticiper sa propre disparition

Si les concepts de l'étude donnent des idées pour prolonger la durée de vie de nos données (et donc une forme d'existence), cela peut devenir une charge pour les familles lorsque personne ne s'en occupe.

Les participants qui avaient fait l'expérience d'une perte étaient plus conscients du fardeau éventuel créé après la mort pour les personnes endeuillées.

Ces participants estimaient que l'expérience du deuil pouvait les pousser à se préparer à la mort.

Par exemple, une professeure retraitée de 75 ans, était motivée par le décès de sa mère, ce qui lui donnait envie d'alléger ses possessions physiques pour ses enfants : "J'ai tellement de papiers et j'essaie de m'en débarrasser car je ne veux pas que cette tâche soit intimidante pour mes enfants. J'ai débarrassé la maison de ma mère et c'est un combat. Le temps est limité, vous vous sentez très triste et vous n'avez pas le jugement nécessaire". Dans la même veine, elle a créé un fichier numérique intitulé "Où sont mes affaires" auquel ses enfants pourront accéder après sa mort.

Parler avec un clone de la personne décédée : l'idée suscite le rejet

Parmi les douze concepts, une idée toute droite sortie des films de science-fiction ne fait, en revanche, clairement pas l'unanimité. "Blast from the Past" propose de créer une réplique de la personne décédée alimentée par l'intelligence artificielle et basée sur l'ensemble de ses données disponibles. En utilisant des casques VR, ses descendants pourraient ainsi discuter avec elle.

Cette idée n'a clairement pas convaincu les participants : seuls 5 l'ont jugée positive. Pour eux, les répliques sont effrayantes. "Ce n'est pas comme ça que je veux me souvenir de quelqu'un...", s'offusque l'un des participants âgé de 57 ans. "Vous avez pris un être humain complexe et en avez fait une petite icône numérique". Ces réactions ont suggéré à l'équipe que faire revenir une personne décédée par la technologie n'est pas accepté dans notre société comme un souvenir convenable.

Avant l'entretien, peu de participants avaient préparé leurs données en prévision de la mort. Après avoir discuté des concepts, la plupart des participants ont estimé que la préparation des données en prévision de la mort était une considération importante.