Clubhouse : que vaut ce nouveau réseau social qualifié de "Twitter de la voix" ?

Tout juste débarqué, le nouveau réseau social Clubhouse charme de plus en plus d’utilisateurs, séduits par l’idée de pouvoir discuter avec des personnalités du monde entier. Mais par-delà l’effet de mode, que vaut vraiment le "Twitter de la voix" ?

 

Pas de Clubhouse sans parrainage

"C’est un peu le bazar", résume Cédric Giorgi au sujet de Clubhouse. Le directeur général adjoint de Kaduceo, une startup spécialisée dans l’analyse de données en santé, fait "partie de la vague de janvier". Comprenez les heureux élus qui ont pu télécharger la nouvelle application basée sur la voix. Créée par Paul Davison et Rohan Seth, et tout juste débarquée des États-Unis après un lancement en avril 2020, Clubhouse est enfin disponible pour les Européens. Tous ? Pas tout à fait. Car il faut remplir quelques conditions. Il faut avoir un iPhone (pour les possesseurs d’Android, il faudra encore un peu de patience) et surtout le parrainage d’un membre.

Depuis l’inscription des premiers 1500 membres d’avril dernier, l’application a fait du chemin. Soutenue par 180 investisseurs selon France Inter, Clubhouse revendique aujourd’hui environ deux millions d’utilisateurs. Un chiffre bien maigre comparé à Twitter et ses 192 millions d’utilisateurs ou les 800 millions de la plus récente application de vidéo TikTok. Mais Clubhouse séduit. Cédric Giorgi avoue même avoir explosé son score de temps d’écran dans les "rooms", ces salons où l’on peut papoter avec les grands de ce monde.

Car Elon Musk, Mark Zuckerberg ou le rappeur MC Hammer y sont aussi inscrits. Et pour peu que vous assistiez à la même discussion, vous avez même une chance de leur parler.

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© 9to5Mac

Comment ça fonctionne ?

Quand TikTok mise sur le défilement à l’infini de vidéo, Clubhouse repose uniquement sur la voix, à travers des groupes de conversation live – les fameuses "rooms". "Le 'FOMO' (Fear Of Missing Out ou peur de louper quelque chose) est à son comble, explique Cédric Giorgi. Comme on ne peut pas enregistrer, on a les yeux rivés et surtout les oreilles rivées sur l’appli." Et les sujets d’interaction ne manquent pas : les rooms sont liées aux personnes ou aux thèmes que vous suivez, en plus des "events" ("événement") qui sont programmés à l’avance et auxquels vous pouvez vous inscrire.

Chaque room peut accueillir jusqu’à 5000 personnes, et tout le monde peut intervenir ou poser en question, en “levant” virtuellement votre main. Ici, c’est du 100% audio. Pas de chat, de contenu visuel, ni même de partage de fichier. Que de la conversation, mais pour l’instant limitée à de l’anglais dans la plupart des rooms. Les conférences en français étant encore très peu nombreuses.

Une nouvelle radio libre, où tout semble possible

Une fois que vous avez levé votre main, le ou les modérateurs peuvent vous inviter à prendre la parole. Et c’est l’une des raisons pour lesquelles beaucoup voient dans ce média interactif et participatif un retour à la "radio libre" des années 70. "Au début, l’application s’adressait surtout à des personnes de la tech. Mais Clubhouse s’est démocratisé. On y trouve de tout. De ‘Comment lancer sa startup' à ‘Comment trouver ma Valentine'. On se croirait au début de Twitter. On voit tout le monde tester, essayer de comprendre comment saisir l’opportunité et trouver quels sont les formats innovants qui vont cartonner", analyse Cédric Giorgi.

Cependant, si vous parvenez à obtenir une invitation, sachez que la tech et les sujets liés à la Silicon Valley sont légion. L’application n’est qu’à ses débuts et il faudra du temps avant qu’on y trouve une foule de sujets comme sur Twitch ou YouTube.

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© Getty Images

Un moyen de cultiver son réseau

Le start-upper voit aussi dans Clubhouse un moyen de rester présent et de gommer la distance. Cet entrepreneur anime depuis 15 ans des communautés autour de l’écosystème startup. Depuis 9 ans, il anime un groupe Facebook autour de l’entrepreneuriat de 9000 personnes. Avec Clubhouse, il tente le créneau 12h/14h. "C’est aussi un moyen pour moi de continuer à être présent dans un écosystème très parisien, alors que je suis basé à Toulouse." Mais difficile aujourd’hui de ne pas voir dans Clubhouse une sorte de LinkedIn vocal…

Malgré tout, Cédric Giorgi est "très positif sur l’avenir de Clubhouse". Il n’est pas le seul. Les mastodontes Facebook et Twitter préparent déjà leur contre-attaque. Preuve que la voix n’a pas dit son dernier mot sur les réseaux sociaux.