Rencontre exclusive avec le photographe Bertrand Thomas

Pour ceux qui te découvrent, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Bien sûr. J’ai démarré la photo argentique pendant mes études de graphisme. On n’apprenait pas spécialement la technique, mais ça m’a permis de m’ouvrir et de m’intéresser à de nombreux artistes, découvrir leur travail et trouver ma propre inspiration. J’ai passé des heures à la bibliothèque à me nourrir d’images et à penser à de nouveaux concepts de communication graphique. Après plusieurs années, j’ai réalisé que la photographie m’apportait plus de plaisir que le graphisme. Du coup, j’ai investi dans mon premier appareil photo et j’ai commencé à faire des petits " bricolages ". J’ai appris à me perfectionner seul à l’aide des livres et de ce que j’avais appris en cours.

Je ne suis pas né dans un milieu artistique. Ma mère était prof de langues et mon père travaillait chez Alcatel. Ils n’avaient aucun intérêt particulier pour l’art. Quand j’ai commencé à manifester un intérêt pour les arts visuels et graphiques, ils n’étaient pas très emballés, ils ne voyaient pas cela comme une ambition sérieuse. Heureusement, les choses ont changé depuis. Petit à petit, je me suis fixé des objectifs afin d’aller toujours plus loin. Après un an, mes efforts ont commencé à payer et je me suis progressivement fait connaître. Ma page Facebook m’a apporté une grande visibilité et m’a permis de fidéliser mon public. Encore aujourd’hui, c’est mon principal outil de communication.

 

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Julie © Bertrand Thomas Photography

Qu’est-ce qui te plaît dans la photographie ? As-tu une attirance pour un style précis ?

J’ai surtout une attirance pour le monde de l’image en général. Au début, j’ai surtout accroché sur des paysages plus urbains, photographié des jeunes en train de faire du roller, je trouvais le côté improvisé assez chouette. Aussi étrange que cela puisse paraître j’étais aussi fasciné par la texture des murs et les graphitis. Après il a bien fallu évoluer (rires), du coup je me suis tourné vers la photo publicitaire, mais ce n’était pas mon truc. Aujourd’hui je dirais que je fais principalement de la mode, mais de la mode inspirée. Et puis ce que j’aime dans ce milieu, c’est surtout de pouvoir varier les styles, pouvoir passer d’un entrepôt délabré à un hôtel de luxe. C’est plus inspirant que de shooter tous les jours en studio.

 

Quelle place a la mise en scène dans tes clichés, comment procèdes-tu généralement ?

C’est fort différent à chaque fois. Dans le cadre de collaborations, j’essaye d’éviter de choisir des mannequins qui veulent simplement une série de portraits à partager sur leur page Facebook. Je préfère travailler avec celles qui sont ouvertes à mes idées et qui sont prêtes à jouer le jeu afin d’avoir un résultat plus inattendu. C’est le cas, par exemple, de l'image que j’ai choisie pour ma carte de visite. Encore aujourd’hui, cette journée reste un bon souvenir, c’était une chouette rencontre et le feeling passait vraiment bien avec le mannequin. Ce jour-là, on avait aucune ligne de conduite, j’ai bien dû prendre mille photos avec le même cadrage, la même lumière, ce que je cherchais, c’était créer de la " fausse spontanéité " et au final toute l’équipe était très heureuse du résultat.

Après, une grosse partie du travail reste encore à faire. Les gens s’imaginent parfois que je rentre chez moi et que clic clac en trois heures, le travail est fini. En vérité, rien que de faire une sélection, ça me prend déjà toute une soirée. Ensuite, par image, il me faut généralement une heure pour la retravailler avec Photoshop. La retouche, c’est comme quand on fait un dessin ou une peinture. On travaille essentiellement sur la lumière. La difficulté c’est de savoir où se trouve la limite, ne pas passer à une image qui semble " fausse ".

 

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Zoé © Bertrand Thomas Photography

Si tu pouvais shooter la célébrité de ton choix, tu commencerais par ?

Y en a tellement... Je commencerais bien par Vanessa Paradis et Keira Knightley.

 

Et si tu pouvais le faire n’importe où dans le monde, par quelle région tu débuterais ?

Difficile de choisir, il y a tant de régions que j’aimerais découvrir. Mais pour répondre à ta question, disons que je débuterais mon périple par la Thaïlande et puis ensuite le Canada. La plage et la montagne, que demander de plus ?

 

Sinon habituellement, comment choisis-tu les lieux ?

J’aime beaucoup me balader. Parfois je tombe sur un endroit inconnu qui m’inspire. Je retiens l’adresse dans un coin de ma tête jusqu’au jour où je trouve un projet qui collerait bien dans cette ambiance. Généralement j’anticipe même l’heure à laquelle la lumière sera la plus intéressante, j’observe les différentes textures présentes, les différents angles utilisables et je tente de les intégrer dans un concept plus graphique. Un jour, par pur hasard, je suis tombé sur un dépôt de bateaux complètement abandonné. J’ai vraiment eu un coup de cœur et j’y suis retourné pour shooter quelques jours plus tard. Je me souviens que c’était rock’n’roll, on n’avait pas d’autorisation. Mais l’endroit dégageait une certaine magie avec tous ces gigantesques bateaux à quai. Au final, le résultat donnait un mélange entre urbex (exploration urbaine) et photo de mode, j’étais super content du résultat.

 

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Sophie © Bertrand Thomas Photography

Trouves-tu que la Belgique donne la possibilité de percer dans la photographie ?

Disons que pour percer en Belgique, faut vraiment se bouger ! Au niveau des organismes, à part la SMART qui pompe de l’argent, je n’ai trouvé aucun organisme en mesure de m’aider à développer mon projet. Maintenant, c’est peut-être moi qui cherche mal, mais jusqu’ici, je n’ai pas le sentiment que la Belgique nous propose beaucoup d’opportunités. Pour percer dans la photo, il faut vraiment persévérer. Je dirais que le plus important c’est l’envie et la passion. Après, on peut dire ça pour beaucoup de domaines, mais c’est particulièrement vrai dans le monde de l'image puisque cette envie et cette passion vont se refléter dans le travail.

 

Parviens-tu déjà à vivre de ta passion ?

Pour l’instant, je n’en vis pas non. Bien qu’en me serrant vraiment la ceinture, je pourrais. Après, ça ne tient qu’à moi de gagner plus d’argent en faisant moins de collaborations et plus de shootings rémunérés. C’est un choix personnel de gagner moins pour consacrer plus de temps à mes projets personnels. L’idéal, ce serait d’en trouver qui soient à la fois enrichissants et rémunérés.

 

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Macha © Bertrand Thomas Photography

Ton principal défaut ?

La communication ! Je dis souvent aux gens en rigolant " Ah si seulement j’avais une secrétaire ". C’est vraiment l’aspect du boulot qui me plaît le moins et du coup, je suis parfois un peu lent à répondre. On me reproche aussi de ne parler que français. Je me débrouille plus ou moins en anglais et en néerlandais. Mais bon, avec une mère et une sœur professeurs de langue, je pourrais vraiment faire mieux.

 

Des projets pour les mois qui viennent ?

Continuer sur ma lancée serait un bon début. Évoluer encore et toujours. J’aimerais également développer ma visibilité réelle et plus seulement virtuelle. A l’heure d’aujourd’hui, les photographes cherchent surtout à atteindre une visibilité sur la toile. Ce qui est logique vu l’engouement que peuvent avoir certaines pages Facebook ou certains comptes Instagram. Ce serait peut-être bon que le public puisse retrouver l’émotion brute qu’on ressent face à une photo. Pouvoir baigner dans l’univers du photographe le temps d’une soirée… Je trouve que ce plaisir se perd au profit d’une consommation virtuelle plus rapide.

 

En tout cas, nous, on lui souhaite une ascension à la hauteur de son talent ! Et pour suivre l’évolution de Bertrand, n’hésitez pas à liker sa page Facebook.

 

Lola Diet

 

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Valentine © Bertrand Thomas Photography
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Lulu © Bertrand Thomas Photography
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Lolitaa © Bertrand Thomas Photography