Rencontre avec Marie-Sophie Carron de la Carrière, conservatrice mode aux Arts Décoratifs

La conservatrice mode aux Arts Décoratifs Marie-Sophie Carron de la Carrière
La conservatrice mode aux Arts Décoratifs Marie-Sophie Carron de la Carrière - © ©All Rights Reserved

Passée par la maison familiale Louis Vuitton, le Palais Galliera ou le musée d'Art moderne de la ville de Paris, Marie-Sophie Carron de la Carrière a été nommée conservatrice en chef du patrimoine mode et textile des Arts Décoratifs. En charge des collections allant de 1800 à 1940, elle a répondu aux questions de Relaxnews.

RTBF Tendance : Vous avez une expérience dans la mode et l'art contemporain. Comment allez-vous jouer avec cette double compétence ?

Marie-Sophie Carron de la Carrière : J'ai fait des allers et retours entre la mode et l'art contemporain. Cela a nourri mon regard qui s'est affiné avec l'expérience. Plus on voit de choses, événements, défilés, des expressions visuelles, des expressions de mode et plus le regard s’amplifie. Je vois cela comme un avantage, qui donne une forme de distance. Cela me permet d'être plus incisive dans l'analyse de ce que je peux regarder.

 

R. : Les liens entre art et mode sont-ils de plus en plus ténus ?

M-S CC : C'est une question qui me taraude. À la fin des années 1980, j'ai quand même pu constater qu'il s'agissait de domaines assez étanches. Il y a eu l'expérience de la revue Purple qui a monté l'exposition "L'Hiver de l'amour" au musée d'Art moderne de la ville de Paris en 1994. Elle a consacré cette réunion de l'univers de l'art et de la mode. Mais aujourd’hui, je pense que cela s'est perdu. Même s'il y a des collaborations entre quelques maisons de luxe et des artistes, je pense que cela reste ponctuel. Cela correspond surtout à des cycles de mode.

 

R. : Pourquoi avoir créé le fonds contemporain lors de votre arrivée au Palais Galliera ?

M-S CC : Le directeur Guillaume Garnier m'a fait cette proposition. Il fallait donc constituer des collections. Dans ce cadre, la rencontre capitale s'est faite avec Martin Margiela pour qui j'ai eu un coup de foudre. Dans le travail qu'il pouvait montrer dans ses défilés, dans son atelier, il y avait une forme d'intelligence, de la cohérence de ses propositions, une forme de maturité qui m'ont convaincue. Il y a eu aussi Christian Lacroix et Yohji Yamamoto. Le tout était de pouvoir identifier des modèles qui avaient du sens par rapport à nos collections.

 

R. : De nos jours, un créateur exposé dans un musée c'est plutôt flatteur ?

M-S CC : C'est quelque chose que je suis en train d'observer. Peut-être que la notion de musée de la mode s'est normalisée. Mais avant, les créateurs voyaient cela comme quelque chose de mortifère. Mais moi quand je voyais des réticences, je trouvais ça d'autant plus passionnant. La question était la suivante : comment exposer la mode et comment garder ce côté vivant.

 

RTBF Tendance avec AFP